Pourquoi cette page est utile
Cette page sert surtout à situer Louise Bourgeois dans le catalogue, même quand peu d’expositions lui sont encore directement reliées.
Née à Paris le 25 décembre 1911 et morte à New York le 31 mai 2010, Louise Bourgeois a bâti une œuvre franco-américaine de sept décennies en marge des grands courants du XXe siècle — surréalisme, expressionnisme abstrait, minimalisme — à partir d’un matériau unique: sa propre enfance, entre l’atelier familial de restauration de tapisseries anciennes de Choisy-le-Roi et l’adultère paternel qu’elle a passé sa vie à mettre en forme.
Louise Bourgeois grandit à Choisy-le-Roi, où ses parents tiennent un atelier de restauration de tapisseries anciennes; l’entreprise familiale restaure et vend des tapisseries médiévales et Renaissance ainsi que des antiquités.
Cette page sert surtout à situer Louise Bourgeois dans le catalogue, même quand peu d’expositions lui sont encore directement reliées.
Louise Bourgeois grandit à Choisy-le-Roi, où ses parents tiennent un atelier de restauration de tapisseries anciennes; l’entreprise familiale restaure et vend des tapisseries médiévales et Renaissance ainsi que des antiquités. Dès onze ans, l’enfant est associée au travail de dessin des motifs manquants. Le fil qui répare devient chez elle l’équivalent du trait qui dessine, et la navette d’Aubusson, instrument de travail de ses parents, revient toute sa vie comme forme et comme affect. En 1922, une gouvernante anglaise, Sadie Gordon Richmond, entre au service de la famille et devient la maîtresse du père pendant près d’une décennie: ce trauma domestique fournira à l’artiste une part décisive de sa matière.
Sa mère meurt en 1932; Louise Bourgeois entre alors à la Sorbonne pour y étudier la géométrie dans l’espace et le calcul différentiel. L’année suivante, elle abandonne les mathématiques pour l’art et fréquente les académies et ateliers parisiens des années 1930 — Ranson, Julian, Colarossi, la Grande Chaumière — où elle suit l’enseignement de Roger Bissière, Marcel Gromaire, Othon Friesz, André Lhote et surtout Fernand Léger, qui lui conseille de devenir sculptrice. En 1937-1938 elle étudie à l’École des beaux-arts et l’histoire de l’art à l’École du Louvre, tout en travaillant comme guide au Louvre. Le rejet que lui oppose le groupe surréaliste, et André Breton en particulier, la marque durablement.
En 1938 elle épouse l’historien de l’art américain Robert Goldwater et s’installe aux États-Unis. Elle y fréquente les surréalistes en exil — Miró, Tanguy — ainsi que Duchamp et Le Corbusier, et découvre la gravure à l’Atelier 17 de Stanley William Hayter: une technique qui deviendra, avec le dessin, essentielle à toute son œuvre. Sa première exposition personnelle new-yorkaise, en 1945, ne montre encore que douze peintures. La sculpture s’impose au milieu des années 1940, puis, au début des années 1950, elle passe du bois au plâtre, au latex et au marbre. La mort de son père en 1951 déclenche une psychanalyse qu’elle poursuivra jusqu’en 1985.
À partir de 1947 apparaissent des figures totémiques en bois, minces et dressées, qu’elle nommera plus tard ses « personnages ». Elles lui servent, dit-elle, à exorciser le mal du pays éprouvé en quittant la France et les siens: chaque figure tient lieu d’un proche resté à Paris. Toutes ont en commun, selon l’artiste, « la fragilité de la verticalité », c’est-à-dire l’effort surhumain qu’il faut pour se tenir debout. Conçues sans socle, pour être plantées directement dans le sol comme des totems, elles durent finalement être posées sur des socles à la demande de sa galerie — contrainte qui contrariait sa conception d’une sculpture en relation avec l’espace et avec les autres œuvres.
La consécration internationale n’arrive qu’en 1982, avec la rétrospective que lui consacre le Museum of Modern Art de New York: la première rétrospective d’une femme artiste dans ce musée. Bourgeois a alors soixante et onze ans et commente cet anonymat prolongé comme une chance, qui lui a permis de travailler quarante ans en paix sans que personne ne copie son « alphabet ». Les années 1980 lui apportent prix et académies, un atelier à Brooklyn assez vaste pour les grands formats, et l’arrivée de Jerry Gorovoy, son assistant jusqu’à sa mort. Elle vit alors dans la maison de la 20e Rue Ouest qu’elle occupe depuis les années 1960 et ne quittera plus.
Dans les années 1990, elle engage deux chantiers majeurs: les Cells, ou Cellules, et les araignées monumentales. Le mot cellule renvoie chez elle à la plus petite unité biologique comme à la maison, au refuge et à la famille; elle en réalise deux séries, l’une consacrée aux sens, l’autre à l’enfance et à la mémoire. « Chaque Cell a trait à une peur », affirme-t-elle. Cell (Choisy) ouvre la série des grandes cages où la grille devient élément structurel. Elle expose à la Biennale de Venise en 1993, puis reçoit dans les années 2000 des commandes internationales de premier plan, dont l’installation inaugurale du Turbine Hall du nouveau Tate Modern. Elle meurt le 31 mai 2010.
Médiums: bronze, acier, marbre, bois, plâtre, latex, tissu et textile, encre et mine graphite sur papier, gravure au burin et pointe sèche, plomb.
Techniques: gravure apprise à l’Atelier 17 de Stanley William Hayter, dessin quotidien comme remède à l’insomnie, assemblage de cages et d’objets trouvés (Cells), fonte en bronze à partir d’un exemplaire unique acier et marbre, couture et suspension de pièces en tissu, inscription de mots à même l’image.
Motifs récurrents: la mère tisserande et la réparation, la peur et sa mise en forme cathartique, l’adultère du père et le trauma familial, la maternité et les cycles de la vie, le corps, la sexualité, l’érotisme, la mémoire, l’observation et la surveillance, la verticalité fragile et la chute.
Le point d’origine parisien de l’œuvre n’est pas un atelier d’artiste mais un atelier d’artisans: celui de Choisy-le-Roi, où ses parents restaurent des tapisseries anciennes et où elle dessine les motifs manquants à partir de onze ans. Les porte-bobines de fils qui servaient à la restauration reviennent des décennies plus tard comme structures verticales en acier dans ses installations, la navette d’Aubusson devient une figure féminine, et la ville elle-même donne son nom à Cell (Choisy). C’est aussi de cet atelier que vient l’araignée: « Ma famille était dans la restauration de tapisseries, et ma mère dirigeait l’atelier », rappelle l’artiste pour expliquer Maman.
Toute la formation de Louise Bourgeois est parisienne, et elle est double. Scientifique d’abord: après la mort de sa mère en 1932, elle s’inscrit à la Sorbonne en géométrie dans l’espace et calcul différentiel, avant d’y renoncer l’année suivante. Artistique ensuite: académies de Montparnasse et de Montmartre — Ranson, Julian, Colarossi, la Grande Chaumière —, École des beaux-arts et École du Louvre en 1937-1938, où elle exerce aussi comme guide. Fernand Léger, qu’elle rencontre dans ce parcours, est celui qui lui conseille de devenir sculptrice; c’est encore à Paris qu’elle se heurte au rejet du cercle surréaliste de Breton.
Deux fonds publics parisiens conservent son travail. Le Centre Pompidou détient 91 œuvres — dessins, estampes, sculpture et installation — constituées par des achats de l’État, des dons répétés de l’artiste, de la Clarence Westbury Foundation et des American Friends du Centre Pompidou; la série Extrême tension, réalisée en 2007 à la mine graphite et à l’aquarelle, y est entrée. La Bibliothèque nationale de France conserve plus d’une centaine d’estampes et huit livres d’artiste, à partir du don exceptionnel consenti par Bourgeois en 1995 et enrichi ensuite par les Amis de la BnF. En extérieur et en accès libre, les cinq bronzes de The Welcoming Hands, posés sur des blocs de granit, sont installés devant le Jeu de Paume, dans le jardin des Tuileries, depuis 2000.
Malgré cette densité de collections, les expositions parisiennes qui lui sont consacrées se comptent. En 1995, le Musée national d’art moderne et la Bibliothèque nationale de France présentent deux expositions distinctes de son œuvre graphique — dessins d’un côté avec Dessins, Pensées-plumes du 1er février au 10 avril, gravures et livres de l’autre. Le Centre Pompidou l’associe à James Lee Byars en 2003, puis lui consacre du 5 mars au 2 juin 2008 la rétrospective venue du Tate Modern, ouverte dans le Forum par une araignée géante en bronze et acier jamais montrée en Europe. Il faut ensuite attendre l’automne 2026 pour qu’une institution publique parisienne lui rouvre ses salles.
BnF Richelieu — galerie Mansart et galerie Pigott (Paris) — Accueille du 20 octobre 2026 au 21 février 2027 « Louise Bourgeois. Extrême tension. Dessins et gravures », au 5 rue Vivienne (2e), du mardi au dimanche, tarif de 0 à 15 euros.
Centre Pompidou (Paris) — Conserve 91 œuvres de l’artiste et co-produit l’exposition de 2026 avec la BnF; lui avait consacré une rétrospective du 5 mars au 2 juin 2008.
Jardin des Tuileries (Paris) — Présente en plein air The Welcoming Hands (1996), cinq bronzes sur blocs de granit installés devant le Jeu de Paume depuis 2000.
Tate Modern (Londres) — Détient Maman (1999), acquise en 2008 par don de l’artiste, et a présenté en 2007-2008 la rétrospective reprise ensuite par le Centre Pompidou.
1911-12-25 — Naissance à Paris, deuxième des trois enfants d’une famille qui restaure et vend des tapisseries anciennes
1922 — Sadie Gordon Richmond entre dans la famille comme préceptrice d’anglais et devient la maîtresse du père
1932 — Mort de sa mère; elle entre à la Sorbonne en géométrie dans l’espace et calcul différentiel
1937-1938 — Études à l’École des beaux-arts et à l’École du Louvre, où elle travaille aussi comme guide
1938 — Mariage avec l’historien de l’art Robert Goldwater et installation à New York
1945 — Première exposition personnelle à New York, où elle présente douze peintures
1947 — Apparition des figures totémiques en bois qu’elle nommera plus tard ses « personnages »
1951 — Mort de son père; elle entreprend une psychanalyse qu’elle poursuivra jusqu’en 1985
1982 — Rétrospective au Museum of Modern Art de New York, première consacrée par ce musée à une femme artiste
1993 — Participation à la Biennale de Venise, au moment où elle engage araignées monumentales et Cellules
1995 — Don d’une centaine de planches à la BnF, en marge de deux expositions parisiennes de son œuvre graphique
1999 — Réalisation de Maman, araignée unique en acier et marbre de plus de neuf mètrès de haut
2000 — Commande inaugurale de The Unilever Series pour le Turbine Hall du Tate Modern, avec I Do, I Undo, I Redo
2008 — Rétrospective au Centre Pompidou du 5 mars au 2 juin, après son étape londonienne au Tate Modern
2010-05-31 — Mort de Louise Bourgeois à New York, à quatre-vingt-dix-huit ans
2026-10-20 — Ouverture à la BnF Richelieu de « Louise Bourgeois. Extrême tension », jusqu’au 21 février 2027
Paris reste ici le meilleur angle de lecture pour relier Louise Bourgeois à des lieux concrets, des expositions visibles et une géographie culturelle facile à parcourir.
L'araignée est chez elle un portrait de sa mère. « The Spider is an ode to my mother », déclare-t-elle : comme l'araignée, sa mère tissait, réparait et protégeait, à la tête de l'atelier familial de restauration de tapisseries. Maman, réalisée en 1999, est la plus grande de ses araignées.
Oui. The Welcoming Hands, œuvre de 1996 composée de cinq sculptures de bronze posées sur des blocs de granit, est installée en plein air dans le jardin des Tuileries, devant le Jeu de Paume, depuis 2000. Elle avait été conçue à l'origine pour Ellis Island, dans le port de New York.
Elle y a passé son enfance : ses parents y tenaient un atelier de restauration de tapisseries anciennes, et elle y dessinait dès onze ans les motifs à reconstituer. La ville donne son nom à Cell (Choisy), qui inaugure sa série de grandes cages grillagées.
Ce sont des espaces clos, cages ou pièces, où le mot cellule renvoie à la fois à la plus petite unité biologique et à la maison, au refuge, à la famille. Elle en réalise deux séries, l'une liée aux sens, l'autre à l'enfance et à la mémoire, et affirme que chaque Cell a trait à une peur.
À soixante et onze ans, en 1982, quand le Museum of Modern Art de New York lui consacre une rétrospective — la première que le musée accordait à une femme artiste. Elle y voyait un avantage : quarante ans de travail à l'abri des imitateurs, dit-elle, grâce à l'anonymat.
Oui. Après la mort de sa mère en 1932, elle entre à la Sorbonne pour étudier la géométrie dans l'espace et le calcul différentiel. Elle abandonne cette voie dès 1933 pour se tourner vers l'art, dans les académies et ateliers parisiens de Montparnasse et Montmartre.