Pourquoi cette page est utile
Cette page sert surtout à situer Louise Lawler dans le catalogue, même quand peu d’expositions lui sont encore directement reliées.
Louise Lawler, née en 1947 à Bronxville dans l’État de New York, photographie les œuvres des autres: accrochées chez des collectionneurs, alignées dans une salle des ventes, empilées en réserve ou décrochées après une exposition.
Avant même de se saisir de l’appareil photo, Louise Lawler ouvre son travail par le son.
Cette page sert surtout à situer Louise Lawler dans le catalogue, même quand peu d’expositions lui sont encore directement reliées.
Avant même de se saisir de l’appareil photo, Louise Lawler ouvre son travail par le son. En 1972 elle met au point une série de cris aigus dérivés des noms d’artistes masculins célèbres parvenus à la notoriété dans les années 1960; l’enregistrement, mixé par le compositeur Terry Wilson, devient « Birdcalls » (1972/1981). La pièce, que la Dia Art Foundation présente en installation de longue durée dans le jardin ouest de Dia Beacon, transforme en gazouillis et en piaillements les patronymes qui structurent alors le canon — un commentaire mordant sur l’hégémonie masculine du milieu artistique.
C’est à la fin des années 1970 que Lawler intègre la photographie à sa pratique et déplace son attention vers les aléas de l’expérience esthétique d’œuvres déjà existantes. Elle reprend à l’art conceptuel certains principes — impliquer le regardeur comme participant, refuser de produire davantage d’objets — pour les infléchir. L’appareil ne sert pas à documenter: il oriente l’attention vers ce qui reste tacite, les contraintes, les règles et les économies du système souple qui gouverne le monde de l’art. Ses images montrent comment le sens d’une œuvre se modifie selon l’environnement, la forme de présentation et l’histoire d’exposition qui lui échoient.
Depuis les années 1980, musées, galeries, foires, maisons de vente, espaces de stockage et appartements privés constituent la scène où Lawler examine ce que devient une œuvre une fois prise dans un dispositif de présentation. En 1984, elle réalise chez les collectionneurs Burton et Emily Tremaine, dans le Connecticut, l’image devenue emblématique « Pollock and Tureen, Arranged by Mr. and Mrs. Burton Tremaine, Connecticut »: un fragment de Jackson Pollock surplombant une soupière ancienne. Le Metropolitan Museum of Art en conserve un tirage par blanchiment de colorant acquis en 2000, et l’Art Institute of Chicago une version en tirage argentique.
L’un des aspects les plus singuliers de sa méthode tient à la re-présentation continue de son propre corpus: Lawler recadre, reformate et remet en scène au présent des images anciennes en les transférant vers d’autres supports — presse-papiers, calques, ou ces « adjusted to fit » où la photographie est étirée jusqu’à épouser exactement le mur qui l’accueille. Les « traced » sont des contours en noir et blanc dérivés de ses photographies, imprimés sur vinyle et appliqués à même la cloison; en 2022, la série des « swiped » naît de deux clichés pris pendant le décrochage d’une exposition, recadrés cinq fois pour éprouver le cadre et le mouvement.
Longtemps discrète, l’œuvre de Lawler a été reprise par les institutions à partir des années 2000: une exposition au Kunstmuseum de Bâle en 2004, puis « Louise Lawler: Adjusted » au Museum Ludwig de Cologne du 11 octobre 2013 au 26 janvier 2014. En 2017, le Museum of Modern Art organise « WHY PICTURES NOW », première rétrospective new-yorkaise consacrée à quatre décennies de sa production, du 30 avril au 30 juillet, avec un ensemble d’éphémères des années 1970 à aujourd’hui qui met en lumière les soubassements féministes et performatifs de son art.
Médiums: photographie couleur (cibachrome et tirage par blanchiment de colorant), tirage argentique noir et blanc, impression par sublimation thermique contrecollée sur museum box, vinyle mural (tracings), installation sonore, éphémères et multiples: pochettes d’allumettes, cartes postales, affiches, presse-papiers, verres.
Techniques: photographie in situ d’œuvres appartenant à d’autres artistes, cadrage fragmentaire et recadrage d’une même prise de vue, étirement de l’image aux dimensions du mur (« adjusted to fit »), report en contour noir et blanc sur vinyle (« traced »), re-présentation d’images antérieures sur d’autres supports.
Motifs récurrents: critique institutionnelle, conditions d’exposition et de réception de l’art, circulation marchande et valeur de l’œuvre, domesticité des collections privées, hégémonie masculine du monde de l’art, appropriation et statut de l’auteur.
Le lien de Louise Lawler avec Paris passe d’abord par la galerie Yvon Lambert, qui l’a exposée à plusieurs reprises. Sa troisième exposition personnelle dans la galerie, « Later », s’y tient du 9 décembre 2010 au 15 janvier 2011: elle y montre des photographies prises en 2008 dans l’appartement du couturier Yves Saint Laurent, où antiquités, meubles et tableaux avaient été mis en scène en vue de la vente de la collection par Christie’s. Sa sixième exposition personnelle, « No Drones », occupe la galerie du 14 mars au 19 avril 2014, avec des images vinyle en noir et blanc décalquées de ses propres photographies par l’illustrateur Jon Buller.
Le Centre Pompidou conserve plusieurs œuvres de l’artiste et en publie la notice: « Import / Export ailleurs et autrement » (1985), « Untitled (In The Home of a Friend of Leger) » (1985/1988), « Carpeaux » (1988), « Untitled (Mao) » (1991), « Once there was a little boy and everything turned out alright. THE END… » (1993), « How Many Eggs, How Many Baskets, How Many Pictures » et « Life after 1945 (Faces) (adjusted to fit) » (2006-2015). Le musée a d’ailleurs consacré à cette dernière une séance du cycle « Conférences un dimanche, une œuvre », le 29 janvier 2017.
Du 7 septembre au 1er octobre 2022, la galerie Marian Goodman présente à Paris « NOT ENOUGH TO SEE », première exposition de Louise Lawler dans cette enseigne. L’accrochage réunit des impressions par sublimation thermique sur museum box réalisées d’après des prises de vue faites au Museum of Modern Art et au Whitney Museum of American Art. Parmi elles, cinq variantes issues de deux clichés de « Three Flags » de Jasper Johns, saisis pendant le décrochage de l’exposition « Jasper Johns: Mind/Mirror » au Whitney, et sous-titrées « swiped » en écho au geste de balayage sur écran tactile.
Centre Pompidou (Paris) — conserve plusieurs œuvres de Louise Lawler dans sa collection; le bâtiment est fermé pour rénovation jusqu’en 2030
Galerie Marian Goodman (Paris) — a présenté « NOT ENOUGH TO SEE » du 7 septembre au 1er octobre 2022, première exposition de l’artiste dans la galerie
Galerie Yvon Lambert (Paris) — a présenté au moins six expositions personnelles de l’artiste, dont « Later » (2010-2011) et « No Drones » (2014)
Collection Lambert (Avignon) — a montré en 2023, dans le cadre des Rencontres d’Arles, l’ensemble des 21 photographies et six installations de l’artiste conservées dans sa collection permanente
Museum of Modern Art (New York) — a organisé « WHY PICTURES NOW », première rétrospective new-yorkaise de l’artiste, du 30 avril au 30 juillet 2017
Dia Beacon (Beacon (État de New York)) — présente « Birdcalls » en installation de longue durée dans le jardin ouest
1947 — Naissance de Louise Lawler à Bronxville, dans l’État de New York.
1972-1981 — Élaboration puis enregistrement de « Birdcalls », pièce sonore mixée par Terry Wilson.
1984 — Réalisation de « Pollock and Tureen » chez les collectionneurs Tremaine, dans le Connecticut.
1987 — Exposition « Louise Lawler: Projects » au Museum of Modern Art de New York, du 19 septembre au 10 novembre.
2000 — Le Metropolitan Museum of Art acquiert un tirage de « Pollock and Tureen, Arranged by Mr. and Mrs. Burton Tremaine, Connecticut ».
2004 — Exposition personnelle au Kunstmuseum de Bâle, première grande reprise muséale de son œuvre.
2010-2011 — « Later », troisième exposition personnelle à la galerie Yvon Lambert à Paris, du 9 décembre au 15 janvier.
2013 — Ouverture de « Louise Lawler: Adjusted » au Museum Ludwig de Cologne, le 11 octobre.
2014 — « No Drones » à la galerie Yvon Lambert, Paris, du 14 mars au 19 avril, avec les images décalquées sur vinyle.
2017 — Rétrospective « WHY PICTURES NOW » au Museum of Modern Art, du 30 avril au 30 juillet.
2022 — « NOT ENOUGH TO SEE » à la galerie Marian Goodman de Paris, du 7 septembre au 1er octobre.
2023 — La Collection Lambert montre à Avignon l’intégralité de son fonds Lawler, dans le cadre des Rencontres d’Arles.
Paris reste ici le meilleur angle de lecture pour relier Louise Lawler à des lieux concrets, des expositions visibles et une géographie culturelle facile à parcourir.
Elle photographie les œuvres d'autres artistes là où elles se trouvent : chez des collectionneurs, dans des maisons de vente, des foires, des espaces de stockage et des salles de musée. Le sujet réel de l'image n'est pas l'œuvre reproduite mais le dispositif qui l'entoure et lui donne son sens.
« Birdcalls » (1972/1981) est une pièce sonore dans laquelle Lawler transforme en piaillements et en gazouillis les noms d'artistes masculins célèbres devenus incontournables dans les années 1960. L'enregistrement a été mixé par le compositeur Terry Wilson ; le MoMA l'a diffusé en 2017 dans son jardin de sculptures.
Ce sont trois manières de rejouer ses propres images. « Adjusted to fit » désigne une photographie étirée aux dimensions exactes du mur ; « traced » un contour noir et blanc décalqué d'un de ses clichés puis imprimé sur vinyle ; « swiped » les recadrages de 2022 dont le sous-titre évoque le geste de balayage sur un écran de téléphone.
Le Centre Pompidou conserve plusieurs de ses œuvres, parmi lesquelles « Carpeaux » (1988), « Untitled (Mao) » (1991) et « Life after 1945 (Faces) (adjusted to fit) » (2006-2015). Attention toutefois : le bâtiment de la place Georges-Pompidou est fermé pour un chantier de rénovation et sa réouverture est annoncée pour 2030.
Outre ses expositions parisiennes chez Yvon Lambert puis chez Marian Goodman, elle occupe une place centrale dans l'histoire de la galerie d'Yvon Lambert et du musée avignonnais qui abrite sa collection : la Collection Lambert détient vingt et une photographies et six installations de l'artiste, montrées ensemble pour la première fois en 2023.
Réalisée en 1984 dans la maison des collectionneurs Burton et Emily Tremaine, dans le Connecticut, elle cadre un fragment de peinture de Jackson Pollock au-dessus d'une soupière ancienne. Le rapprochement met la peinture moderniste au contact d'un objet décoratif bourgeois. Le Metropolitan Museum of Art l'a acquise en 2000.