Exposition Paris

Exposition Man Ray

Né Emmanuel Radnitzky à Philadelphie en 1890 et mort à Paris en 1976, Man Ray est l’artiste qui a fait basculer la photographie du statut d’outil de reproduction à celui de médium autonome.

Qui est Man Ray ?

Emmanuel Radnitzky naît en 1890 à Philadelphie dans une famille juive d’artisans du textile; en 1912, la famille change son patronyme en Ray face à l’antisémitisme de l’époque.

Pourquoi cette page est utile

Cette page sert surtout à situer Man Ray dans le catalogue, même quand peu d’expositions lui sont encore directement reliées.

Philadelphie, New York: la fabrique d’un nom

Emmanuel Radnitzky naît en 1890 à Philadelphie dans une famille juive d’artisans du textile; en 1912, la famille change son patronyme en Ray face à l’antisémitisme de l’époque. Formé dans une école à la pédagogie ouverte, il gagne sa vie dès 1911 comme dessinateur pour l’industrie et la publicité. Son goût pour la peinture le conduit à fréquenter la galerie 291 d’Alfred Stieglitz, où il rencontre Marcel Duchamp: leur commune révolte contre l’ordre établi donne brièvement corps à la branche new-yorkaise de Dada.

Duchamp, Dada et les premières œuvres à deux

Avant son départ pour l’Europe, Man Ray conçoit avec Marcel Duchamp des pièces qui deviendront des repères de l’histoire de l’art: «  Élevage de poussière » en 1920, puis en 1921 la série de portraits photographiques de Duchamp travesti en Rrose Sélavy, personnage fictif qu’ils inventent ensemble. Ces travaux fixent déjà sa méthode: l’appareil photographique y sert moins à enregistrer un motif qu’à fabriquer une fiction visuelle et à brouiller l’identité du modèle. Le musée national d’art moderne conserve par ailleurs des épreuves et négatifs remontant à ses années new-yorkaises, tel un négatif sur plaque de verre daté de 1917 environ.

1921: Paris, le gagne-pain devenu invention

Sa peinture ne rencontrant pas le succès espéré à New York, Man Ray suit Duchamp à Paris en 1921 et y rencontre André Breton, Louis Aragon, Paul Éluard et les futurs surréalistes. Mécontent des reproductions de ses propres tableaux, il se met à les photographier lui-même: cette activité pensée comme un gagne-pain devient un moyen d’exprimer ce que la peinture ne lui permet pas. Quelques mois après son installation, il réalise ses premiers rayographes en posant sur le papier sensible des objets ordinaires — la clef de sa chambre d’hôtel, un mouchoir, des crayons — et publie en 1922 l’ensemble «  Champs délicieux ».

Le photographe officiel des surréalistes

Au sein du groupe surréaliste, Man Ray devient en quelque sorte le photographe officiel et participe à la première exposition surréaliste de 1925. Ses expérimentations explorent l’inconscient et le désir; la thématique du corps féminin y est très présente et vise à dépasser la représentation héritée du classicisme, comme dans «  Anatomies » en 1930. Ses images circulent d’abord par la presse et les revues plutôt que par les galeries: «  Le Violon d’Ingres », dont le modèle est Kiki de Montparnasse, paraît initialement dans la revue «  Littérature » en 1924.

La mode comme terrain d’essai

Dès 1921, Man Ray développe pour la mode une esthétique neuve faite d’inventivité technique, de liberté et d’humour, alors que la photographie de mode balbutie encore. Il travaille pour Poiret, Schiaparelli et Chanel et pour les grandes revues — «  Vogue », «  Vanity Fair », «  Harper’s Bazaar » — au point d’être considéré comme l’un des inventeurs de la photographie de mode contemporaine. Ses clins d’œil surréalistes y brouillent délibérément la frontière entre l’art et la commande commerciale, sujet auquel le Musée du Luxembourg a consacré une exposition monographique en 2020-2021.

Exil, retour et dernières années parisiennes

Après trois décennies passées dans son atelier de Montparnasse, où il capte les portraits de Gertrude Stein, Jean Cocteau ou Meret Oppenheim, Man Ray regagne les États-Unis pour fuir le nazisme. Il revient à Paris en 1951 et y poursuit ses expérimentations jusqu’à sa mort, survenue dans la capitale en 1976. Ses archives, riches d’une correspondance reçue de 1915 à 1976, témoignent de ces allers-retours: Duchamp lui écrit de New York, André Breton l’invite à l’Exposition internationale du surréalisme de 1947 chez Maeght puis à celle de 1959 chez Cordier.

La pratique en bref

Médiums: Photographie argentique, Peinture, Objet et assemblage, Film 35 mm, Dessin.

Techniques: Rayographe (image obtenue sans appareil, par pose d’objets sur le papier sensible), Solarisation, Épreuve gélatino-argentique, Négatif sur plaque de verre, Repeint et rephotographie du tirage, Photographie de mode et portrait d’atelier, Montage cinématographique expérimental.

Motifs récurrents: Le corps féminin arraché à la représentation classique, L’inconscient et le désir, Le détournement de l’objet quotidien, Le portrait des milieux d’avant-garde, La mode comme laboratoire visuel, Le jeu, l’humour et la destruction dada.

Montparnasse: un atelier, trente ans de portraits

C’est rue Campagne-Première que Man Ray installe l’atelier où se presse une foule mondaine venue se faire photographier. Le mécanisme est documenté: ses amis artistes lui demandent d’abord de photographier leurs œuvres, et il prend l’habitude de réaliser un portrait de l’artiste à la fin de chaque séance — c’est ainsi qu’il devient portraitiste. Pendant trente ans, cet atelier de Montparnasse produit les visages de Gertrude Stein, Jean Cocteau ou Meret Oppenheim, mais aussi ceux des femmes du monde parisien et des riches étrangères de passage, de Marie-Laure de Noailles à Peggy Guggenheim et Nancy Cunard.

Paris comme laboratoire: du rayographe à la revue «  Littérature »

Paris n’est pas un décor dans la trajectoire de Man Ray, c’est le lieu de ses inventions. Le rayographe naît quelques mois après son installation, à partir d’objets pris dans sa chambre d’hôtel, et Tristan Tzara accompagne l’ensemble «  Champs délicieux » d’une formule restée célèbre sur la beauté de la matière devenue produit physico-chimique. La diffusion se fait par les revues de l’avant-garde parisienne: le Centre Pompidou a consacré en 2014 une exposition à la période où Man Ray et Francis Picabia façonnent la revue «  Littérature », entre 1922 et 1924.

Ce que Paris conserve aujourd’hui

Le musée national d’art moderne détient un ensemble Man Ray de première importance: «  Le Violon d’Ingres » de 1924 acheté en 1993, des rayographes de «  Champs délicieux », des solarisations, des négatifs sur plaque de verre remontant à 1917 environ, ainsi que le film «  L’Etoile de mer », donné par l’artiste lui-même en 1975. S’y ajoute le fonds d’archives Man Ray, constitué d’une correspondance reçue entre 1915 et 1976 et conservé par la Bibliothèque Kandinsky. La Cinémathèque française conserve pour sa part l’étoile de mer conservée dans du formol qui a servi au film, offerte à Henri Langlois par Robert Desnos.

Paris, ville des grandes rétrospectives et du dernier atelier

Man Ray revient s’installer à Paris en 1951 et y meurt en 1976. La capitale lui a rendu ses hommages les plus complets: en 1998, le Musée national d’art moderne présente aux Galeries nationales du Grand Palais, dans le cadre de sa programmation hors les murs, une importante monographie consacrée à l’ensemble de son travail photographique et fondée sur l’exploitation exhaustive de ses archives; en 2020-2021, le Musée du Luxembourg explore pour la première fois son œuvre sous l’angle de la mode.

Où voir ses œuvres

Centre Pompidou, musée national d’art moderne (Paris) — Conserve un ensemble majeur d’œuvres de Man Ray (photographies, négatifs, films) ainsi que le fonds d’archives Man Ray, couvrant la correspondance reçue de 1915 à 1976.

Musée national Picasso-Paris (Paris) — Présente le film «  L’Etoile de mer » (1928) du musée national d’art moderne dans le cadre d’un prêt longue durée en accrochage, du 12 mars 2024 au 31 août 2026.

La Cinémathèque française (Paris) — Conserve l’étoile de mer utilisée pour le film de 1928, offerte à Henri Langlois par Robert Desnos, auteur des vers qui ont inspiré le film.

Galeries nationales du Grand Palais (Paris) — Ont accueilli du 29 avril au 29 juin 1998 la monographie «  Man Ray, la photographie à l’envers », organisée hors les murs par le Musée national d’art moderne.

Musée du Luxembourg (Paris) — A présenté du 23 septembre 2020 au 17 janvier 2021 «  Man Ray et la Mode », première exposition consacrée à son œuvre sous l’angle de la mode.

Repères chronologiques

1890 — Naissance d’Emmanuel Radnitzky à Philadelphie, dans une famille juive d’artisans du textile.

1912 — La famille change son patronyme en Ray, en réaction à l’antisémitisme de l’époque.

1920 — Conception d’«  Élevage de poussière » avec Marcel Duchamp, au sein du Dada new-yorkais.

1921 — Il suit Marcel Duchamp à Paris et y rencontre Breton, Aragon et Éluard; série des portraits de Duchamp en Rrose Sélavy.

1922 — Premiers rayographes, réalisés six mois après son installation parisienne, et ensemble «  Champs délicieux ».

1924 — «  Le Violon d’Ingres », avec Kiki de Montparnasse pour modèle, paraît dans la revue «  Littérature ».

1925 — Participation à la première exposition surréaliste; il en devient le photographe attitré.

1928 — Réalisation du film «  L’Etoile de mer », 35 mm noir et blanc sonorisé de 17 minutes et 38 secondes.

1930 — «  Anatomies »: le corps féminin travaillé contre la représentation héritée du classicisme.

1951 — Retour à Paris après l’exil américain motivé par la fuite du nazisme; poursuite de ses expérimentations.

1975 — L’artiste donne le film «  L’Etoile de mer » au musée national d’art moderne (inv. AM 1975-F0219).

1976 — Mort de Man Ray à Paris; la correspondance de son fonds d’archives s’arrête à cette année.

1998 — Monographie «  Man Ray, la photographie à l’envers » aux Galeries nationales du Grand Palais, du 29 avril au 29 juin.

2020 — Ouverture de «  Man Ray et la Mode » au Musée du Luxembourg, le 23 septembre, jusqu’au 17 janvier 2021.

Man Ray & Paris

Paris reste ici le meilleur angle de lecture pour relier Man Ray à des lieux concrets, des expositions visibles et une géographie culturelle facile à parcourir.

Questions fréquentes

tout ce qu’il faut savoir

Pourquoi Man Ray a-t-il quitté New York pour Paris ?

Sa peinture ne rencontrait pas à New York le succès qu'il espérait. En 1921, il choisit de suivre Marcel Duchamp à Paris, où il rencontre André Breton, Louis Aragon, Paul Éluard et les futures figures du surréalisme, et où son travail photographique prend son essor.

Qu'est-ce qu'un rayographe ?

C'est une image obtenue sans appareil photographique : Man Ray dispose des objets ordinaires directement sur le papier sensible avant de l'exposer à la lumière. Il cite lui-même la clef de sa chambre d'hôtel, un mouchoir et des crayons. L'ensemble « Champs délicieux » date de 1922.

Qui est le modèle du « Violon d'Ingres » ?

La notice du musée national d'art moderne identifie le modèle représenté comme Kiki de Montparnasse, de son vrai nom Alice Ernestine Prin (1901-1953). L'image, réalisée en 1924, a d'abord été publiée dans la revue « Littérature » plutôt que montrée en galerie.

Man Ray a-t-il réalisé des films ?

Oui. Le musée national d'art moderne conserve « L'Etoile de mer », film 35 mm noir et blanc sonorisé de 17 minutes et 38 secondes réalisé en 1928, entré dans la collection par un don de l'artiste en 1975. La Cinémathèque française en conserve l'accessoire principal.

Quel a été son rôle dans la photographie de mode ?

Dès 1921, alors que la photographie de mode balbutie, il met au point une esthétique nouvelle faite d'inventivité technique, de liberté et d'humour. Il travaille pour Poiret, Schiaparelli et Chanel et pour « Vogue », « Vanity Fair » et « Harper's Bazaar ».

Où voir des œuvres de Man Ray à Paris ?

Le Centre Pompidou détient l'ensemble parisien de référence, des rayographes au « Violon d'Ingres » acheté en 1993. Le film « L'Etoile de mer » est prêté au Musée national Picasso-Paris jusqu'au 31 août 2026, et la Cinémathèque française conserve l'étoile de mer du tournage.