Exposition Paris

Exposition Marc Chagall

Né à Vitebsk en 1887 dans une famille juive modeste, Marc Chagall arrive à Paris au début des années 1910 et y trouve, selon ses propres mots rapportés par sa biographie officielle, «  la lumière, la couleur, la liberté ».

Qui est Marc Chagall ?

Moyshe Segal naît le 7 juillet 1887 à Vitebsk, ville provinciale de l’Empire russe située sur le territoire de l’actuel Bélarus.

Pourquoi cette page est utile

Cette page sert surtout à situer Marc Chagall dans le catalogue, même quand peu d’expositions lui sont encore directement reliées.

Vitebsk, une enfance juive dans l’Empire russe

Moyshe Segal naît le 7 juillet 1887 à Vitebsk, ville provinciale de l’Empire russe située sur le territoire de l’actuel Bélarus. Aîné de neuf enfants d’une modeste famille juive — sa mère tient une épicerie, son père travaille dans un entrepôt de harengs —, il grandit dans un monde de shtetl dont les toits, les chèvres et les violoneux nourriront toute son œuvre. Les lois répressives de l’Empire interdisant aux Juifs l’accès à l’Académie, il découvre la peinture dans l’atelier de Jehuda Pen à Vitebsk, avant d’obtenir une dérogation pour étudier à Saint-Pétersbourg, où il entre à l’École Zvantseva et travaille comme décorateur au contact des Ballets russes.

Paris 1911-1914: la Ruche, les académies libres et le Louvre

Grâce à une bourse d’études accordée par son mécène Vinaver, Chagall gagne Paris via Berlin et s’installe d’abord au 18, impasse du Maine. Il fréquente les académies libres de la Palette et de la Grande Chaumière, arpente les galeries, les salons et surtout le Louvre, où il se forme en autodidacte en copiant les maîtrès anciens. L’hiver 1912, il prend un atelier à la Ruche, cité d’artistes qui abrite alors Fernand Léger, Amedeo Modigliani, Alexander Archipenko, Chaïm Soutine et Ossip Zadkine, et se lie avec les poètes Blaise Cendrars, Max Jacob et André Salmon. C’est là qu’il peint ses premiers chefs-d’œuvre parisiens et expose au Salon des Indépendants à partir de 1912, aux côtés de Picasso, Delaunay et Léger.

Retour en Russie, Vitebsk révolutionnaire et théâtre juif de Moscou

Revenu dans son pays en 1914, Chagall s’y trouve bloqué par la guerre. Il épouse Bella Rosenfeld, son amour de jeunesse, dont il a une fille, Ida, en 1916; l’une et l’autre deviennent les modèles récurrents de ses tableaux, du «  Double portrait au verre de vin » à «  Bella au col blanc ». Après la Révolution, il participe à l’aventure progressiste de l’École de Vitebsk auprès de Kasimir Malévitch et El Lissitzky, mais sa peinture figurative se heurte vite à l’incompréhension des suprématistes et des autorités bolcheviques. En 1920, il quitte Vitebsk pour Moscou, où il travaille au décor du Théâtre juif, puis gagne Berlin.

La seconde période française: Vollard, la naturalisation, la mise à l’index nazie

Le 1er septembre 1923, Chagall arrive de nouveau Paris avec sa famille, appel par le marchand Ambroise Vollard: log quelques mois faubourg Saint-Jacques, il sinstalle dbut 1924 au 110, avenue dOrlans. Vollard lui commande lillustration des mes mortes de Gogol, grave en 107 planches entre 1923 et 1925, puis les gouaches des Fables de La Fontaine et le Cirque Vollard. En 1926, il signe avec la galerie Bernheim-Jeune. La monte du nazisme rattrape pourtant cette russite: des Suvres de Chagall sont dsignes comme art dgnr頻 et dcroches des muses allemands, tandis quune premire demande de citoyennet franaise lui est refuse; le dcret de naturalisation ne sera publi au Journal officiel que le 13 juin 1937.

Exil américain, deuil et retour européen

En 1939, Chagall met à l’abri les toiles de son atelier parisien à Saint-Dyé-sur-Loire, puis se replie à Gordes après l’invasion de mai 1940. La France occupée le contraint à l’exil aux États-Unis en 1941; sa fille Ida parvient à faire suivre l’ensemble de ses œuvres jusqu’à New York. Le thème de la crucifixion, devenu symbole des souffrances des Juifs persécutés, traverse alors sa production, comme dans «  Obsession » (1943). Bella meurt brutalement en 1944. Deux grandes rétrospectives préparées par Ida marquent le retour: celle du Museum of Modern Art de New York en 1946, puis celle du musée d’Art moderne de Paris en 1947, à laquelle l’artiste assiste.

Les grandes commandes monumentales et le Midi

Installé dans le Midi après la guerre, Chagall consacre vingt ans à des commandes publiques et privées qui débordent largement le tableau de chevalet: lithographies et gravures pour Tériade, vitraux, céramiques, décors et costumes de ballet, et la série monumentale du «  Message Biblique », commencée après 1956 et achevée en 1966. En 1962, André Malraux lui confie la fresque destinée à recouvrir le plafond du Palais Garnier, inaugurée en septembre 1964 au terme d’une polémique nourrie. Il meurt en 1985 à Saint-Paul-de-Vence, où il avait choisi de vivre.

La pratique en bref

Médiums: peinture à l’huile, gouache, dessin, gravure et eau-forte, lithographie en couleurs, céramique, sculpture, vitrail, peinture monumentale, décors et costumes de scène.

Techniques: fragmentation cubiste employée de façon limitée et subordonnée au récit, couleur fauve et saturée héritée des avant-gardes parisiennes, illustration gravée de grands cycles littéraires pour l’éditeur Ambroise Vollard, lithographie en couleurs développée avec Tériade, peinture sur toiles marouflées de grand format pour la commande architecturale.

Motifs récurrents: la mémoire du shtetl de Vitebsk, le couple et les amoureux en apesanteur, le bestiaire (chèvre, vache, coq) et le folklore russe, la culture hébraïque et le texte biblique, la crucifixion comme figure de la persécution des Juifs, le cirque et le théâtre, la musique et l’opéra.

La Ruche et les avant-gardes: Paris comme atelier de formation

Le premier séjour parisien de Chagall, au début des années 1910, est celui d’un jeune peintre venu de Vitebsk sans réseau. Il loge d’abord impasse du Maine, fréquente les académies libres de la Palette et de la Grande Chaumière, et se forme au Louvre en copiant les maîtrès anciens. L’hiver 1912, il prend un atelier à la Ruche, où voisinent Léger, Modigliani, Archipenko, Soutine et Zadkine, et fréquente Cendrars, Max Jacob et Salmon. «  À la Russie, aux ânes et aux autres », décrit par le Centre Pompidou comme son premier chef-d’œuvre parisien, naît de cette rencontre entre l’iconographie du shtetl et le vocabulaire cubiste; le tableau est aujourd’hui conservé au Musée national d’art moderne.

L’adresse parisienne des années 1920-1930 et le compagnonnage avec Vollard

Le 1er septembre 1923, la famille Chagall débarque à Paris pour une seconde période française appelée par le marchand Ambroise Vollard. Logée quelques mois faubourg Saint-Jacques, elle emménage début 1924 au 110, avenue d’Orléans, puis s’installe à Boulogne-sur-Seine à la fin de 1925; en 1936, l’artiste ouvre un nouvel atelier villa Eugène-Manuel, près du Trocadéro. Ces années parisiennes sont celles des grands cycles gravés commandés par Vollard, du contrat signé fin 1926 avec la galerie Bernheim-Jeune, et de la naturalisation obtenue avec l’appui de Jean Paulhan, publiée au Journal officiel du 13 juin 1937.

1947: le musée d’Art moderne de Paris scelle le retour

Après sept années d’exil américain et la mort de Bella, le retour de Chagall en France passe par une institution parisienne. Jean Cassou, directeur du musée d’Art moderne de Paris, conçoit un hommage à l’artiste pour la réouverture du musée, préparé de longue main par Ida Chagall en même temps que la rétrospective new-yorkaise de 1946. Chagall assiste à l’inauguration parisienne en 1947, avant que des rétrospectives ne suivent à Amsterdam, Londres, Zurich et Berne. Cette exposition marque le moment où le peintre renoue durablement avec la France, qu’il ne quittera plus.

Le plafond du Palais Garnier, œuvre parisienne la plus visible

En 1962, André Malraux, ministre des Affaires culturelles, confie à Chagall la réalisation d’une fresque monumentale destinée au plafond du Palais Garnier, recouvrant le décor que Jules-Eugène Lenepveu y avait installé depuis 1875. Peinte dans l’atelier des Gobelins et inaugurée en septembre 1964, l’œuvre déchaîne les passions avant même son dévoilement, la perspective de masquer un décor du Second Empire suscitant de vives critiques. C’est aujourd’hui la seule œuvre monumentale de Chagall visible en permanence à Paris, dans un monument ouvert à la visite.

Une collection publique parisienne parmi les plus riches au monde

Le Musée national d’art moderne détient l’un des ensembles Chagall les plus représentatifs au monde, particulièrement pour les œuvres d’avant-guerre. Il s’est constitué par étapes: dation reçue par l’État en règlement de droits de succession — quarante-six peintures, cent cinquante gouaches, deux cent vingt-neuf dessins notamment — présentée au Centre Pompidou du 30 mars au 5 juin 1988, puis don de Bella et Meret Meyer en 2022, qui ajoute cent vingt-sept dessins, cinq céramiques et sept sculptures, montrés dans l’exposition «  Chagall à l’œuvre » du 4 octobre 2023 au 26 février 2024.

Où voir ses œuvres

Palais Garnier — Opéra national de Paris (Paris) — Conserve in situ le plafond peint par Chagall, commandé par André Malraux en 1962 et inauguré en septembre 1964; visible lors de la visite du monument.

Centre Pompidou — Musée national d’art moderne (Paris) — Détient l’une des plus importantes collections Chagall au monde (dation de 1988, don Meyer de 2022); le bâtiment de Beaubourg est fermé pour rénovation depuis l’automne 2025, avec une réouverture annoncée pour 2030.

Musée d’art et d’histoire du Judaïsme (mahJ) (Paris) — Musée parisien accueillant en dépôt du Musée national d’art moderne le tableau «  La Mort » (1908-1909) de Chagall; 71, rue du Temple, 75003 Paris.

Musée du Luxembourg (Paris) — A présenté la monographie «  Chagall, entre guerre et paix » du 21 février au 21 juillet 2013, dernière grande rétrospective parisienne consacrée à l’artiste avant «  Chagall à l’œuvre ».

Musée national Marc Chagall (Nice) — Musée national monographique construit autour du cycle du «  Message Biblique »; présente en 2026 «  Chagall à l’œuvre. Un prêt d’exception au musée » et «  Marc Chagall: Between Poetry and Spirituality ».

Repères chronologiques

1887-07-07 — Naissance à Vitebsk, dans l’Empire russe, aîné de neuf enfants d’une modeste famille juive.

1911 — Premier séjour parisien: atelier impasse du Maine, académies libres et copies au Louvre.

1912 — Installation dans un atelier de la Ruche et premières participations au Salon des Indépendants.

1916 — Naissance d’Ida, née de son mariage avec Bella Rosenfeld épousée pendant la guerre en Russie.

1923-09-01 — Arrivée à Paris pour une seconde période française, appelé par le marchand Ambroise Vollard.

1937-06-13 — Publication au Journal officiel du décret lui accordant la nationalité française.

1941 — Exil aux États-Unis après l’occupation de la France; Ida fait suivre l’ensemble de ses œuvres.

1947 — Rétrospective au musée d’Art moderne de Paris conçue par Jean Cassou pour la réouverture du musée.

1964 — Inauguration en septembre du plafond du Palais Garnier, commandé par André Malraux en 1962.

1966 — Achèvement du cycle de peintures monumentales du «  Message Biblique ».

1985 — Mort à Saint-Paul-de-Vence, dans les Alpes-Maritimes, où il s’était installé après la guerre.

1988 — Dation exposée au Centre Pompidou du 30 mars au 5 juin: 46 peintures, 150 gouaches, 229 dessins.

2022 — Don de Bella et Meret Meyer au Centre Pompidou: 127 dessins, 5 céramiques et 7 sculptures.

Marc Chagall & Paris

Paris reste ici le meilleur angle de lecture pour relier Marc Chagall à des lieux concrets, des expositions visibles et une géographie culturelle facile à parcourir.

Questions fréquentes

tout ce qu’il faut savoir

Où peut-on voir une œuvre de Marc Chagall à Paris aujourd’hui ?

La seule œuvre monumentale visible en permanence est le plafond du Palais Garnier, peint en 1964. Le Centre Pompidou, qui détient la grande collection publique parisienne, a fermé son bâtiment de Beaubourg à l’automne 2025 pour une rénovation annoncée jusqu’en 2030 ; le musée d’art et d’histoire du Judaïsme accueille par ailleurs en dépôt le tableau « La Mort ».

Pourquoi le plafond de l’Opéra Garnier a-t-il été confié à Chagall ?

En 1962, André Malraux, ministre des Affaires culturelles du général de Gaulle, décide de faire recouvrir le décor peint par Jules-Eugène Lenepveu en place depuis 1875 et confie la fresque à Chagall, dont il admirait les décors de ballet. Inaugurée en septembre 1964, l’œuvre déclencha une polémique nourrie avant même son dévoilement.

Comment le Centre Pompidou a-t-il constitué sa collection Chagall ?

En deux temps principalement. En 1988, l’État reçoit en dation, au titre des droits de succession, un ensemble comprenant quarante-six peintures, cent cinquante gouaches et deux cent vingt-neuf dessins, exposé à Beaubourg du 30 mars au 5 juin 1988. En 2022, un don de Bella et Meret Meyer y ajoute cent vingt-sept dessins, cinq céramiques et sept sculptures.

Marc Chagall était-il de nationalité française ?

Oui, mais tardivement et non sans difficulté. Une première demande de citoyenneté lui fut refusée en raison des fonctions de commissaire aux beaux-arts qu’il avait exercées à Vitebsk après la Révolution. Grâce au soutien de ses amis français, dont Jean Paulhan, le décret de naturalisation fut publié au Journal officiel du 13 juin 1937.

Quel est le premier chef-d’œuvre parisien de Chagall ?

Le Centre Pompidou désigne comme tel « À la Russie, aux ânes et aux autres » (1911), peint peu après son arrivée : une vache rouge nourrit son petit sur un toit de village tandis qu’une paysanne projetée dans les airs perd littéralement la tête. Le tableau n’emprunte que très partiellement la fragmentation cubiste et il est conservé au Musée national d’art moderne.

Que devient Chagall pendant la Seconde Guerre mondiale ?

Classé « artiste dégénéré » par les nazis, il met ses toiles à l’abri à Saint-Dyé-sur-Loire en 1939, se replie à Gordes en 1940, puis est contraint à l’exil aux États-Unis en 1941, sa fille Ida faisant suivre l’ensemble des œuvres jusqu’à New York. Le thème de la crucifixion, symbole des persécutions, traverse alors sa peinture ; Bella meurt en 1944.