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Cette page sert surtout à situer Mark Rothko dans le catalogue, même quand peu d’expositions lui sont encore directement reliées.
Né Marcus Rothkowitz à Dvinsk en 1903 et arrivé enfant à Portland, Mark Rothko a mis près de vingt-cinq ans à trouver le format qui l’a rendu célèbre: deux ou trois rectangles aux bords flous, superposés sur un fond monochrome.
Marcus Rothkowitz naît le 25 septembre 1903 à Dvinsk, dans l’Empire russe, au sein d’une famille juive instruite et de sensibilité sioniste.
Cette page sert surtout à situer Mark Rothko dans le catalogue, même quand peu d’expositions lui sont encore directement reliées.
Marcus Rothkowitz naît le 25 septembre 1903 à Dvinsk, dans l’Empire russe, au sein d’une famille juive instruite et de sensibilité sioniste. À dix ans, il rejoint avec sa mère et sa sœur son père et ses frères déjà installés à Portland, dans l’Oregon. Boursier à taux plein, il étudie à l’université Yale de 1921 à 1923 avant de s’installer à New York. Il entre en 1924 à l’Art Students League, où il suit l’enseignement de George Bridgman puis celui de Max Weber. À partir de 1929, et pendant plus de vingt ans, il enseigne le dessin aux enfants du Center Academy du Brooklyn Jewish Center — une double vie de peintre et de professeur qui structure toute sa jeunesse new-yorkaise.
Sa première exposition personnelle a lieu en 1933 au musée d’art de Portland, suivie quelques mois plus tard d’une première new-yorkaise à la Contemporary Arts Gallery: on y voit des paysages, des nus, des portraits et des scènes urbaines. Fin 1934, il expose à la Gallery Secession aux côtés d’Adolph Gottlieb, Ilya Bolotowsky, Joseph Solman et Louis Harris; le groupe s’en détache pour former « les Dix », qui exposent ensemble huit fois entre 1935 et 1939. Employé par le WPA, Rothko peint alors de nombreuses scènes de métro qui accentuent l’isolement des voyageurs. Milton Avery lui sert de mentor, tandis qu’il regarde de près Cézanne et Matisse.
De la fin des années 1930 à 1946, ses huiles et ses aquarelles puisent dans la mythologie grecque, les arts dits primitifs et la tragédie chrétienne, moyen d’exprimer la dimension tragique de la condition humaine pendant la guerre. Influencé par Miró et André Masson, il explore le dessin automatique et fait apparaître des formes diaphanes qui évoquent le vivant sans le nommer. En 1940 il cofonde la Federation of Modern Painters and Sculptors; en 1945 Peggy Guggenheim lui consacre une exposition personnelle à Art of This Century; en 1948 il fonde avec Baziotes, Hare et Motherwell l’école Subjects of the Artist, qui ferme au bout d’un an. Dès 1947, toute imagerie mythique a disparu de ses toiles.
Le basculement vers l’abstraction s’opère à partir de 1946 par l’étape des Multiformes, où des masses chromatiques flottent en équilibre sur la toile. Leur nombre décroît rapidement et l’organisation spatiale se resserre: vers 1949, Rothko a arrêté le dispositif qui l’identifie encore aujourd’hui, deux ou trois rectangles aux bords fondus disposés verticalement sur un fond monochrome, selon un rythme binaire ou ternaire. Les jaunes, rouges, ocres et oranges dominent, sans exclure les bleus et les blancs. Il refuse pourtant la lecture purement chromatique: « si vous n’êtes ému que par les rapports de couleurs, vous passez à côté ».
En 1958, Rothko reçoit commande d’un ensemble de peintures murales pour le restaurant Four Seasons du Seagram Building de New York, immeuble conçu par Philip Johnson sous la supervision de Mies van der Rohe. Il monte dans son atelier un échafaudage reproduisant les dimensions du lieu afin de peindre à l’échelle réelle. Les toiles obtenues, bordeaux, rouge sombre et noir, sont bien plus graves que les précédentes; lui-même les dit « plus sombres que tout ce que j’ai tenté auparavant ». En 1960, après plus de deux ans de travail, il se retire de la commande, jugeant le caractère fermé du restaurant inapproprié. Il conserve la série entière et en offre neuf toiles à la Tate en 1969.
Rothko voulait que ses tableaux soient vus ensemble et à hauteur d’homme. En 1960, la Phillips Collection lui consacre la première « Rothko Room », conçue avec lui et réunissant quatre toiles, parmi lesquelles « Green and Maroon » (1953), acquise dès 1957. En 1961, le Museum of Modern Art organise sa première grande rétrospective, qui circule ensuite en Europe. Dans les années 1960 il accepte la commande de la chapelle de John et Dominique de Menil à Houston, inaugurée en 1971. Ses derniers cycles — Black-Form de 1964, Brown on Grey sur papier en 1969, Black on Grey en 1969-1970 — poussent l’assombrissement jusqu’à sa limite. Il meurt en 1970.
Médiums: Huile sur toile, Huile et acrylique sur toile, Technique mixte sur toile, Aquarelle et encre sur papier, Peinture sur papier (papier de construction, papier aquarelle marouflé).
Techniques: Aplats rectangulaires superposés aux bords fondus sur fond monochrome, Couches diluées et translucides donnant une lumière colorée sans matière apparente, Peinture à l’échelle du lieu, sur échafaudage reproduisant les dimensions du commanditaire, Dessin automatique et formes diaphanes hérités du surréalisme (années 1940), Absence de cadre, formats verticaux monumentaux imposant une distance de vision courte.
Motifs récurrents: Émotions humaines fondamentales: tragédie, extase, effroi, Mythologie grecque et tragédie chrétienne comme langage du tragique de guerre, Isolement urbain, notamment les scènes de métro new-yorkais des années 1930, Dimension spirituelle et transcendantale de la peinture, jusqu’au projet de chapelle, Assombrissement progressif de la palette entre 1950 et 1970.
Le Musée national d’art moderne conserve deux toiles de Rothko. « N° 14 (Browns over Dark) », peinte en 1963, huile et acrylique sur toile de 228,5 × 176 cm, entre par achat de l’État en 1968 puis attribution en 1976: c’est l’un des premiers Rothko à rejoindre une collection publique française, à une date où le critique Michel Ragon parle à leur sujet de « tables de méditation ». S’y ajoute en 2007, par dation, « Untitled (Black, Red over Black on Red) », huile sur toile de 1964 provenant de l’ancienne collection de M. et Mme Jean-Pierre Moueix. Les deux acquisitions relèvent de la période sombre du peintre, celle où les rouges carmin virent aux bruns et aux noirs.
La rétrospective organisée en 1961 par le Museum of Modern Art circule ensuite en Europe et compte Paris parmi ses étapes, aux côtés de Londres, Bâle, Amsterdam, Bruxelles et Rome. Il faut ensuite attendre 1999 pour que le musée d’Art moderne de la Ville de Paris consacre au peintre une exposition monographique, du 14 janvier au 18 avril, accompagnée d’un catalogue de 289 pages publié par Paris Musées. Vingt-quatre ans plus tard, la Fondation Louis Vuitton présente du 18 octobre 2023 au 2 avril 2024 la première rétrospective française depuis celle de 1999: environ 115 œuvres réunies auprès de la National Gallery of Art de Washington, de la Tate et de la famille de l’artiste.
La situation parisienne est momentanément défavorable. Le Centre Pompidou a fermé son bâtiment de Beaubourg à l’automne 2025 pour une rénovation qui doit le rendre au public en 2030, ce qui retire de l’affiche l’accrochage permanent où les deux Rothko pouvaient être présentés. Les notices de collection indiquent par ailleurs que ces deux toiles sont actuellement prêtées à la Fondazione Palazzo Strozzi, à Florence, dans le cadre de « Rothko in Florence », du 14 mars au 23 août 2026. Voir un Rothko à Paris suppose donc, à cette date, d’attendre une exposition temporaire ou le retour des œuvres.
Centre Pompidou — Musée national d’art moderne (Paris) — Conserve deux toiles de Rothko, « N° 14 (Browns over Dark) » (1963) et « Untitled (Black, Red over Black on Red) » (1964). Bâtiment fermé depuis l’automne 2025 pour une rénovation jusqu’en 2030.
Fondation Louis Vuitton (Paris) — A présenté du 18 octobre 2023 au 2 avril 2024 la rétrospective « Mark Rothko », première en France depuis 1999, avec environ 115 œuvres.
Musée d’Art moderne de la Ville de Paris (Paris) — A consacré à Rothko une exposition monographique du 14 janvier au 18 avril 1999, avec un catalogue édité par Paris Musées.
Tate Modern (Londres) — Présente la salle des Seagram murals, née du don de neuf toiles consenti par Rothko en 1969.
The Phillips Collection (Washington) — Abrite depuis 1960 la première « Rothko Room », conçue avec l’artiste et réunissant quatre de ses toiles.
1903-09-25 — Naissance de Marcus Rothkowitz à Dvinsk, dans l’Empire russe, dans une famille juive instruite
1921-1923 — Études à l’université Yale grâce à une bourse à taux plein, avant l’installation à New York
1924 — Entrée à l’Art Students League de New York, dans les classes de George Bridgman puis de Max Weber
1933 — Première exposition personnelle au musée d’art de Portland, puis première new-yorkaise à la Contemporary Arts Gallery
1935-1939 — Membre du groupe « les Dix », qui expose ensemble à huit reprises, tandis qu’il peint ses scènes de métro pour le WPA
1945 — Exposition personnelle à la galerie Art of This Century de Peggy Guggenheim, consacrée à ses œuvres surréalistes
1958 — Commande d’un ensemble de peintures murales pour le restaurant Four Seasons du Seagram Building de New York
1960 — Retrait de la commande Seagram, et ouverture de la première « Rothko Room » à la Phillips Collection de Washington
1961 — Première grande rétrospective organisée par le Museum of Modern Art, qui circule ensuite en Europe, dont Paris
1968 — Achat par l’État français de « N° 14 (Browns over Dark) », attribué au Musée national d’art moderne en 1976
1969 — Don de neuf toiles de la série des Seagram murals à la Tate, qui leur consacre une salle dédiée
1970 — Mort de Mark Rothko aux États-Unis, l’année précédant l’inauguration de la chapelle de Houston
1986 — Don de The Mark Rothko Foundation, Inc. à la National Gallery of Art de Washington, dont la toile « No. 8 »
1999 — Exposition monographique au musée d’Art moderne de la Ville de Paris, du 14 janvier au 18 avril
2023-10-18 — Ouverture de la rétrospective de la Fondation Louis Vuitton, environ 115 œuvres, jusqu’au 2 avril 2024
Paris reste ici le meilleur angle de lecture pour relier Mark Rothko à des lieux concrets, des expositions visibles et une géographie culturelle facile à parcourir.
Commandées en 1958 pour le restaurant du Seagram Building, ces toiles ont été peintes sur un échafaudage reproduisant les dimensions du lieu. En 1960, après plus de deux ans de travail, Rothko se retire : il juge que le caractère fermé et privilégié du restaurant ne convient pas à ses œuvres. Il garde la série et en donne neuf toiles à la Tate en 1969.
Le Musée national d'art moderne, au Centre Pompidou, conserve deux toiles : « N° 14 (Browns over Dark) » (1963) et « Untitled (Black, Red over Black on Red) » (1964). Attention toutefois : le bâtiment de Beaubourg est fermé depuis l'automne 2025 pour une rénovation prévue jusqu'en 2030, et les deux tableaux sont actuellement prêtés à Florence.
C'est la première phase de son passage à l'abstraction, à partir de 1946 : des masses chromatiques suspendues dans une sorte d'équilibre sur la toile. Leur nombre diminue progressivement et l'organisation de l'espace se resserre, jusqu'au format dit « classique » des années 1950, fait de rectangles superposés selon un rythme binaire ou ternaire.
Après avoir travaillé les jaunes, rouges, ocres et oranges, Rothko assombrit sa palette jusqu'aux bruns et aux noirs. Les aplats légers et flottants cèdent la place à des masses plus compactes, empreintes de gravité. Ses derniers ensembles — Black-Form en 1964, Brown on Grey en 1969, Black on Grey en 1969-1970 — poussent ce mouvement à son terme.
Oui, et pendant longtemps. Dans les années 1930, il peint des paysages, des nus, des portraits, des scènes urbaines et de nombreuses vues de métro new-yorkais accentuant l'isolement des voyageurs. Il puise ensuite, jusqu'en 1946, dans la mythologie grecque et la tragédie chrétienne. Toute imagerie mythique disparaît de ses toiles à partir de 1947.
Oui, dans des proportions largement méconnues : la National Gallery of Art de Washington relève qu'il a réalisé près de mille peintures sur papier tout au long de sa carrière, qu'il considérait pour beaucoup comme des tableaux achevés et non comme de simples études. Le musée leur a consacré une exposition du 19 novembre 2023 au 31 mars 2024.