Exposition Paris

Exposition Maurice Utrillo

Fils naturel de Suzanne Valadon, Maurice Utrillo naît à Montmartre le 26 décembre 1883 et meurt à Dax le 5 novembre 1955.

Qui est Maurice Utrillo ?

Maurice naît sur la Butte le 26 décembre 1883, enfant naturel de Marie-Clémentine Valadon, modèle d’atelier devenue peintre sous le nom de Suzanne Valadon.

Pourquoi cette page est utile

Cette page sert surtout à situer Maurice Utrillo dans le catalogue, même quand peu d’expositions lui sont encore directement reliées.

Un enfant de la Butte, reconnu par un père qu’il n’a jamais vu

Maurice naît sur la Butte le 26 décembre 1883, enfant naturel de Marie-Clémentine Valadon, modèle d’atelier devenue peintre sous le nom de Suzanne Valadon. En 1891, il est reconnu par Miguel Utrillo y Molins, artiste catalan de Barcelone qu’il ne rencontrera jamais, et prend son nom. Élève au collège Rollin, il contracte très jeune des habitudes de vagabondage et de boisson. On lui trouve un emploi de banque dont il est renvoyé pour son humeur fantasque; après des esclandres répétés, il est interné à Sainte-Anne pour une première cure de désintoxication. Toute sa vie tiendra dans cette tension entre la peinture et l’internement.

La peinture comme ordonnance médicale (1902-1906)

En 1902, un médecin conseille à Suzanne Valadon d’occuper son fils en le faisant peindre: c’est ainsi, par prescription plutôt que par vocation, que commence l’œuvre. De 1903 à 1906, Utrillo travaille en banlieue nord — à Montmagny, à Pierrefitte — et sur la Butte, dans une manière sombre, très épaisse, empâtée. Le marchand Clovis Sagot et quelques connaisseurs commencent à s’y intéresser. Cette première manière, dite période sombre, est encore rare sur le marché et dans les collections publiques, éclipsée par les blancs qui la suivront immédiatement.

La période blanche: de la craie sur les murs de Montmartre

À partir de 1907, Utrillo éclaircit sa palette; vers 1910, il peint avec des blancs, ce qui vaudra à sa production jusqu’en 1915 le nom de «  période blanche ». C’est la manière qui l’a rendu célèbre: plâtre, chaux, murs lépreux, ciels lourds, arbres nus. Le marchand Louis Libaude tente dès 1909 d’accaparer ses toiles contre une modeste mensualité; par lui, Utrillo est remarqué de Francis Jourdain, d’Élie Faure et d’Octave Mirbeau. À partir de 1909, il expose au Salon d’automne et aux Indépendants, sans fréquenter pour autant les peintres: il partage sa vie entre le cabaret de la Belle-Gabrielle et le bistrot du Casse-Croûte.

Peindre d’après la carte postale

Utrillo n’a pas toujours travaillé sur le motif. Le Museum of Modern Art, qui conserve «  La Rue des Abbesses » (1910), rappelle que Montmartre, capitale bohème devenue destination touristique, était alors abondamment diffusé par la carte postale industrielle, et qu’Utrillo — pourtant ambivalent devant cette mise en marchandise de son quartier — fondait fréquemment ses tableaux sur ces cartes ainsi que sur les photographies d’Eugène Atget. Cette méthode explique la frontalité de ses compositions, leur cadrage de vue de rue et leur goût des formes géométriques abruptes.

Internements, reconnaissance et gloire tardive

En 1912, une crise de delirium tremens le fait admettre dans une maison de santé de Sannois; après deux mois de cure, il voyage en Bretagne et en Corse, où il peint beaucoup. Sa première exposition d’ensemble a lieu à la galerie Eugène Blot en 1913. À partir de 1914, sa technique évolue vers un style plus dessiné, plus coloré et cloisonné, sous l’influence de sa mère. Il est interné à Villejuif en 1916, puis soigné à Picpus. L’exposition de 1919 à la galerie Lepoutre lui apporte un succès considérable, suivi d’un contrat chez Bernheim-Jeune et d’une vogue foudroyante — accompagnée d’une surveillance étroite de son entourage et d’un déluge de contrefaçons.

Le peintre au-delà du chevalet: décors et dernières années

La notoriété conduit Utrillo hors de l’atelier: il exécute pour les Ballets russes de Serge de Diaghilev le décor de «  Barabau », ballet en un acte sur une musique et un livret de Vittorio Rieti, chorégraphié par George Balanchine et créé au Coliseum Théâtre de Londres le 11 décembre 1925. À partir de 1923, il passe chaque été au château de Saint-Bernard, dans l’Ain. En 1935, il épouse Lucie Valore. Il réalise encore un décor d’opéra en 1948 et des panneaux en 1955, l’année de sa mort à Dax, tandis que le Dictionnaire de la peinture Larousse juge sans ménagement que son talent a alors «  beaucoup baissé ».

La pratique en bref

Médiums: huile sur toile, huile sur carton et carton parqueté, huile sur contre-plaqué parqueté, gouache, lithographie et livre illustré, décor et costumes de ballet.

Techniques: empâtements épais de la première manière sombre (1903-1906), blancs chargés donnant leur nom à la période blanche (vers 1910-1915), travail d’après cartes postales et photographies, notamment d’Eugène Atget, peinture sur supports rigides parquetés (carton, contre-plaqué), manière plus dessinée, colorée et cloisonnée à partir de 1914.

Motifs récurrents: les rues en pente de Montmartre, les églises et clochers de village pris dans la ville, les murs, façades et enseignes de faubourg, les cabarets et lieux montmartrois (Lapin Agile, place du Tertre), les monuments parisiens vus frontalement (Notre-Dame), les paysages de banlieue nord et de province.

Le 12, rue Cortot: l’atelier du «  trio infernal »

Au tournant du XXe siècle, les ateliers des 12-14 rue Cortot abritaient de nombreux artistes. Suzanne Valadon y avait vécu jusqu’en 1905 avec son premier mari, le banquier Paul Moussis; elle y revient en 1912 avec son fils Maurice Utrillo et son compagnon André Utter. Malgré les disputes avec Utter et les frasques de son fils, elle y passera ses années les plus productives, et les trois seront bientôt surnommés «  le trio infernal ». Le musée de Montmartre, installé dans la Maison du Bel Air au 12, rue Cortot, a reconstitué cet atelier-appartement, aujourd’hui visitable.

Une œuvre dont le motif est un quartier

Le musée de l’Orangerie rappelle qu’Utrillo, même lorsqu’il résidait hors de la capitale, connaissait Montmartre depuis l’enfance par l’atelier de sa mère, qu’il partagea plus tard rue Cortot. Au début de la guerre, il était logé par le patron d’un petit restaurant familièrement appelé «  Le Casse-Croûte »; il voyait la rue du Mont-Cenis depuis la fenêtre de sa chambre et en peignit plusieurs vues. La Maison de Berlioz, autre motif récurrent, se trouve à l’angle de la rue Saint-Vincent et de la rue du Mont-Cenis: le compositeur y vécut de 1834 à 1837, et Georges Braque y installa son atelier en 1911.

Où voir Utrillo à Paris aujourd’hui

Le musée de l’Orangerie présente dix œuvres d’Utrillo au sein de la collection Jean Walter et Paul Guillaume, acquise par l’État français à la fin des années 1950 — l’un des ensembles les plus fournis d’Europe pour ce peintre. Le Centre Pompidou conserve «  La rue du Mont-Cenis » (vers 1916) dans les collections du Musée national d’art moderne. Le musée Carnavalet, musée d’histoire de la Ville de Paris, détient plusieurs de ses vues parisiennes, dont «  Saint-Pierre-de-Montmartre » (1931, inv. P2308), «  Vieille maison » et «  La Rue Saint-Dominique et la Tour Eiffel ».

Un tableau passé par la spoliation: la notice Rose-Valland

La Plateforme ouverte du patrimoine du ministère de la Culture décrit sous la référence MNAM0014, dans la base Rose-Valland des Musées Nationaux Récupération, une «  Rue du Mont-Cenis à Montmartre » signée «  Maurice.Utrillo », huile sur toile de 0,73 sur 1,02 m, ancien titre «  Rue de Montmartre ». La notice retrace son parcours: le tableau appartenait à Roger-Julien et René Bloch lors de la vente publique de la collection Paul Poiret du 18 novembre 1925, où il figurait au numéro 103 du catalogue avant d’être retiré pour insuffisance de prix.

Où voir ses œuvres

Musée de Montmartre — Jardins Renoir (Paris) — Installé au 12, rue Cortot dans la Maison du Bel Air, il présente l’atelier-appartement reconstitué de Suzanne Valadon et Maurice Utrillo ainsi que des collections permanentes sur la Butte et ses cabarets.

Musée de l’Orangerie (Paris) — Conserve dix œuvres d’Utrillo dans la collection Jean Walter et Paul Guillaume, dont «  Notre-Dame » (1909), «  Rue du Mont-Cenis » (1914) et «  La Maison de Berlioz » (1914).

Centre Pompidou — Musée national d’art moderne (Paris) — Conserve «  La rue du Mont-Cenis » (vers 1916), huile sur toile, et a prêté des œuvres à l’exposition du musée de Montmartre consacrée au trio de la rue Cortot.

Musée Carnavalet — Histoire de Paris (Paris) — Détient des vues parisiennes d’Utrillo, dont «  Saint-Pierre-de-Montmartre, 18e arrondissement » (1931, inv. P2308) et «  La Rue Saint-Dominique et la Tour Eiffel ».

Repères chronologiques

1883-12-26 — Naissance à Paris, sur la Butte Montmartre, enfant naturel de Marie-Clémentine Valadon, dite Suzanne Valadon.

1891 — Reconnu par Miguel Utrillo y Molins, artiste catalan de Barcelone qu’il ne rencontrera jamais, et dont il prend le nom.

1902 — Un médecin conseille à Suzanne Valadon d’occuper son fils en le faisant peindre: début de l’œuvre par prescription.

1903-1906 — Période sombre: il peint à Montmagny, à Pierrefitte et à Montmartre dans une manière très épaisse et empâtée.

1909 — Il commence à exposer au Salon d’automne et aux Indépendants; le marchand Louis Libaude lui verse une modeste mensualité.

1912 — Il s’installe avec Suzanne Valadon et André Utter aux ateliers du 12, rue Cortot, à Montmartre — le «  trio infernal ».

1913 — Première exposition d’ensemble consacrée à son travail, à la galerie Eugène Blot, à Paris.

1914 — Sa technique évolue vers un style plus dessiné, coloré et cloisonné; il peint «  Rue du Mont-Cenis » et «  La Maison de Berlioz ».

1919 — L’exposition de la galerie Lepoutre lui apporte un grand succès, suivi d’un contrat chez Bernheim-Jeune.

1925-12-11 — Création au Coliseum Théâtre de Londres de «  Barabau », ballet des Ballets russes dont il signe décor et costumes.

1935 — Il épouse Lucie Valore; sa gloire est alors internationale et les contrefaçons de ses toiles prolifèrent.

1955-11-05 — Mort à Dax, dans les Landes, l’année même où il réalise encore des panneaux décoratifs.

Galerie

Maurice Utrillo & Paris

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Questions fréquentes

tout ce qu’il faut savoir

Pourquoi parle-t-on de la « période blanche » d'Utrillo ?

Parce qu'à partir de 1907 Utrillo éclaircit sa palette et que, vers 1910, il peint avec des blancs dominants pour rendre le plâtre et la chaux des murs montmartrois. Le nom de « période blanche » désigne sa production jusqu'en 1915, celle qui a fait sa réputation.

Utrillo peignait-il vraiment sur le motif, dans la rue ?

Pas systématiquement. Le Museum of Modern Art indique qu'Utrillo fondait fréquemment ses tableaux sur les cartes postales industrielles alors diffusées à Montmartre, ainsi que sur des photographies d'Eugène Atget — tout en restant ambivalent devant cette mise en marchandise de son quartier.

Comment Maurice Utrillo est-il venu à la peinture ?

Par prescription médicale. Après des internements liés à l'alcool, un médecin conseille en 1902 à sa mère Suzanne Valadon d'occuper son fils en le faisant peindre. De 1903 à 1906, il travaille alors à Montmagny, Pierrefitte et sur la Butte, dans une manière sombre et très empâtée.

Qu'est-ce que le « trio infernal » du 12, rue Cortot ?

C'est le surnom donné à Suzanne Valadon, à son fils Maurice Utrillo et à son compagnon André Utter, installés ensemble aux ateliers du 12, rue Cortot à partir de 1912. Malgré les disputes et les frasques, Valadon y connut ses années les plus productives.

Où voir le plus grand ensemble d'Utrillo à Paris ?

Au musée de l'Orangerie, qui présente dix œuvres du peintre au sein de la collection Jean Walter et Paul Guillaume, acquise par l'État français à la fin des années 1950 aux côtés de vingt-cinq Renoir, quinze Cézanne, douze Picasso et vingt-deux Soutine.

Pourquoi Utrillo a-t-il peint tant de fois la rue du Mont-Cenis ?

Parce qu'il la voyait depuis la fenêtre de sa chambre. Au début de la guerre, il logeait à Montmartre chez le patron d'un petit restaurant familièrement appelé « Le Casse-Croûte », et il a peint plusieurs vues de cette rue, dont une conservée à l'Orangerie et une au Centre Pompidou.