Pourquoi cette page est utile
Cette page sert surtout à situer Mohamed Bourouissa dans le catalogue, même quand peu d’expositions lui sont encore directement reliées.
Mohamed Bourouissa, né en 1978 à Blida (Algérie) et installé à Gennevilliers, met en scène le réel pour interroger ce que la photographie et la vidéo prétendent documenter.
Mohamed Bourouissa naît en 1978 à Blida, en Algérie, ville où le psychiatre et écrivain Frantz Fanon avait développé son analyse de l’aliénation mentale au cœur des dominations coloniales — une filiation que le Palais de Tokyo place explicitement au centre de son exposition « SIGNAL » en 2024.
Cette page sert surtout à situer Mohamed Bourouissa dans le catalogue, même quand peu d’expositions lui sont encore directement reliées.
Mohamed Bourouissa naît en 1978 à Blida, en Algérie, ville où le psychiatre et écrivain Frantz Fanon avait développé son analyse de l’aliénation mentale au cœur des dominations coloniales — une filiation que le Palais de Tokyo place explicitement au centre de son exposition « SIGNAL » en 2024. Sa famille s’installe en France alors qu’il a cinq ans et il grandit dans la banlieue de Paris. Ce double ancrage, Blida d’un côté, la périphérie parisienne de l’autre, n’est pas un décor biographique: il structure les territoires que l’artiste choisira de filmer et de photographier.
Bourouissa étudie d’abord la peinture, entre 1998 et 2003, à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, où il obtient en 2004 un DEA en arts plastiques. C’est au sortir de cette formation qu’il abandonne la peinture pour la photographie, en citant l’influence du photographe américain Jamel Shabazz. Il est également passé par l’École nationale supérieure des arts décoratifs, en spécialisation photographie, puis par Le Fresnoy - Studio national des arts contemporains. Ces éléments de parcours proviennent d’une notice encyclopédique et n’ont pas pu être confirmés sur un site institutionnel: ils sont donnés avec une confiance moyenne.
Deux ensembles imposent son nom au cours de la décennie 2000. « Périphérique » (2005-2008) rassemble des scènes composées avec des jeunes des cités de la banlieue française, où la tension entre les corps est construite plan par plan plutôt que saisie sur le vif; l’artiste dit y chercher la fraction de seconde où la tension est à son comble, ce point extrême où tout peut arriver ou rien. « Temps Mort » (2009) déplace ce travail vers l’image pauvre du téléphone portable. Le Kadist, à Paris, conserve « Temps Mort » dans sa collection et lui consacre dès le 2 avril 2010 un programme d’entretien filmé.
Après 2010, la pratique déborde largement la photographie de commande ou de série. Elle intègre « Nous Sommes Halles » (2003-2005, en collaboration avec Anoush Kashoot), « Shoplifters » (2014-2015) et une pièce en réalité augmentée, « Army of the Unemployed », qui rend visible ce qui ne l’est pas. Aux États-Unis, il travaille avec la communauté de cavaliers noirs de Fletcher Street, à Philadelphie. En 2019, l’ensemble de ce parcours est présenté à Arles sous le titre « Free Trade », dans un supermarché, avant d’être repris à Londres l’année suivante.
Nommé en 2019 au Deutsche Börse Photography Foundation Prize pour « Free Trade », exposition présentée aux Rencontres d’Arles du 1er juillet au 22 septembre 2019, Bourouissa remporte le prix en 2020, doté de 30 000 livres sterling. Il avait été sélectionné pour le Prix Pictet en 2012, sur le thème « Power », avec « Périphérique », puis retenu pour le prix Marcel Duchamp en 2018. En 2023, le LaM de Villeneuve-d’Ascq lui consacre l’exposition « Attracteur étrange ». En 2024, le Palais de Tokyo présente « SIGNAL », que l’institution qualifie de première rétrospective de l’artiste dans une institution nationale.
Du 16 février au 30 juin 2024, le Palais de Tokyo déplie l’œuvre à rebours, des productions les plus récentes aux débuts, sans souci d’exhaustivité ni d’ordre chronologique, et en y intégrant des créations d’artistes amis: Neïla Czermak Ichti, le collectif Hawaf, LILA, Abdelmajid Mehdi, Ibrahim Meïté Sikely et Christelle Oyiri. Le commissariat est assuré par Hugo Vitrani. L’exposition réunit plusieurs géographies — Blida, Gennevilliers, Fletcher Street à Philadelphie, le ciel de Gaza — autour d’un mot arabe, « seum », l’amertume, dont l’institution fait la racine des récits collectifs de l’artiste.
Médiums: photographie couleur mise en scène, vidéo, film, sculpture, installation, musique, réalité augmentée.
Techniques: mise en scène du réel avec les personnes filmées ou photographiées, préparée par une longue phase d’immersion, image de téléphone portable assumée comme matériau (« Temps Mort »), collaboration au long cours avec une communauté (cavaliers de Fletcher Street, Philadelphie), réalité augmentée pour rendre visible une population absente de l’espace public (« Army of the Unemployed »).
Motifs récurrents: stéréotypes attachés à la banlieue française, enfermement des corps et des pensées, économies parallèles et circuits de la valeur, aliénation, domination coloniale et résistance, contrôle social et circulation des savoirs, soin par les plantes, la musique et la couleur.
Arrivé enfant en France, Bourouissa grandit dans la banlieue de Paris, et c’est là qu’il construit l’ensemble qui le fait connaître. « Périphérique » (2005-2008) porte sur les territoires et les enjeux des banlieues françaises où il a grandi, et deux de ses images reproduites par le Prix Pictet sont explicitement localisées à Paris: « La Fenêtre » (2005) et « La République » (2006). Aujourd’hui encore, il vit à Gennevilliers, dans les Hauts-de-Seine, où le Palais de Tokyo souligne qu’il est « très actif localement ». Le rapport à Paris n’est donc pas celui d’un artiste exposé dans la capitale, mais celui d’un artiste dont la matière première est son agglomération.
Le Musée d’Art moderne de Paris conserve vingt-trois œuvres de l’artiste, recensées dans les collections en ligne de Paris Musées. Elles se répartissent entre un ensemble de photographies numérotées datées de 2008, réunies sous le numéro d’inventaire AMVP 3636, et la vidéo « Légende » (2010), inventoriée AMVP 3637. La notice de cette dernière rattache l’œuvre à l’exposition « Dynasty », organisée conjointement par le Musée d’Art moderne de la Ville de Paris / ARC et le Palais de Tokyo du 11 juin au 5 septembre 2010 — soit l’entrée de l’artiste dans le récit institutionnel parisien.
Deux jalons parisiens encadrent sa trajectoire. Le 2 avril 2010, le Kadist, à Paris, l’invite dans son programme et enregistre un entretien filmé, l’institution conservant par ailleurs « Temps Mort » (2009) dans sa collection. Quatorze ans plus tard, du 16 février au 30 juin 2024, le Palais de Tokyo lui offre « SIGNAL », que l’établissement présente comme sa première rétrospective dans une institution nationale, sous le commissariat de Hugo Vitrani. Entre les deux, l’artiste est représenté par la galerie Mennour, installée à Paris.
Palais de Tokyo (Paris) — A présenté « SIGNAL » du 16 février au 30 juin 2024, première rétrospective de l’artiste dans une institution nationale, commissariat Hugo Vitrani. Coorganisateur de « Dynasty » en 2010.
Musée d’Art moderne de Paris (Paris) — Conserve vingt-trois œuvres de l’artiste (ensemble photographique AMVP 3636, 2008; vidéo « Légende », AMVP 3637, 2010) et a coorganisé « Dynasty » avec le Palais de Tokyo du 11 juin au 5 septembre 2010.
Kadist (Paris) — Conserve « Temps Mort » (2009) dans sa collection et a consacré à l’artiste un programme le 2 avril 2010.
The Photographers’ Gallery (Londres) — A exposé cinq de ses projets dans le cadre du Deutsche Börse Photography Foundation Prize 2020, du 21 février au 19 septembre 2020.
Haus der Kunst (Munich) — A intégré son travail à l’exposition collective « Sweat » en 2021.
1978 — Naissance à Blida, en Algérie, ville où Frantz Fanon avait exercé comme psychiatre.
2004 — Obtention d’un DEA en arts plastiques à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, après cinq ans d’études de peinture.
2005-2008 — Réalisation de la série photographique « Périphérique » dans les banlieues françaises.
2009 — Réalisation de « Temps Mort », œuvre tournée au téléphone portable, aujourd’hui dans la collection Kadist.
2010 — Programme et entretien filmé au Kadist à Paris le 2 avril, et présence dans l’exposition « Dynasty » (MAM de la Ville de Paris / ARC et Palais de Tokyo, 11 juin - 5 septembre).
2012 — Sélection au Prix Pictet sur le thème « Power » avec la série « Périphérique ».
2018 — Sélection pour le prix Marcel Duchamp, en France (information de niveau encyclopédique).
2019 — Exposition « Free Trade » aux Rencontres d’Arles, du 1er juillet au 22 septembre, présentée dans un supermarché.
2020 — Lauréat du Deutsche Börse Photography Foundation Prize, doté de 30 000 livres sterling.
2021 — Participation à l’exposition collective « Sweat » à la Haus der Kunst, Munich.
2023 — Exposition personnelle « Attracteur étrange » au LaM, à Villeneuve-d’Ascq.
2024-02-16 — Ouverture de « SIGNAL » au Palais de Tokyo, première rétrospective en institution nationale, jusqu’au 30 juin 2024.
Paris reste ici le meilleur angle de lecture pour relier Mohamed Bourouissa à des lieux concrets, des expositions visibles et une géographie culturelle facile à parcourir.
Parce que le sujet de Bourouissa n'est pas l'événement mais la tension qui le précède. Il compose ses images avec des jeunes des cités et déclare chercher la fraction de seconde où la tension atteint son point le plus extrême, celui où tout peut arriver ou rien. La série (2005-2008) interroge ainsi la valeur documentaire même de la photographie.
Le Musée d'Art moderne de Paris conserve vingt-trois œuvres de l'artiste : un ensemble de photographies numérotées datées de 2008 sous l'inventaire AMVP 3636, et la vidéo « Légende » (2010), inventoriée AMVP 3637. Le Kadist, également à Paris, conserve « Temps Mort » (2009). Leur présentation en salle dépend des accrochages en cours.
C'est la première rétrospective de l'artiste dans une institution nationale, du 16 février au 30 juin 2024, sous le commissariat de Hugo Vitrani. Elle déplie l'œuvre des productions les plus récentes aux débuts, sans ordre chronologique, et associe six artistes amis — dont Neïla Czermak Ichti, le collectif Hawaf et Christelle Oyiri — au parcours.
Il a remporté en 2020 le Deutsche Börse Photography Foundation Prize, doté de 30 000 livres sterling, pour son exposition « Free Trade » présentée aux Rencontres d'Arles du 1er juillet au 22 septembre 2019. Cette exposition rassemblait quinze ans de travail, de « Nous Sommes Halles » à « Shoplifters ». Il avait auparavant été sélectionné au Prix Pictet en 2012 et au prix Marcel Duchamp en 2018.
Blida n'est pas seulement un lieu de naissance : le Palais de Tokyo rappelle que c'est là que Frantz Fanon a développé son analyse de l'aliénation mentale au cœur des dominations coloniales. L'exposition « SIGNAL » fait de cette ville l'un des points d'ancrage d'une œuvre qui relie enfermement des corps, des pensées et des langages.
L'artiste a travaillé avec la communauté de cow-boys noirs de Fletcher Street, à Philadelphie, dont la présence traverse son exposition rétrospective au Palais de Tokyo aux côtés de Blida, de Gennevilliers et du ciel de Gaza. Cette immersion longue auprès d'une communauté est caractéristique de sa méthode de travail.