Pourquoi cette page est utile
Cette page sert surtout à situer Nam June Paik dans le catalogue, même quand peu d’expositions lui sont encore directement reliées.
Nam June Paik (Séoul, 1932 — Miami Beach, 2006) est le musicien devenu plasticien qui a fait du téléviseur un matériau d’artiste.
Nam June Paik naît à Séoul le 20 juillet 1932, benjamin d’une famille de cinq enfants issue d’une riche lignée industrielle. Il fréquente la Kyunggi High School et prend des leçons de piano particulières tout en étudiant la composition.
Cette page sert surtout à situer Nam June Paik dans le catalogue, même quand peu d’expositions lui sont encore directement reliées.
Nam June Paik naît à Séoul le 20 juillet 1932, benjamin d’une famille de cinq enfants issue d’une riche lignée industrielle. Il fréquente la Kyunggi High School et prend des leçons de piano particulières tout en étudiant la composition. En 1950, ses parents Chong-Hi Cho et Lak-Seoung Paik fuient la guerre de Corée avec leurs enfants, d’abord vers Hong Kong puis vers le Japon. À partir de 1953, Paik étudie la musicologie à l’université de Tokyo, dont il sort diplômé en 1956 après un mémoire consacré à la composition moderniste. Sa culture première n’est donc pas plastique mais musicale: c’est par la partition, et non par le tableau, qu’il entre en art.
En 1956, Paik gagne l’Allemagne pour poursuivre musicologie, philosophie et histoire de l’art à Munich, Fribourg et Cologne. Il travaille au studio de la radio ouest-allemande WDR, foyer de la musique électronique, et rencontre en 1958 Karlheinz Stockhausen et John Cage aux cours d’été de Darmstadt. Mary Bauermeister organise à Cologne des soirées où se croisent Joseph Beuys, Cage et Paik. En 1961, la rencontre de George Maciunas l’amène à rejoindre Fluxus l’année suivante. Sa Sonate n° 1 pour violon solo, en 1959, consiste à fracasser un violon sur un pupitre devant le public. En 1963, à la Galerie Parnass de Wuppertal, l’exposition Exposition of Music — Electronic Television aligne des téléviseurs dont l’image est déréglée par des générateurs de fréquence: l’acte de naissance de l’art vidéo.
Paik s’installe aux États-Unis en 1964 et fait de New York sa base, exposant au New School, à la Galerie Bonino et à la Howard Wise Gallery. Il y noue avec la violoncelliste Charlotte Moorman une collaboration qui durera jusqu’à la mort de celle-ci en 1991: dès le Second Annual New York Avant-Garde Festival de 1964, tous deux créent Robot Opera, où le robot de récupération K-456, construit au Japon avec l’ingénieur Shuya Abe, accompagne le violoncelle de discours enregistrés de John F. Kennedy. En 1965, Paik est l’un des tout premiers artistes à se servir d’un caméscope portable. En 1969, il met au point avec Shuya Abe un synthétiseur vidéo qui lui permet de mêler et de déformer des images de provenances différentes: l’outil transforme durablement la fabrication de l’image électronique.
À partir des années 1980, Paik déplace son terrain de jeu vers la télévision mondiale. Bonjour Mr Orwell, émis le 1er janvier 1984 depuis le Centre Pompidou et un studio de WNET-TV à New York, inaugure une série de « spectacles satellitaires » poursuivie avec Bye Bye Kipling (1986). En 1993, invité avec Hans Haacke à représenter l’Allemagne à la 45e Biennale de Venise, il remplit le pavillon allemand d’une Sistine Chapel projetée par plus de quarante projecteurs vidéo; le pavillon reçoit le Lion d’or. En 1995, Electronic Superhighway: Continental U.S., Alaska, Hawaii déploie cinquante et un canaux vidéo, des néons et une carte des États-Unis — écho matériel à l’expression « electronic superhighway » que Paik avait forgée dès 1974 pour désigner l’ère des communications à venir.
En 2000, le Solomon R. Guggenheim Museum lui consacre The Worlds of Nam June Paik, qui transforme la rotonde en environnement d’images en mouvement avec les installations Sweet and Sublime, Jacob’s Ladder et Modulation in Sync. Paik meurt à Miami Beach, en Floride, en 2006. Son œuvre est aujourd’hui portée par des institutions dédiées: le Smithsonian American Art Museum conserve la Nam June Paik Archive Collection, et un centre d’art porte son nom à Yongin, en Corée du Sud, avec une programmation d’expositions, un festival d’art médiatique et des archives vidéo. En 2019-2020 puis en 2021, Tate Modern et le SFMOMA ont repris sa carrière sur cinq décennies dans une rétrospective itinérante.
Médiums: téléviseurs cathodiques détournés, bande vidéo monobande, installation multi-moniteurs, sculpture robotique de récupération, performance musicale, diffusion télévisée par satellite, néon, laser.
Techniques: dérèglement de l’image par générateurs de fréquence et aimants, synthèse vidéo analogique (synthétiseur Paik-Abe, 1969), circuit fermé de télévision, collage et remontage rapide de sources hétérogènes, empilement et assemblage de moniteurs en totems et parois, réalisation en direct multi-sites par liaison satellitaire.
Motifs récurrents: la télévision comme matériau et comme milieu, bouddhisme zen, méditation et durée, circulation entre traditions orientales et occidentales, village global et mondialisation des images, cohabitation de la nature et de la technologie, humour, dérision et sabotage des appareils, anticipation des réseaux de communication.
Du 8 mars au 10 avril 1978, le Centre Pompidou consacre à Paik une exposition monographique dans ses Galeries contemporaines, sous le commissariat d’Alain Sayag pour le Musée national d’art moderne. L’artiste y installe Vidéo Garden (Jardin vidéo): des postes de télévision parsemés au milieu de plantes vertes, qui posent la question d’une symbiose entre nature et technologie autant que celle d’une jungle d’images effrénées. Les archives du Centre conservent l’affiche de l’exposition et un reportage photographique des vues de salles, déposé à la Bibliothèque Kandinsky. Cette exposition précède de quelques mois la rétrospective que le Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris consacrera la même année à Paik.
Du 15 décembre 1982 au 11 avril 1983, le Centre Pompidou confie à Paik son Forum pour Tricolor vidéo: un drapeau géant dont les plis tapissent l’espace pendant quatre mois. Le texte du CNAC magazine qui accompagne l’événement souligne qu’il s’agit sans doute du plus grand espace jamais offert à Paik pour une seule œuvre, et range son travail en trois familles — happenings, installations et bandes — en rappelant que le Vidéo garden de 1978 avait déjà marqué les esprits à Beaubourg. On y lit une lecture mac-luhanienne assumée: la télévision englobe et universalise, chaque village de la planète devient un village de moins.
Le jour de l’an 1984, Paik réalise sa première « installation » satellitaire internationale en reliant en direct le Centre Pompidou à Paris et un studio de WNET-TV à New York. L’émission, que l’artiste conçoit comme une réfutation de la dystopie d’Orwell, mêle art et culture populaire dans un collage à plusieurs voix et fait dialoguer les scènes des deux continents. Le Musée national d’art moderne conserve Bonjour Mr Orwell (1984) dans sa collection, aux côtés d’All Star Vidéo réalisé la même année: Paris n’est donc pas seulement un lieu de diffusion, mais le point d’ancrage européen de l’œuvre.
Le Centre Pompidou conserve un ensemble d’œuvres de Paik couvrant quarante ans, de Zen for Film (1964) à L’art c’est (Sigma facteur de n) X (Pas) art, n=1 (1989), en passant par Moon is the Oldest TV, A Tribute to John Cage, Lake Placid 80, Guadalcanal Requiem, Vidéo-fish, Bye Bye Kipling et Arc double face. L’artiste a par ailleurs figuré dans des expositions collectives majeures de l’institution: Magiciens de la terre (1989), Hors limites. L’art et la vie 1952-1994 (1994-1995), Sons & Lumières (2004-2005) et Vidéo Vintage 1963-1983 (2012). Côté galeries, le Cnap signale en 2014 chez Mitterrand la première exposition personnelle de Paik à Paris depuis les années 1980.
Centre Pompidou — Musée national d’art moderne (Paris) — Conserve une douzaine d’œuvres de Paik, lui a consacré une exposition monographique en 1978 et l’installation Tricolor vidéo dans son Forum en 1982-1983; le bâtiment de Beaubourg est fermé depuis l’automne 2025 pour une rénovation jusqu’en 2030.
Musée d’Art Moderne de Paris (Paris) — A consacré à Paik une rétrospective en 1978, quelques mois après le Jardin vidéo de Beaubourg, selon le catalogue des expositions du Centre Pompidou.
Galerie Mitterrand (Paris) — A présenté en 2014 la première exposition personnelle de Nam June Paik à Paris depuis les années 1980, autour d’un ensemble d’œuvres de la fin des années 1980.
Smithsonian American Art Museum (Washington) — Conserve Electronic Superhighway (1995), don de l’artiste, ainsi que la Nam June Paik Archive Collection.
Nam June Paik Art Center (Yongin (Corée du Sud)) — Centre d’art portant le nom de l’artiste, avec expositions, festival d’art médiatique, archives Nam June Paik et archives vidéo.
1932-07-20 — Naissance à Séoul, benjamin d’une famille de cinq enfants d’industriels
1950 — La famille Paik fuit la guerre de Corée vers Hong Kong puis le Japon
1956 — Diplômé de l’université de Tokyo, il part poursuivre ses études en Allemagne
1963 — Exposition of Music — Electronic Television à la Galerie Parnass de Wuppertal
1964 — Installation à New York et début de la collaboration avec Charlotte Moorman
1969 — Mise au point du synthétiseur vidéo Paik-Abe avec l’ingénieur Shuya Abe
1978-03-08 — Ouverture du Jardin vidéo dans les Galeries contemporaines du Centre Pompidou
1982-12-15 — Tricolor vidéo occupe le Forum du Centre Pompidou pendant quatre mois
1984-01-01 — Bonjour Mr Orwell relie par satellite le Centre Pompidou et WNET-TV à New York
1993 — Le pavillon allemand qu’il conçoit à Venise reçoit le Lion d’or
1995 — Electronic Superhighway, installation à cinquante et un canaux vidéo
2000 — Rétrospective The Worlds of Nam June Paik au Guggenheim de New York
2006 — Mort de Nam June Paik à Miami Beach, en Floride
Paris reste ici le meilleur angle de lecture pour relier Nam June Paik à des lieux concrets, des expositions visibles et une géographie culturelle facile à parcourir.
Parce qu’il a le premier traité le téléviseur comme matériau plastique. En 1963, à la Galerie Parnass de Wuppertal, son exposition Exposition of Music — Electronic Television présentait des postes posés au sol dont l’image, déréglée par des générateurs de fréquence, ne diffusait plus que rayures et striures. Les musées qui conservent son œuvre, du Smithsonian American Art Museum au Cnap, retiennent ce geste comme l’acte fondateur de l’art vidéo.
Un lien de trente ans. Beaubourg lui offre une exposition monographique dans ses Galeries contemporaines du 8 mars au 10 avril 1978 avec le Jardin vidéo, puis tout son Forum du 15 décembre 1982 au 11 avril 1983 pour Tricolor video. Le Musée national d’art moderne conserve aujourd’hui une douzaine de ses œuvres, dont Zen for Film, Moon is the Oldest TV, Video-fish et Bonjour Mr Orwell.
C’est la première installation satellitaire internationale de Paik, diffusée le 1er janvier 1984 en reliant en direct le Centre Pompidou à Paris et un studio de WNET-TV à New York. Paik la concevait comme une réponse à la dystopie de George Orwell : plutôt qu’un outil de surveillance, la télévision y devient un collage joyeux entre avant-garde et culture populaire. L’œuvre appartient à la collection du Musée national d’art moderne.
Mis au point en 1969 avec l’ingénieur japonais Shuya Abe, ce synthétiseur permet à Paik de combiner et de déformer en direct des images venues de sources différentes. Le Smithsonian American Art Museum le décrit comme un outil qui a transformé la fabrication de l’image électronique en mouvement : il rend le signal vidéo aussi malléable qu’une matière picturale.
Oui, et bien avant l’Internet grand public : le SFMOMA rappelle qu’il forge la formule dès 1974 pour anticiper l’avenir des communications. Il lui donnera une forme matérielle en 1995 avec Electronic Superhighway: Continental U.S., Alaska, Hawaii, installation de cinquante et un canaux vidéo, néons, acier et bois conservée au Smithsonian American Art Museum.
Une place structurante. Tate rappelle que TV Buddha (1974), où une statue de Bouddha contemple sa propre image relayée par un circuit fermé, prolonge une exploration du zen et de la méditation poursuivie jusqu’à One Candle (Candle TV) en 2004. Elle irrigue aussi TV Garden, pensé selon l’idée bouddhiste d’interdépendance de toutes choses, où la technologie prolonge la nature au lieu de s’y opposer.