Exposition Paris

Exposition Nicolas de Staël

Né à Saint-Pétersbourg en 1914 et mort à Antibes en 1955, Nicolas de Staël a tout donné en une douzaine d’années de peinture.

Qui est Nicolas de Staël ?

Nicolas Vladimirovitch de Staël von Holstein naît le 5 janvier 1914 à Saint-Pétersbourg. La révolution de 1917 met son père, le général Vladimir de Staël, à la retraite; en 1919, la famille quitte la Russie pour la Pologne.

Pourquoi cette page est utile

Cette page sert surtout à situer Nicolas de Staël dans le catalogue, même quand peu d’expositions lui sont encore directement reliées.

Un enfant de l’exil, formé à Bruxelles

Nicolas Vladimirovitch de Staël von Holstein naît le 5 janvier 1914 à Saint-Pétersbourg. La révolution de 1917 met son père, le général Vladimir de Staël, à la retraite; en 1919, la famille quitte la Russie pour la Pologne. Orphelin à huit ans en 1922, l’enfant et ses deux sœurs sont recueillis par les Fricero, une famille d’origine russe installée en Belgique, qui assure leur éducation à Bruxelles. Après des études secondaires à Braine-l’Alleud entre 1924 et 1932, il entre en 1933 à l’Académie des beaux-arts de Saint-Gilles-lez-Bruxelles et s’inscrit également à l’Académie royale des beaux-arts de Bruxelles.

Voyages, rencontre de Jeannine Guillou et installation en France

Les voyages font office de seconde école. En 1934, Staël parcourt le Midi de la France et l’Espagne, et découvre à Paris Cézanne, Matisse, Braque et Soutine. Sa première exposition a lieu en 1936 à la galerie Dietrich, à Bruxelles, avant un séjour au Maroc. C’est à Marrakech, en 1937, qu’il rencontre la peintre Jeannine Guillou, qui devient sa compagne. Après un voyage en Italie, tous deux s’installent en France en 1938. Engagé dans la Légion étrangère en septembre 1939, démobilisé un an plus tard, il rejoint Jeannine à Nice en zone libre et y croise Magnelli, Sonia Delaunay et Arp; son travail bascule vers l’abstraction à partir de 1942.

Paris, Jeanne Bucher et la reconnaissance

En 1943, Nicolas et Jeannine gagnent Paris, où la galeriste Jeanne Bucher accueille sa peinture. En février 1944, elle l’expose aux côtés de Kandinsky et Domela; après la Libération, les collectionneurs commencent à s’y intéresser, et il fait la connaissance de Georges Braque et du poète Reverdy. Sa première exposition personnelle chez Jeanne Bucher a lieu en 1945. Jeannine Guillou meurt en février 1946; en mai, Staël épouse Françoise Chapouton et entre à la galerie Louis Carré. En 1948 il obtient la nationalité française, et en 1950 le Musée national d’art moderne achète et expose une grande composition abstraite de 1949.

1952: le réel revient dans la peinture

L’année 1952 marque un tournant assumé: Staël éprouve le besoin d’accorder sa vision au monde réel et va peindre sur le motif à Mantes-la-Jolie, Fontenay ou Chevreuse. Les Toits, peint en janvier 1952 et d’abord désigné par l’artiste comme «  Ciel de Dieppe », ouvre la série des Murs et entre la même année dans les collections du Musée national d’art moderne. Le 26 mars 1952, il assiste avec Françoise au match France-Suède disputé en nocturne au Parc des Princes: de cette soirée naissent la série des Footballeurs et le Grand Parc des Princes, présenté au Salon de mai. Pour Staël, le débat entre abstraction et figuration est hors de propos.

Le Midi, Antibes et la dernière toile

L’été 1953, Staël séjourne à Lagnes grâce à René Char et y rencontre Jeanne Mathieu; il achète Le Castelet à Ménerbes, puis s’installe seul à Antibes à l’automne 1954, dans la maison Ardouin. Sa touche se fait plus fluide; il peint la mer, le port, le Fort Carré, des natures mortes et des nus. Début mars 1955, il vient à Paris pour les concerts des 5 et 6 mars consacrés à Webern et Schönberg, dont il rapporte des croquis. De retour à Antibes, il peint Le Concert, huile de 3,50 sur 6 mètrès restée inachevée, avant de se jeter dans le vide depuis la terrasse de son atelier dans la nuit du 16 mars 1955.

La pratique en bref

Médiums: huile sur toile, dessin, eau-forte et gravure sur bois, lithographie, livre illustré.

Techniques: empâtements au couteau et à la spatule large, plaque de tôle employée pour étaler et construire la couleur, pâte en tesselles juxtaposées formant des plans de matière, touche plus fluide et rapide à partir de 1954, pour préserver la fraîcheur du geste.

Motifs récurrents: le sport en nocturne et la lumière artificielle, la musique et l’orchestre, le paysage méditerranéen et sicilien, toits, murs et architectures réduits à des plans colorés, natures mortes, fleurs et nus, l’atelier comme sujet.

L’atelier de la rue Gauguet, dans le 14e arrondissement

Après leur mariage, Nicolas de Staël et Françoise Chapouton s’installent en 1947 dans un grand atelier parisien, rue Gauguet, dans le 14e arrondissement. Staël y voit souvent Georges Braque, qui habite le même quartier, et y reçoit en 1951 René Char, que Georges Duthuit amène découvrir l’atelier: de cette visite naît une amitié suivie de plusieurs projets de livres. La photographe Denise Colomb a fixé l’artiste dans ce lieu — un tirage intitulé «  Nicolas de Staël dans son atelier rue Gauguet » est conservé au musée Picasso d’Antibes sous le numéro MPA 1986.10.4 et décrit dans la base Joconde du ministère de la Culture.

Galeries parisiennes: de Jeanne Bucher à Jacques Dubourg

La carrière de Staël se joue d’abord dans les galeries de la rive gauche et de la rive droite. Jeanne Bucher l’accueille dès 1943, l’expose en 1944 avec Kandinsky et Domela, puis lui offre sa première exposition personnelle en 1945. Il entre à la galerie Louis Carré en 1946. En 1950, le marchand Jacques Dubourg, installé au 126, boulevard Haussmann, organise une exposition de ses peintures, puis une exposition de dessins en 1951; c’est encore chez Dubourg qu’il prépare une exposition pour juin 1955, qu’il ne verra pas. Le salon de Suzanne Tézenas, fréquenté par Cioran, Boulez, Messiaen ou Michaux, complète ce réseau parisien.

Le Parc des Princes, un match qui fait basculer une œuvre

Le 26 mars 1952, Staël et sa femme Françoise assistent au match France-Suède joué en nocturne au Parc des Princes. Le choc visuel de la pelouse sous les projecteurs donne naissance à la série des Footballeurs, puis au Grand Parc des Princes présenté au Salon de mai. L’écrivain Anne de Staël, fille du peintre, décrit pour l’Académie des beaux-arts une toile conçue pour «  attirer le match du stade dans le champ de sa toile ». Le musée des Beaux-Arts de Dijon, qui conserve une lithographie des Footballeurs issue de la donation Granville, cite la lettre du peintre à René Char: «  une tonne de muscles voltige en plein oubli de soi ».

Une œuvre présente dans les collections publiques parisiennes

Paris conserve un ensemble significatif de l’œuvre. Le Musée national d’art moderne achète dès 1949 une Composition, attribuée en 1950, et reçoit en 1952 Les Toits, à la demande de Bernard Dorival qui dirigeait alors le musée. S’y ajoutent Les Musiciens, Souvenir de Sidney Bechet, entré par dation en 1982, Coin d’atelier fond bleu, entré par dation en 2014, ou encore l’eau-forte Agrigente achetée en 1977. Le Centre Pompidou lui a consacré une rétrospective du 12 mars au 30 juin 2003, réunissant près de 220 œuvres, puis le Musée d’Art Moderne de Paris une seconde du 15 septembre 2023 au 21 janvier 2024.

Mars 1955: un dernier séjour parisien

Le lien avec Paris ne se rompt pas quand Staël s’installe à Antibes. Début mars 1955, il fait le voyage pour assister aux concerts des 5 et 6 mars consacrés à Anton Webern et Arnold Schönberg, et y réalise des croquis sur place. De retour à Antibes, il exécute des esquisses colorées où s’affirme l’importance du fond rouge, puis peint Le Concert, sa dernière toile, restée inachevée. Ce déplacement parisien est ainsi le point de départ direct de l’œuvre monumentale conservée aujourd’hui au musée Picasso d’Antibes, peinte quelques jours avant sa mort dans la nuit du 16 mars 1955.

Où voir ses œuvres

Musée d’Art Moderne de Paris (Paris) — A présenté la rétrospective «  Nicolas de Staël » du 15 septembre 2023 au 21 janvier 2024, réunissant environ 200 tableaux, dessins, gravures et carnets.

Centre Pompidou – Musée national d’art moderne (Paris) — Conserve plusieurs peintures, dessins et estampes de l’artiste (Les Toits, Composition 1949, Les Musiciens, Coin d’atelier fond bleu, Agrigente) et lui a consacré une rétrospective du 12 mars au 30 juin 2003.

Musée Picasso, château Grimaldi (Antibes) — Conserve Le Concert, dernière toile inachevée de l’artiste, ainsi qu’un tirage de Denise Colomb montrant Staël dans son atelier de la rue Gauguet.

Musée des Beaux-Arts de Dijon (Dijon) — Conserve une lithographie en couleurs des Footballeurs (1952), donation Granville 1969, inv. DG 73.

MuMa – Musée d’art moderne André Malraux (Le Havre) — A organisé en 2014 l’exposition «  Nicolas de Staël. Lumières du Nord. Lumières du Sud » et en publie la biographie de référence en ligne.

Repères chronologiques

1914-01-05 — Naissance de Nicolas Vladimirovitch de Staël von Holstein à Saint-Pétersbourg.

1922 — Orphelin à huit ans, il est recueilli avec ses sœurs par la famille Fricero, qui assure leur éducation à Bruxelles.

1933 — Entrée à l’Académie des beaux-arts de Saint-Gilles-lez-Bruxelles et inscription à l’Académie royale des beaux-arts de Bruxelles.

1937 — Rencontre à Marrakech de la peintre Jeannine Guillou, qui devient sa compagne; installation en France l’année suivante.

1944 — Jeanne Bucher expose Staël à Paris aux côtés de Kandinsky et Domela; il rencontre Georges Braque et Reverdy.

1947 — Installation avec Françoise Chapouton dans un grand atelier rue Gauguet, dans le 14e arrondissement de Paris.

1948 — Obtention de la nationalité française et exposition au couvent du Saulchoir avec Braque, Laurens, Lanskoy et H. G. Adam.

1952-01 — Peinture des Toits, d’abord nommée «  Ciel de Dieppe », qui ouvre la série des Murs et entre la même année au Musée national d’art moderne.

1952-03-26 — Match France-Suède en nocturne au Parc des Princes, à l’origine de la série des Footballeurs et du Grand Parc des Princes.

1953 — Voyage en Italie et en Sicile, exposition new-yorkaise chez Knoedler et achat du Castelet à Ménerbes.

1954 — Installation seul à Antibes dans la maison Ardouin; il peint la mer, le port, les ateliers, des natures mortes et des nus.

1955-03-16 — Après avoir peint Le Concert, resté inachevé, Staël se jette dans le vide depuis la terrasse de son atelier d’Antibes.

2003-03-12 — Ouverture au Centre Pompidou d’une rétrospective de près de 220 œuvres, présentée jusqu’au 30 juin 2003.

2023-09-15 — Ouverture au Musée d’Art Moderne de Paris d’une rétrospective d’environ 200 œuvres, jusqu’au 21 janvier 2024.

Nicolas de Staël & Paris

Paris reste ici le meilleur angle de lecture pour relier Nicolas de Staël à des lieux concrets, des expositions visibles et une géographie culturelle facile à parcourir.

Questions fréquentes

tout ce qu’il faut savoir

Pourquoi Nicolas de Staël a-t-il peint des footballeurs ?

Le 26 mars 1952, il assiste avec sa femme Françoise au match France-Suède disputé en nocturne au Parc des Princes. La lumière des projecteurs sur la pelouse le bouleverse : il en tire la série des Footballeurs, puis le Grand Parc des Princes montré au Salon de mai. Il écrit à René Char : « une tonne de muscles voltige en plein oubli de soi ».

Nicolas de Staël était-il un peintre abstrait ou figuratif ?

Les deux, et il refusait la question. Après ses premières toiles abstraites de 1942 et les grandes compositions de 1949-1950, sa peinture s'oriente à partir de 1952 vers des caractères identifiables du réel. Le Centre Pompidou souligne que, n'ayant pour seule exigence que la peinture, l'artiste considérait le débat abstraction/figuration comme hors de propos.

Où voir des œuvres de Nicolas de Staël à Paris ?

Au Musée national d'art moderne – Centre Pompidou, qui conserve notamment Les Toits (1952), une Composition de 1949 achetée par l'État, Les Musiciens, Souvenir de Sidney Bechet entré par dation en 1982, Coin d'atelier fond bleu entré par dation en 2014, et l'eau-forte Agrigente achetée en 1977. La présentation dépend des accrochages en cours.

Quelle est la dernière toile de Nicolas de Staël ?

Le Concert, huile sur toile de 3,50 sur 6 mètrès conservée au musée Picasso d'Antibes, au château Grimaldi. Peinte après les concerts Webern et Schönberg des 5 et 6 mars 1955 à Paris, elle montre un piano, des partitions et une contrebasse sur fond rouge, sans aucun musicien, et reste inachevée : l'artiste meurt dans la nuit du 16 mars 1955.

Où se trouvait l'atelier parisien de Nicolas de Staël ?

Rue Gauguet, dans le 14e arrondissement, où il s'installe avec Françoise Chapouton en 1947 dans un grand atelier. Georges Braque habitait le même quartier et les deux peintres s'y voyaient souvent. Une photographie de Denise Colomb, « Nicolas de Staël dans son atelier rue Gauguet », est conservée au musée Picasso d'Antibes sous le numéro MPA 1986.10.4.

Quel rôle Jeanne Bucher a-t-elle joué dans sa carrière ?

Un rôle déclencheur. Staël rencontre la galeriste en 1939 ; lorsqu'il gagne Paris en 1943, elle accueille chaleureusement sa peinture. En février 1944, elle l'expose aux côtés de Kandinsky et Domela, et lui consacre en 1945 sa première exposition personnelle. C'est à partir de là que les collectionneurs commencent à s'intéresser à son travail.