Exposition Paris

Exposition Otobong Nkanga

Née à Kano en 1974 et installée à Anvers, Otobong Nkanga fait de la terre un corps: ses dessins, ses tapisseries, ses céramiques et ses performances suivent la route des minerais, du mica ramassé enfant sur les trottoirs de Lagos aux nodules convoités au fond des océans.

Qui est Otobong Nkanga ?

Otobong Nkanga naît à Kano, dans le nord du Nigeria, en 1974.

Pourquoi cette page est utile

Cette page sert surtout à situer Otobong Nkanga dans le catalogue, même quand peu d’expositions lui sont encore directement reliées.

Kano, Lagos: une enfance passée à même le sol

Otobong Nkanga naît à Kano, dans le nord du Nigeria, en 1974. Dans l’entretien qu’elle accorde aux commissaires de son exposition parisienne, elle raconte la mort de son père — un homme d’affaires des télécommunications — alors qu’elle a sept ans, la saisie des biens familiaux par la parenté paternelle et le basculement brutal «  de la lumière à l’obscurité ». Elle décrit aussi les heures passées sous la maison en bois de son enfance à modeler le sable, les corvées d’eau et de culture imposées par sa mère, et surtout les éclats de mica aperçus sur le chemin de l’école, pris pour des trésors extraterrestres avant qu’elle ne comprenne, bien plus tard, qu’il s’agissait d’un minerai industriel.

Ife, Paris, Amsterdam: la fabrique d’une artiste

Nkanga songe d’abord à l’architecture, métier plus respectable au Nigeria qu’un statut d’artiste qu’elle associe alors à la précarité; c’est sa mère qui la pousse à choisir l’art, en lui racontant le rêve fait à sa naissance — «  J’ai rêvé de toi en couleurs » — qui donnera plus tard son titre à l’exposition du MAM. Elle s’inscrit au département des beaux-arts de l’université Obafemi Awolowo d’Ife, puis rejoint l’École nationale supérieure des beaux-arts de Paris et enfin la résidence de la Rijksakademie d’Amsterdam. Le Nasher Sculpture Center précise qu’elle a grandi entre Lagos et Paris avant de s’établir à Anvers, où elle vit et travaille.

De la Biennale de Berlin à la documenta 14

La reconnaissance internationale se construit par chapitres successifs. En 2014, «  In Pursuit of Bling » est présenté à la 8e Biennale de Berlin; la série se poursuit en 2015 au Portikus de Francfort avec «  Crumbling Through Powdery Air », puis à Kadist, à Paris, avec «  Comot Your Eyes Make I Borrow You Mine », nourri d’un voyage en Namibie sur la trace d’une ligne de chemin de fer disparue entre Swakopmund et Tsumeb. En 2017, à la documenta 14, elle installe à Athènes un laboratoire de fabrication de savon, «  Carved to Flow », dont le savon O8 est ensuite vendu à Cassel lors d’actions performées.

2019, l’année charnière

En 2019, Otobong Nkanga expose «  Veins Aligned » dans l’exposition centrale de la 58e Biennale de Venise, à l’Arsenale, et reçoit la mention spéciale du jury. La même année, la Tate St Ives lui consacre sa première rétrospective muséale au Royaume-Uni, «  From Where I Stand », du 21 septembre 2019 au 5 janvier 2020, avec plusieurs créations sur place — peinture murale, installation sculpturale, performance — aux côtés d’œuvres récentes comme «  The Weight of Scars » (2015). L’année lui vaut aussi le Peter-Weiss-Preis de Bochum, le prix de la Biennale de Charjah et le Lise Wilhelmsen Art Award.

MoMA, Nasher, MAM: une décennie de consécration

Les grandes institutions se succèdent: le Museum of Modern Art de New York lui confie une commande in situ pour son atrium Marron, «  Cadence », du 10 octobre 2024 au 27 juillet 2025; le Nasher Sculpture Center de Dallas la désigne lauréate 2025 de son prix de sculpture et lui consacre une exposition. Le dossier de presse du MAM rappelle la longue liste de distinctions accumulées — Zeitz MOCAA Honorary Award for Artistic Excellence, prix culturel flamand Ultima en 2018, prix d’Art belge en 2017, prix Yanghyun de Séoul en 2015 — avant l’exposition parisienne puis lausannoise conçue avec elle.

La pratique en bref

Médiums: dessin sur papier, dessin mural, tapisserie tissée, tapis, céramique, verre soufflé, corde et fibres teintes, marbre, savon, installation sonore, performance, photographie, poésie.

Techniques: tissage numérique de fibres naturelles et synthétiques, émaillage et cuisson céramique, assemblage de minéraux (mica, azurite, lépidolite, biotite, fuchsite, pyrite, œil-de-tigre, sélénite), saponification à partir d’huiles et de beurres végétaux, dessin mural in situ, réactivation d’œuvres anciennes par ajout d’éléments produits sur place.

Motifs récurrents: extractivisme et exploitation minière, la Terre pensée comme un corps, strates, sédimentation et circulation des matériaux, mémoire des territoires blessés et capacité de réparation, traite atlantique et sédimentation des corps au fond des mers, soin, guérison et vertus attribuées aux pierres, économies de la redistribution.

Une formation à l’École nationale supérieure des beaux-arts

Le lien avec Paris n’est pas circonstanciel: c’est une étape de formation. Après le département des beaux-arts de l’université Obafemi Awolowo d’Ife, Otobong Nkanga étudie à l’École nationale supérieure des beaux-arts de Paris, avant la Rijksakademie d’Amsterdam. Elle indique y avoir pratiqué la céramique pour la première fois, avant de devoir interrompre cette pratique faute de four en quittant Amsterdam, et d’y revenir seulement des années plus tard à Valence. Le Nasher Sculpture Center résume son parcours en indiquant qu’elle a grandi entre Lagos et Paris.

Kadist, 2015: le chapitre parisien d’une série

Du 27 septembre au 20 décembre 2015, la fondation Kadist présente à Paris «  Comot Your Eyes Make I Borrow You Mine », dont le titre, traduit du pidgin nigérian, signifie «  Retire tes yeux, je te prête les miens ». C’est le troisième chapitre d’une série ouverte en 2014 à la 8e Biennale de Berlin avec «  In Pursuit of Bling » et poursuivie au Portikus de Francfort. L’artiste y consacre douze jours à un vaste dessin mural nourri de son voyage en Namibie, de Swakopmund à Tsumeb. Ses œuvres circulaient alors avec la Galerie In Situ – fabienne leclerc, à Paris.

Une œuvre dans les collections de la Ville de Paris

Le tapis «  From Where I Stand » (2015) — la toute première pièce sur laquelle l’artiste souhaitait que les visiteurs puissent s’allonger pour regarder autrement le musée — est entré dans la collection du Musée d’Art moderne de Paris: le dossier de presse indique qu’il a été acquis lors du dîner des Amis du musée en 2022. L’exposition parisienne de 2025 a par ailleurs emprunté des œuvres au Centre Pompidou, aux côtés du Castello di Rivoli, du Stedelijk Museum, de la Fondation Beyeler, du Henie Onstad Kunstsenter et du M HKA d’Anvers.

2025-2026: la première monographie parisienne, à l’Arc du MAM

Du 10 octobre 2025 au 22 février 2026, le Musée d’Art moderne de Paris présente «  I dreamt of you in colours », première exposition monographique consacrée à l’artiste dans un musée parisien, dans les salles de l’Arc. Le commissariat parisien est assuré par Odile Burluraux, conservatrice en chef, en collaboration avec Nicole Schweizer pour Lausanne. Deux performances de l’artiste ont ponctué le parcours: «  Solid Maneuvers » le 11 octobre 2025 et «  From Where I Stand » le 10 janvier 2026. Un catalogue bilingue de 192 pages a paru aux éditions Paris Musées.

Où voir ses œuvres

Musée d’Art moderne de Paris (Paris) — A présenté «  I dreamt of you in colours » du 10 octobre 2025 au 22 février 2026 et conserve «  From Where I Stand » (2015) dans sa collection.

Kadist (Paris) — A produit l’exposition personnelle «  Comot Your Eyes Make I Borrow You Mine », du 27 septembre au 20 décembre 2015.

Musée cantonal des Beaux-Arts (MCBA) (Lausanne) — Coproducteur de l’exposition, qui y est reprise du 3 avril au 23 août 2026.

Tate St Ives (Saint-Ives) — A présenté «  From Where I Stand », première rétrospective muséale britannique de l’artiste, du 21 septembre 2019 au 5 janvier 2020.

Repères chronologiques

1974 — Naissance d’Otobong Nkanga à Kano, dans le nord du Nigeria.

2014 — Présentation d’«  In Pursuit of Bling » à la 8e Biennale de Berlin, premier chapitre d’une série.

2015 — Exposition personnelle «  Comot Your Eyes Make I Borrow You Mine » à Kadist, Paris, du 27 septembre au 20 décembre.

2017 — Lancement de «  Carved to Flow », laboratoire de savon présenté à Athènes et Cassel pour la documenta 14.

2019 — Mention spéciale du jury de la 58e Biennale de Venise pour son travail présenté à l’Arsenale.

2019-09-21 — Ouverture de «  From Where I Stand » à la Tate St Ives, première rétrospective muséale britannique.

2022 — Acquisition du tapis «  From Where I Stand » (2015) par le Musée d’Art moderne de Paris lors du dîner des Amis du musée.

2024-10-10 — Ouverture de la commande in situ «  Cadence » dans l’atrium Marron du MoMA, à New York.

2025 — Otobong Nkanga est désignée lauréate du Nasher Prize for Sculpture par le Nasher Sculpture Center de Dallas.

2025-10-10 — Ouverture d’«  I dreamt of you in colours » au Musée d’Art moderne de Paris, jusqu’au 22 février 2026.

2026-04-03 — Reprise de l’exposition au Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne, jusqu’au 23 août 2026.

Otobong Nkanga & Paris

Paris reste ici le meilleur angle de lecture pour relier Otobong Nkanga à des lieux concrets, des expositions visibles et une géographie culturelle facile à parcourir.

Questions fréquentes

tout ce qu’il faut savoir

Qui est Otobong Nkanga et où travaille-t-elle ?

Otobong Nkanga est une artiste née à Kano, au Nigeria, en 1974, qui vit et travaille à Anvers, en Belgique. Sa pratique pluridisciplinaire réunit peintures, dessins, installations, tapisseries, performances et poésie autour des liens entre les corps, les territoires et les ressources naturelles.

Quel est le lien d'Otobong Nkanga avec Paris ?

Elle a étudié à l'École nationale supérieure des beaux-arts de Paris après l'université d'Ife, la fondation Kadist lui a consacré une exposition personnelle en 2015, et le Musée d'Art moderne de Paris conserve son tapis « From Where I Stand » (2015) avant de lui consacrer sa première monographie parisienne en 2025.

Que signifie le titre « I dreamt of you in colours » ?

Le titre reprend la phrase que la mère de l'artiste lui a dite vers ses quinze ans, en lui racontant le rêve fait à sa naissance : elle l'y voyait jouer librement au milieu d'étoffes et d'objets colorés. C'est ce récit qui l'a décidée à renoncer à l'architecture pour choisir l'art.

Qu'est-ce que le projet « Carved to Flow » ?

Lancé en 2017 à la documenta 14, « Carved to Flow » prend la forme d'un laboratoire installé à Athènes produisant un savon naturel, l'O8, ensuite diffusé à Cassel par des actions performées. Les recettes ont servi à financer un espace de projet à Athènes et la Land Foundation dans l'État d'Akwa Ibom.

Quelles distinctions Otobong Nkanga a-t-elle reçues ?

Elle a obtenu la mention spéciale du jury de la 58e Biennale de Venise en 2019, le Nasher Prize for Sculpture décerné par le Nasher Sculpture Center de Dallas dont elle est lauréate 2025, ainsi que le Peter-Weiss-Preis de Bochum, le prix de la Biennale de Charjah, le Lise Wilhelmsen Art Award, le prix Ultima et le prix Yanghyun de Séoul.

Pourquoi les minéraux et les pierres occupent-ils une telle place dans son travail ?

L'artiste relie son usage du mica, de l'azurite, de la lépidolite ou de la pyrite à un souvenir d'enfance — les éclats de mica repérés sur le chemin de l'école — puis à une recherche sur les pierres associées à des protocoles de guérison, qui a donné naissance à ses tapis de pierres conçus pour qu'un corps puisse s'y allonger.