Exposition Paris

Exposition Park Seo-Bo

Park Seo-Bo (1931-2023) est le peintre qui a donné au Dansaekhwa, la peinture monochrome coréenne d’après-guerre, son nom et son autorité.

Qui est Park Seo-Bo ?

Né Park Jae-hong le 15 novembre 1931 dans le nord du Gyeongsang, troisième de huit enfants d’un père avocat qui le destinait au droit, il entre en 1950 au département de peinture de l’université Hongik, à Séoul, où il a Kim Whanki pour professeur.

Pourquoi cette page est utile

Cette page sert surtout à situer Park Seo-Bo dans le catalogue, même quand peu d’expositions lui sont encore directement reliées.

Un enfant de la guerre devenu peintre sous un autre nom

Né Park Jae-hong le 15 novembre 1931 dans le nord du Gyeongsang, troisième de huit enfants d’un père avocat qui le destinait au droit, il entre en 1950 au département de peinture de l’université Hongik, à Séoul, où il a Kim Whanki pour professeur. La guerre de Corée le rattrape: enrôlé de force par le Nord puis par le Sud, il vend des portraits aux soldats américains pour survivre. En 1955, pour échapper à une nouvelle conscription sous le gouvernement de Rhee Syng-man, il quitte l’université avant la cérémonie de remise des diplômes et change de prénom: Park Jae-hong devient Park Seo-Bo. Le nom sous lequel il est entré dans l’histoire de l’art est d’abord un nom de fuite.

1957: le premier informel coréen

Le Musée national d’art moderne et contemporain de Corée le décrit comme le moteur de la déclaration anti-Kukjeon de 1956, dirigée contre l’exposition nationale officielle, et comme le premier artiste informel du pays à partir de 1957, année où il rejoint l’Association des artistes contemporains. L’Art informel coréen se distingue de son homologue occidental: il privilégie les qualités tactiles et méditatives sur les qualités visuelles. Ses toiles de cette période, sombres et abruptes, portent selon lui la trace directe des combats — la peur, la fureur, l’amertume d’une jeunesse passée sous les armes.

Une année à Paris, en 1961, par accident

En 1961, Park Seo-Bo part pour Paris participer à «  Jeunes Peintres du Monde », concours organisé par l’Unesco. Il apprend à son arrivée que la manifestation est reportée de dix mois. Plutôt que de rentrer, il reste douze mois dans la ville pour y regarder les informels qui occupent alors la scène parisienne, puis y revient par intervalles les années suivantes; il s’attache en particulier aux Espagnols Antoni Tàpies et Manolo Millares. En 1963, il participe à la Biennale de Paris. La galerie qui lui consacrera sa première exposition personnelle parisienne résume ainsi l’épisode: cette année d’observation et la Biennale ont jeté les bases de la syntaxe qui aboutira à «  Écriture ».

1967: ce qu’un enfant de trois ans lui apprend

Un jour de 1967, il observe son deuxième fils, âgé de trois ans, tenter de faire tenir ses caractères coréens dans les cases d’une feuille quadrillée. L’enfant n’y arrive pas, raye tout, renonce. Park Seo-Bo y voit la sortie qu’il cherchait: il ne s’agit plus d’amplifier l’émotion mais de la relâcher. Il reprend le geste de rature — des traits de crayon répétés dans la peinture encore humide — et l’érige en méthode. La question «  que peindre », qui l’occupait depuis les années 1950, cède la place à «  comment peindre ». Il gardera la série secrète environ cinq ans avant de la montrer publiquement en 1973, quand il l’estimera mûre.

Le hanji, la couleur, puis l’institution

À partir des années 1980, Park Seo-Bo abandonne le couple crayon-peinture à l’huile pour le hanji, papier coréen traditionnel fabriqué à la main à partir d’écorce de mûrier, qu’il colle sur la toile, détrempe, pousse et laboure. Le MMCA distingue ainsi une «  Early-écriture » des années 1970, une «  Mid-écriture » marquée par la redécouverte du hanji et de la couleur, et une «  Late-écriture » d’où l’empreinte de la main est évacuée. Parallèlement, il fait carrière dans l’institution: doyen de l’université Hongik en 1973, docteur honoris causa de cette même université en 2000, médaille Geum-gwan de l’ordre du Mérite culturel sud-coréen en 2021. En 2019, il fonde la GIZI Foundation avec son deuxième fils, Park Seungho, pour gérer son œuvre et en constituer les archives.

Une reconnaissance internationale tardive et rapide

La consécration mondiale arrive après quatre-vingts ans. L’exposition «  Dansaekhwa » présentée au palais Contarini-Polignac pendant la 56e Biennale de Venise, en 2015, déclenche l’intérêt du marché international; en 2016, White Cube lui consacre à Londres «  Ecriture (描法) 1967-1981 ». En 2019, le MMCA de Séoul lui offre sa deuxième rétrospective — «  Park Seo Bo: The Untiring Endeavorer », du 18 mai au 1er septembre 2019 — avec quelque 130 œuvres et une centaine de documents d’archives. Il meurt le 14 octobre 2023, à quatre-vingt-onze ans, d’un cancer du poumon.

La pratique en bref

Médiums: peinture à l’huile sur toile, crayon graphite, papier hanji marouflé sur toile, technique mixte.

Techniques: tracé répété de lignes au crayon dans une couche de peinture encore humide, incision et refoulement de la matière picturale par la pointe du crayon, collage puis détrempe de papier hanji sur la toile, poussé et raclé à la main ou à l’outil, grattage, frottement et arrachement du papier jusqu’à obtention d’un relief de sillons, achèvement d’une œuvre en une seule séance de travail, titrage systématique par numéro encodant la date d’exécution.

Motifs récurrents: l’acte de peindre comme discipline de soi plutôt que comme expression, répétition et effacement de l’intention de l’auteur, vide et réduction, d’inspiration bouddhique et taoïste, matérialité: tension entre le crayon et l’huile, puis entre la main et le papier, mémoire de la guerre de Corée et de la conscription forcée, relation entre écriture, calligraphie et peinture.

1961: douze mois parisiens nés d’un report

Le lien de Park Seo-Bo avec Paris commence par un contretemps. Venu en 1961 concourir à «  Jeunes Peintres du Monde », manifestation organisée par l’Unesco, il apprend en arrivant que l’événement est repoussé de dix mois. Il choisit de rester: douze mois passés à regarder les peintres informels qui tiennent alors la scène parisienne, puis des retours par intervalles les années suivantes. En 1963, il figure à la Biennale de Paris. Les commentateurs de sa première exposition personnelle parisienne y voient l’origine de sa syntaxe propre: c’est de cette confrontation à l’abstraction européenne que naîtra, quelques années plus tard, la série «  Écriture ».

Un mot français pour toute une œuvre

Le titre de la série majeure de Park Seo-Bo n’est ni coréen ni anglais: c’est le mot français «  écriture ». En coréen, la série porte le nom de myobop, qui désigne des manières de tracer; le peintre lui a préféré le terme français, dont l’amplitude — l’acte d’écrire, le texte, la main, l’Écriture sainte — recouvrait mieux ce qu’il cherchait. Chez un artiste dont l’œuvre entière tient dans une seule série poursuivie sur plus de cinquante ans, ce choix lexical n’est pas un détail: c’est une trace parisienne inscrite dans chaque titre de tableau, jusqu’aux numéros codés du dernier atelier.

Le Centre Pompidou, la collection publique parisienne

Le Musée national d’art moderne conserve «  Ecriture No. 120103 » (2012), technique mixte avec papier coréen hanji sur toile, 165 × 260 cm, entrée dans les collections en 2020 par don de la Kukje Gallery. La notice porte l’inscription bilingue coréen-anglais tracée par le peintre au dos de la toile. C’est, à notre connaissance, la seule œuvre de Park Seo-Bo identifiée dans une collection publique parisienne; le Centre Pompidou lui consacre par ailleurs une fiche de personne où il est enregistré comme peintre de nationalité sud-coréenne travaillant à Séoul.

Deux galeries, quatre expositions parisiennes

Paris a été la porte européenne de sa reconnaissance tardive. Perrotin lui consacre sa première exposition personnelle parisienne, «  Écriture », du 6 novembre au 20 décembre 2014 au 76 rue de Turenne: quarante toiles de 1974 à 2014, sur deux étages, sous le commissariat de Kim Yongdae, ancien directeur du musée d’art de Daegu. La même galerie le reprogramme du 12 octobre au 21 décembre 2019, autour des «  Late Ecriture » colorées. Puis, du 15 avril au 30 mai 2026, White Cube Paris, 10 avenue Matignon, présente pour la première fois dans la ville ses «  Newspaper Ecritures », deux ans et demi après sa mort.

Où voir ses œuvres

Centre Pompidou — Musée national d’art moderne (Paris) — Conserve «  Ecriture No. 120103 » (2012), don de la Kukje Gallery en 2020; seule œuvre de l’artiste identifiée dans une collection publique parisienne.

White Cube Paris, 10 avenue Matignon (Paris) — A présenté l’exposition «  Park Seo-Bo » du 15 avril au 30 mai 2026, première monstration parisienne des «  Newspaper Ecritures ».

Perrotin Paris, 76 rue de Turenne (Paris) — Première exposition personnelle parisienne de l’artiste, «  Écriture », du 6 novembre au 20 décembre 2014; seconde édition du 12 octobre au 21 décembre 2019.

MMCA Seoul (Musée national d’art moderne et contemporain de Corée) (Séoul) — Rétrospective «  Park Seo Bo: The Untiring Endeavorer », 18 mai - 1er septembre 2019, galeries 1 et 2; deuxième rétrospective que le musée lui consacre.

M+ (Hong Kong) — Conserve «  Écriture No. 10-72 » (1972), huile et crayon sur toile, exposée en 2017-2018 dans «  The Weight of Lightness: Ink Art at M+ ».

GIZI Foundation / Park Seo-Bo Foundation, Yeonhui-dong (Séoul) — Fondation créée en 2019 sur financement de l’artiste, chargée de la gestion de son œuvre, de ses archives et du soutien à de jeunes artistes.

Repères chronologiques

1931-11-15 — Naissance sous le nom de Park Jae-hong dans le nord du Gyeongsang, alors sous occupation japonaise; troisième de huit enfants.

1950 — Entre au département de peinture de l’université Hongik, à Séoul, où il étudie notamment auprès de Kim Whanki.

1955 — Fuit avant sa cérémonie de remise de diplôme pour échapper à la conscription et change de prénom: il devient Park Seo-Bo.

1957 — Rejoint l’Association des artistes contemporains; le MMCA le tient pour le premier artiste informel coréen.

1961 — Séjourne douze mois à Paris après le report de «  Jeunes Peintres du Monde », concours organisé par l’Unesco.

1963 — Participe à la Biennale de Paris, expérience qu’il désignera comme fondatrice de sa syntaxe propre.

1967 — Ouvre la série «  Écriture » après avoir vu son fils de trois ans renoncer à écrire dans une feuille quadrillée.

1972 — Peint «  Écriture No. 10-72 », huile et crayon sur toile aujourd’hui conservée dans la collection de M+, à Hong Kong.

1973 — Devient doyen de l’université Hongik, à Séoul, où il enseignera durablement la peinture.

2014-11-06 — Ouverture d’«  Écriture » chez Perrotin, 76 rue de Turenne: première exposition personnelle parisienne de l’artiste.

2019-05-18 — Ouverture au MMCA Seoul de la rétrospective «  Park Seo Bo: The Untiring Endeavorer », jusqu’au 1er septembre 2019.

2019 — Fonde la GIZI Foundation avec son deuxième fils Park Seungho, dans le quartier de Yeonhui-dong à Séoul.

2020 — «  Ecriture No. 120103 » (2012) entre dans les collections du Centre Pompidou, par don de la Kukje Gallery.

2022 — Dote la Fondation de la Biennale de Gwangju d’un million de dollars pour créer le Gwangju Biennale Park Seo-Bo Art Prize.

2023-10-14 — Mort à quatre-vingt-onze ans d’un cancer du poumon, selon l’agence Yonhap citée par Artforum.

2026-04-15 — Ouverture de l’exposition «  Park Seo-Bo » à White Cube Paris, avenue Matignon, jusqu’au 30 mai 2026.

Park Seo-Bo & Paris

Paris reste ici le meilleur angle de lecture pour relier Park Seo-Bo à des lieux concrets, des expositions visibles et une géographie culturelle facile à parcourir.

Questions fréquentes

tout ce qu’il faut savoir

Pourquoi la série majeure de Park Seo-Bo porte-t-elle un titre français, « Écriture » ?

Parce que le mot coréen myobop, qui désigne des manières de tracer, lui paraissait plus étroit que le français « écriture », lequel couvre à la fois l'acte d'écrire, le texte, la main et l'Écriture sainte. Ce choix vient d'un peintre qui avait passé une année à Paris en 1961 et y était revenu par intervalles.

Que s'est-il passé à Paris en 1961 pour Park Seo-Bo ?

Il y était venu concourir à « Jeunes Peintres du Monde », organisé par l'Unesco, et a appris à son arrivée que l'événement était reporté de dix mois. Il est resté douze mois dans la ville pour y étudier les peintres informels, puis y est revenu par intervalles ; il participe à la Biennale de Paris en 1963.

Quel geste précis produit une « Écriture » de Park Seo-Bo ?

Dans les premières, il trace au crayon des lignes serrées, rangée après rangée, dans une couche de peinture à l'huile encore humide : la mine refoule la matière et efface le tracé qu'elle produit. À partir des années 1980, il colle du papier hanji sur la toile, le détrempe, le pousse et le racle jusqu'à obtenir un relief de sillons.

Peut-on voir une œuvre de Park Seo-Bo dans une collection publique parisienne ?

Oui : le Centre Pompidou conserve « Ecriture No. 120103 », peinte en 2012, technique mixte avec papier coréen hanji sur toile, 165 × 260 cm, entrée dans les collections du Musée national d'art moderne en 2020 par don de la Kukje Gallery. Sa présentation en salle dépend de la programmation du musée.

Pourquoi s'appelle-t-il Park Seo-Bo alors qu'il est né Park Jae-hong ?

En 1955, sous le gouvernement de Rhee Syng-man et deux ans après le cessez-le-feu, il a fui avant sa cérémonie de remise de diplôme à l'université Hongik pour échapper à une nouvelle conscription — il avait déjà été enrôlé de force par l'armée du Nord puis par celle du Sud — et a changé de prénom à cette occasion.

Quel est le lien entre Park Seo-Bo et le Dansaekhwa ?

Le MMCA le présente comme le porte-drapeau actif de la peinture monochrome coréenne à partir des années 1970, et White Cube comme le père du mouvement. Sa notoriété internationale s'est nouée en 2015 autour de l'exposition « Dansaekhwa » du palais Contarini-Polignac, pendant la 56e Biennale de Venise.