Exposition Paris

Exposition Paula Rego

Née à Lisbonne en 1935 sous la dictature de Salazar et formée à la Slade School of Fine Art de Londres, Paula Rego (1935-2022) a fait de la peinture figurative un théâtre de la contrainte et de la révolte.

Qui est Paula Rego ?

Paula Rego naît à Lisbonne en 1935, dans un Portugal soumis à l’Estado Novo, régime autoritaire qui durera jusqu’en 1974, réprime les libertés politiques, maintient par la force ses colonies et restreint drastiquement les droits des femmes.

Pourquoi cette page est utile

Cette page sert surtout à situer Paula Rego dans le catalogue, même quand peu d’expositions lui sont encore directement reliées.

Lisbonne, l’Estado Novo et le départ pour l’Angleterre

Paula Rego naît à Lisbonne en 1935, dans un Portugal soumis à l’Estado Novo, régime autoritaire qui durera jusqu’en 1974, réprime les libertés politiques, maintient par la force ses colonies et restreint drastiquement les droits des femmes. Ses parents, farouchement antifascistes et anglophiles, veulent la voir grandir dans un pays libéral: à seize ans, elle est inscrite dans une finishing school du Kent, en Angleterre. C’est de cette enfance portugaise, de ses domestiques, de ses contes et de ses interdits, que sortiront quarante ans plus tard les scènes les plus dures de son œuvre.

La Slade School, Victor Willing et les années de collage

En 1952, Rego entre à la Slade School of Fine Art de Londres, où elle étudie la peinture jusqu’en 1956 et rencontre un autre étudiant peintre, Victor Willing, qu’elle épousera. Elle partage ensuite sa vie entre la Grande-Bretagne et le Portugal avant de s’établir à Londres en 1972. Durant les années 1960 et 1970, elle travaille surtout par collage: elle dessine, découpe ses propres dessins, les colle sur papier, puis superpose peinture et nouveaux tracés, à plat sur une table ou au sol plutôt que sur un chevalet. Ces pièces prolongent la tradition surréaliste tout en dénonçant la brutalité du régime portugais et de son occupation coloniale.

Les années 1980: animaux anthropomorphes et fillettes rebelles

Au cours des années 1980, Rego abandonne le collage pour de grandes peintures acryliques aux couleurs franches et aux contours durs. Des animaux dotés de traits humains, traités comme des caricatures, envahissent ses toiles et lui permettent d’aborder par le détour les zones sombres des relations familiales. À partir de 1984, ce sont des fillettes indociles qui deviennent ses protagonistes: elles se rebellent contre les normes sociales et affirment un désir féminin que la peinture d’alors montre rarement. Entre 1986 et 1988, un ensemble de grandes acryliques, dont «  The Dance », clôt ce cycle et impose Rego comme peintre contemporaine majeure.

Consécration britannique et série de l’avortement

En 1988, des expositions personnelles à Lisbonne, à Porto et à la Serpentine Gallery de Londres assoient sa réputation; en 1990, elle devient la première artiste en résidence de la National Gallery de Londres, où elle retourne contre eux les grands maîtrès masculins de la collection en y réinsérant des figures de femmes. Tate Liverpool lui consacre une exposition du 8 septembre 1996 au 13 avril 1997. En 1998, après l’échec d’un référendum portugais sur la légalisation de l’avortement, elle réalise une série de pastels «  Untitled » montrant des femmes au lendemain d’avortements clandestins; le cycle est considéré comme ayant pesé sur le second référendum, victorieux, de 2007.

Dernières décennies, rétrospective à la Tate Britain et postérité

Rego poursuit jusque tard un travail de mise en scène: la série «  Possession I-VII » de 2004, posée par son modèle Lila Nunes, s’inspire de photographies médicales de la fin du XIXe siècle représentant des femmes diagnostiquées «  hystériques », et croise ces images avec les poses des saintes de la peinture catholique. Suit en 2008-2009 la série sur les mutilations génitales féminines. Du 7 juillet au 24 octobre 2021, la Tate Britain lui consacre la plus vaste rétrospective jamais montée au Royaume-Uni, plus de cent œuvres des années 1950 aux années 2000. Elle meurt en 2022; le gouvernement portugais avait fait bâtir par l’architecte Eduardo Souto de Moura un musée entièrement dédié à son œuvre.

La pratique en bref

Médiums: acrylique, pastel sec, huile, aquarelle, collage, eau-forte et aquatinte, lithographie, dessin.

Techniques: collage de dessins découpés, recouverts de peinture, exécuté à plat sur une table ou au sol, grands pastels travaillés en couches puis grattés, le bâtonnet tenu à même la main pour sa dureté et son immédiateté, mise en scène d’atelier avec un modèle vivant récurrent, Lila Nunes, collaboratrice plus que simple poseuse, gravure narrative en séries illustrant contes et comptines.

Motifs récurrents: domination masculine et abus de pouvoir, avortement clandestin et droits des femmes au Portugal, contes, comptines et littérature détournés en scènes de cruauté, dictature salazariste et colonialisme portugais, désir, mariage et contrainte conjugale, hystérie, possession et pathologisation des femmes.

L’Orangerie, première grande exposition française

Le musée de l’Orangerie présente «  Les contes cruels de Paula Rego » du 17 octobre 2018 au 14 janvier 2019. L’institution y met en avant la seule femme du groupe de l’École de Londres, une œuvre «  fortement figurative, littéraire, incisive et singulière », et rappelle son passage par la Slade School aux côtés de Francis Bacon, Lucian Freud, Frank Auerbach et David Hockney. Le parcours souligne l’entrelacement, chez Rego, des références littéraires et visuelles du XIXe siècle — Jane Eyre, Peter Pan, Daumier, Goya, Lewis Carroll, Hogarth, Ensor, Degas — avec des éléments autobiographiques et des enjeux sociaux et politiques contemporains.

La Galerie Lelong & Co, relais parisien de son œuvre graphique

La Galerie Lelong & Co, au 38 avenue Matignon dans le 8e arrondissement, a montré «  Drawing from Life » du 21 mai au 11 juillet 2026, exposition que la galerie présente elle-même comme «  une nouvelle exposition de Paula Rego », signe d’une relation suivie. L’accrochage porte sur trois années intenses passées dans son atelier londonien, de 2005 à 2007, où l’artiste, qui venait d’avoir soixante-dix ans, s’est consacrée presque exclusivement au dessin et à la lithographie, avec notamment la série «  Prince Pig » d’après le conte du Vénitien Straparola et des pièces liées au dramaturge Martin McDonagh.

Où voir ses œuvres

Musée de l’Orangerie (Paris) — A consacré à l’artiste l’exposition «  Les contes cruels de Paula Rego », du 17 octobre 2018 au 14 janvier 2019.

Galerie Lelong & Co — Matignon (Paris) — A présenté «  Drawing from Life », dessins et lithographies de 2005-2007, du 21 mai au 11 juillet 2026, au 38 avenue Matignon.

Tate Britain (Londres) — Rétrospective de plus de cent œuvres du 7 juillet au 24 octobre 2021; conserve «  The Dance » et la série «  Untitled » de 1999.

Tate Liverpool (Liverpool) — Exposition personnelle du 8 septembre 1996 au 13 avril 1997.

National Gallery (Londres) — Première artiste en résidence de l’institution, en 1990; y produit des œuvres répondant à Crivelli, Hogarth et Vélasquez.

Repères chronologiques

1935 — Naissance à Lisbonne, sous le régime autoritaire de l’Estado Novo.

1950 — Peint «  Interrogation » à quinze ans, première dénonciation explicite de l’injustice.

1952-1956 — Études de peinture à la Slade School of Fine Art de Londres, où elle rencontre Victor Willing.

1972 — Installation définitive à Londres après des années partagées entre Grande-Bretagne et Portugal.

1988 — Expositions personnelles à Lisbonne, Porto et à la Serpentine Gallery de Londres; achèvement de «  The Dance ».

1990 — Devient la première artiste en résidence de la National Gallery de Londres.

1994 — Début de la série des Dog Women et adoption du pastel avec le modèle Lila Nunes.

1996-1997 — Exposition personnelle à Tate Liverpool, du 8 septembre 1996 au 13 avril 1997.

1998 — Série de pastels sur l’avortement clandestin, après l’échec du référendum portugais.

2004 — Réalisation de «  Possession I-VII », inspiré des photographies de l’hystérie du XIXe siècle.

2018-2019 — «  Les contes cruels de Paula Rego » au musée de l’Orangerie, du 17 octobre au 14 janvier.

2021 — Rétrospective de plus de cent œuvres à la Tate Britain, du 7 juillet au 24 octobre.

2022 — Mort de l’artiste; la Tate clôt sa notice biographique sur les dates 1935-2022.

2026 — «  Drawing from Life » à la Galerie Lelong & Co, avenue Matignon, du 21 mai au 11 juillet.

Paula Rego & Paris

Paris reste ici le meilleur angle de lecture pour relier Paula Rego à des lieux concrets, des expositions visibles et une géographie culturelle facile à parcourir.

Questions fréquentes

tout ce qu’il faut savoir

Pourquoi Paula Rego a-t-elle quitté le Portugal ?

Elle naît en 1935 sous l'Estado Novo, régime autoritaire qui réprime les libertés politiques et restreint les droits des femmes jusqu'en 1974. Ses parents, antifascistes et anglophiles, l'inscrivent à seize ans dans une finishing school du Kent afin qu'elle grandisse dans un pays libéral.

Que représente la série « Untitled » de 1998-1999 ?

Ces pastels montrent des femmes au lendemain d'avortements qu'elles ont dû subir clandestinement. Rego les entreprend après l'échec, de peu, du référendum portugais de 1998 sur la légalisation de l'avortement ; la série est créditée d'une influence sur le second référendum, victorieux, de 2007.

Qu'est-ce que la série des Dog Women ?

Entamée en 1994, cette suite de grands pastels représente des femmes seules, ni idéalisées ni conformes aux stéréotypes, dans des postures animales qui expriment des besoins et des émotions primaires. Elle marque le passage de Rego au pastel et le début de sa collaboration avec le modèle Lila Nunes.

Quel rôle Paula Rego a-t-elle joué à la National Gallery de Londres ?

En 1990, elle devient la première artiste en résidence de la National Gallery. Elle avait d'abord refusé l'invitation, avant d'y voir une matière : elle y produit des tableaux qui retournent l'héritage de Crivelli, Hogarth ou Vélasquez en y insérant des personnages féminins et des souvenirs d'enfance.

Pourquoi le cochon revient-il si souvent dans son œuvre ?

La Galerie Lelong rappelle que le cochon, figure anthropomorphe omniprésente chez Rego, était son animal de prédilection : il lui évoquait celui que ses grands-parents élevaient au Portugal pendant son enfance, dont elle s'était éprise et qui fut un jour mis à mort. La série « Prince Pig » en découle.

Paula Rego a-t-elle été exposée à Paris ?

Oui. Le musée de l'Orangerie lui a consacré « Les contes cruels de Paula Rego » du 17 octobre 2018 au 14 janvier 2019, et la Galerie Lelong & Co, avenue Matignon, a montré ses dessins et lithographies de 2005-2007 sous le titre « Drawing from Life », du 21 mai au 11 juillet 2026.