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Cette page sert surtout à situer Peter Lindbergh dans le catalogue, même quand peu d’expositions lui sont encore directement reliées.
Peter Lindbergh, né Peter Brodbeck en 1944 et mort en 2019, a fait de la photographie de mode un art du visage plus que du vêtement.
Né Peter Brodbeck le 23 novembre 1944 à Lissa, ville alors annexée par le Reich et aujourd’hui Leszno en Pologne, il grandit à Duisbourg, dans la Ruhr industrielle.
Cette page sert surtout à situer Peter Lindbergh dans le catalogue, même quand peu d’expositions lui sont encore directement reliées.
Né Peter Brodbeck le 23 novembre 1944 à Lissa, ville alors annexée par le Reich et aujourd’hui Leszno en Pologne, il grandit à Duisbourg, dans la Ruhr industrielle. Adolescent, il travaille comme décorateur étalagiste pour les grands magasins Karstadt et Horten. Au début des années 1960 il s’inscrit à l’Académie des arts de Berlin, part sur les traces de Van Gogh jusqu’à Arles en auto-stop, puis voyage deux ans en Espagne et au Maroc. De retour en Allemagne, il étudie l’art conceptuel à l’école d’art de Krefeld, où la découverte de Joseph Kosuth le marque durablement: la photographie viendra après l’art, jamais avant.
Installé à Düsseldorf, il devient l’assistant du photographe Hans Lux pendant deux ans avant d’ouvrir son propre studio en 1973. Sa réputation dans la publicité allemande le conduit au magazine Stern, où il travaille aux côtés de Helmut Newton, Guy Bourdin et Hans Feurer. C’est là qu’il apprend la commande de presse, ce régime d’images destinées à durer un mois, dont il fera plus tard la matière d’une œuvre. Quelques années après, il quitte l’Allemagne pour la France et poursuit sa carrière depuis Paris, tout en travaillant pour Vogue, Harper’s Bazaar, Interview, Rolling Stone ou W Magazine.
En 1988, une série montrant de jeunes mannequins vêtues de simples chemises blanches connaît un succès international et lance une génération entière; la même année, il photographie Michaela Bercu, Linda Evangelista et Kirsten Owen à Pont-à-Mousson. L’année suivante, il réunit pour la première fois Linda Evangelista, Naomi Campbell, Tatjana Patitz, Cindy Crawford et Christy Turlington sur la couverture du Vogue britannique de janvier 1990. George Michael reprendra ce groupe pour le clip de Freedom! ’90. Gagosian, qui le représente, résume ainsi cet épisode: la carrière des « Supermodels » lui doit son lancement.
Sa conception de la photographie de mode tient en une idée que le Kunstpalast formule sans détour: elle peut, et doit, exister sans placer le vêtement au centre. Lindbergh photographie des visages peu maquillés, des coiffures défaites, à contre-courant d’une époque de retouche systématique, et revendique le noir et blanc à fort contraste comme le seul moyen de montrer qui sont réellement ses modèles. Il cite parmi ses références André Kertész, Richard Avedon et Irving Penn, ainsi que les documentaristes Dorothea Lange, Henri Cartier-Bresson et Garry Winogrand. Il assume aussi une position: libérer les femmes de l’obsession de la jeunesse et de la perfection.
Deux années durant, Lindbergh travaille lui-même à un ensemble de 140 photographies couvrant son œuvre du début des années 1980 à ses dernières séances. Le Kunstpalast de Düsseldorf présente cet accrochage sous le titre Untold Stories du 5 février au 27 septembre 2020, en coopération avec le Peter Lindbergh Studio, quelques mois après la mort du photographe survenue en septembre 2019. L’exposition circule ensuite au Museum für Kunst und Gewerbe de Hambourg, au Hessisches Landesmuseum de Darmstadt et au musée MADRE de Naples.
Lindbergh a réalisé plusieurs films: Models (1991), tourné à New York avec les mannequins qu’il avait révélées, Inner Voices (1999), primé au Festival international du film de Toronto, un portrait filmé de son amie Pina Bausch, Der Fensterputzer (2001), et Everywhere at Once (2008), coréalisé avec Holly Fisher et porté par la voix de Jeanne Moreau. Son image sert aussi l’affiche des Prédateurs de Tony Scott (1983) avec David Bowie et Catherine Deneuve, celle de Parle avec elle de Pedro Almodóvar (2002), ainsi que de nombreuses pochettes de disques, de Tina Turner à Beyoncé.
Médiums: photographie argentique noir et blanc, tirage gélatino-argentique de grand format, commande éditoriale pour la presse de mode, film et documentaire, livre de photographies.
Techniques: noir et blanc à fort contraste, prise de vue en extérieur et en décor industriel ou urbain, refus revendiqué de la retouche et du maquillage appuyé, tirage Ilford multigrade de très grand format (jusqu’à 191 × 131 cm encadré), planches contact et tirages de lecture conservés comme matière d’exposition.
Motifs récurrents: le visage des femmes hors des stéréotypes de la mode, la mode sans primauté du vêtement, réalisme documentaire appliqué à l’image de commande, l’âge, la beauté naturelle et le refus de la perfection lissée, le corps en mouvement et la danse.
Après ses années allemandes chez Stern, Lindbergh quitte Düsseldorf pour la France et travaille depuis Paris. La ville n’est pas seulement son point de chute: elle apparaît dans les titres mêmes de ses images, de « Linda Evangelista, Paris, France, 1990 », tirage grand format diffusé par Gagosian, à « Querelle Jansen, Paris, 2012 », reproduite par le Kunstpalast pour Untold Stories. Sa série Smoking Women a d’abord été montrée à Paris, à la galerie Gilbert Brownstone, en 1992, avant de circuler à Tokyo puis à Francfort.
Paris a jalonné sa carrière d’expositions: le Centre Georges-Pompidou lui consacre dès 1986 une exposition personnelle des photographies réalisées pour Rei Kawakubo et Comme des Garçons; la galerie Gagosian ouvre sa première exposition personnelle parisienne fin 2014, dont les vues d’accrochage sont toujours diffusées par la galerie. En 2024-2025 enfin, La Galerie Dior du 30 avenue Montaigne présente Dior/Lindbergh, une centaine de clichés de modèles Dior pris entre 1988 et 2018, conçue avec le soutien de la Peter Lindbergh Foundation.
Le catalogue de la Bibliothèque nationale de France recense plusieurs de ses livres publiés depuis Paris: « Images de femmes », préfacé par Martin Harrison chez Assouline, et « Berlin », paru en 2017 chez Louis Vuitton malletier dans la collection Fashion Eye. La BnF conserve également le making of du calendrier Dieux du stade 2009, dont il a signé les photographies de joueurs de rugby français — une commande française très éloignée de la mode, et l’un des rares volets masculins de son œuvre.
La Galerie Dior, 30 avenue Montaigne (Paris) — A présenté la rétrospective Dior/Lindbergh du 17 octobre 2024 au 4 mai 2025, avec le soutien de la Peter Lindbergh Foundation (exposition terminée).
Gagosian (Paris) — Galerie représentant le photographe; première exposition personnelle parisienne en 2014, vues d’accrochage publiées par la galerie.
Kunstpalast (Düsseldorf) — Producteur de l’exposition Untold Stories (5 février - 27 septembre 2020), conçue par le photographe et réalisée avec le Peter Lindbergh Studio.
Victoria and Albert Museum (Londres) — Conserve des photographies de mode de Lindbergh consultables au cabinet des estampes et dessins (SOS.99, SOS.100, PH.736-1987, PH.36-1986, PH.37-1986).
1944-11-23 — Naissance de Peter Brodbeck, dit Peter Lindbergh, à Lissa (aujourd’hui Leszno, Pologne)
1973 — Ouverture de son propre studio de photographie à Düsseldorf, après deux ans comme assistant
1988 — Série des chemises blanches et cliché de Michaela Bercu, Linda Evangelista et Kirsten Owen à Pont-à-Mousson
1990-01 — Couverture du Vogue britannique réunissant pour la première fois cinq futures « supermodels »
1996 — Première des trois éditions du calendrier Pirelli qu’il signera, avant 2002 et 2017
2014 — Première exposition personnelle à la galerie Gagosian, à Paris, dont les vues d’accrochage sont publiées
2019-09-03 — Mort du photographe, à l’âge de 74 ans, alors qu’il se rendait à une conférence sur la photographie
2020-02-05 — Ouverture au Kunstpalast de Düsseldorf d’Untold Stories, accrochage de 140 images choisies par l’artiste
2024-10-17 — Ouverture de Dior/Lindbergh à La Galerie Dior, 30 avenue Montaigne à Paris, jusqu’au 4 mai 2025
Paris reste ici le meilleur angle de lecture pour relier Peter Lindbergh à des lieux concrets, des expositions visibles et une géographie culturelle facile à parcourir.
Sa série de 1988 montrant de jeunes mannequins en chemise blanche, puis la couverture du Vogue britannique de janvier 1990 réunissant Linda Evangelista, Naomi Campbell, Tatjana Patitz, Cindy Crawford et Christy Turlington, ont rendu ces visages mondialement identifiables. La galerie qui le représente lui attribue explicitement le lancement de leurs carrières.
Présentée à La Galerie Dior, 30 avenue Montaigne, du 17 octobre 2024 au 4 mai 2025, elle réunissait une centaine de clichés de modèles Dior réalisés entre 1988 et 2018, répartis en dix espaces, avec des planches contact, des tirages de lecture inédits et les images d'une séance new-yorkaise d'octobre 2018 montrées pour la première fois.
C'est l'ensemble de 140 photographies que Lindbergh a lui-même sélectionné pendant deux ans, couvrant son œuvre du début des années 1980 à ses dernières séances. Le Kunstpalast de Düsseldorf l'a présenté du 5 février au 27 septembre 2020, puis l'accrochage a circulé à Hambourg, Darmstadt et Naples.
Oui, et à trois reprises : les éditions 1996 et 2002, puis celle de 2017, ce qui fait de lui le seul photographe à avoir signé trois calendriers Pirelli. L'édition 2002 fut la première à mettre en scène des actrices plutôt que des mannequins professionnels.
Le Victoria and Albert Museum de Londres conserve plusieurs de ses photographies de mode, consultables sur rendez-vous au cabinet des estampes et dessins sous les numéros SOS.99, SOS.100, PH.736-1987, PH.36-1986 et PH.37-1986. Aucune n'est actuellement présentée en salle d'après la base de l'institution.
Il expliquait que la couleur donnait à ces visages presque parfaits l'allure d'une publicité de cosmétiques, tandis que le noir et blanc à fort contraste permettait de voir qui étaient réellement ses modèles. Ce choix va de pair avec son refus de la retouche et son goût pour la photographie documentaire.