Exposition Paris

Exposition Pierre Huyghe

Né à Paris en 1962 et formé à l’École nationale supérieure des arts décoratifs, Pierre Huyghe fabrique des expositions qui se comportent comme des milieux: un chien à la patte rose y circule, un essaim d’abeilles y coiffe une statue, un brouillard ou une simulation y prennent le relais du regard.

Qui est Pierre Huyghe ?

Pierre Huyghe étudie de 1982 à 1985 à l’École nationale supérieure des arts décoratifs de Paris.

Pourquoi cette page est utile

Cette page sert surtout à situer Pierre Huyghe dans le catalogue, même quand peu d’expositions lui sont encore directement reliées.

Des Frères Ripoulin à la remise en cause du statut de l’œuvre

Pierre Huyghe étudie de 1982 à 1985 à l’École nationale supérieure des arts décoratifs de Paris. À sa sortie, il cofonde le collectif des Frères Ripoulin, qui pratique l’action dans l’espace public et le collage d’affiches peintes, aux côtés notamment de Claude Closky, de Nina Childress et de Jean Faucheur. De cette expérience collective il gardera le réflexe d’inviter dans ses projets des artistes, des architectes ou des scientifiques, quitte à brouiller délibérément l’identification de l’auteur — un déplacement qu’il prolonge en interrogeant les notions d’interprète et de copyright.

L’exposition comme milieu, non comme accrochage

Dès les années 1990, Huyghe superpose l’œuvre et son format de présentation: le projet prend tour à tour la forme d’un journal avec «  Anna Sanders, l’histoire d’un sentiment » (1997), d’un voyage en Antarctique avec «  A Journey that Wasn’t » (2005) ou d’un calendrier annuel dessiné comme un jardin circulaire avec «  La Saison des fêtes » (2010). L’espace n’est plus un contenant neutre mais un monde en soi, non orchestré, qui vit selon ses propres rythmes. L’artiste résume l’inversion d’une phrase devenue sa signature: il s’agit d’exposer quelqu’un à quelque chose, plutôt que quelque chose à quelqu’un.

Untilled, la documenta 13 et le tournant du vivant

En 2012, pour la documenta 13, Huyghe investit une zone en jachère du parc de la Karlsaue à Kassel avec «  Untilled ». La sculpture «  Untilled (Liegender Frauenakt) » y présente un corps de femme à demi allongé dont la tête est prise dans une ruche habitée d’abeilles, tandis qu’un chien nommé Human, à la patte teinte de rose fluorescent, circule sur le site. Le film «  A Way in Untilled », tourné à la tombée de la nuit durant l’été 2012, y enregistre des processus de germination et de putréfaction, sans narration ni commentaire. Ce chantier organique devient la matrice de tout le travail ultérieur de l’artiste.

Reconnaissance internationale: Venise, le Nasher, les grandes institutions

Huyghe obtient en 2001 le prix spécial du jury de la Biennale de Venise pour le Pavillon français. En 2017, il devient le premier artiste français à recevoir le Nasher Prize, décerné par le Nasher Sculpture Center, qui salue une conception élargie de la sculpture intégrant systèmes vivants, films et objets. Son travail circule ensuite entre la Serpentine à Londres avec «  UUmwelt » (2018), la Punta della Dogana à Venise avec «  Liminal » (2024), le Leeum Museum of Art en Corée du Sud (2025) et la Fondation Beyeler à Riehen, qui lui consacre en 2026 sa première exposition personnelle dans un musée suisse.

Machines, cerveaux et simulations: le travail récent

Le travail des dix dernières années fait entrer dans l’œuvre des dispositifs techniques qui produisent eux-mêmes des images. Pour «  UUmwelt », présenté à la Serpentine South Gallery du 3 octobre 2018 au 10 février 2019, Huyghe confie à une personne un ensemble d’images et de descriptions et travaille à partir des images qu’elle en recompose mentalement, l’exposition évoluant ensuite de manière irréversible et imprévisible. «  Liminal » (2024) est une simulation en temps réel avec son et capteurs, et «  Camata » (2024) un rituel énigmatique filmé dans l’immensité du désert d’Atacama, au Chili, pays où l’artiste vit désormais.

La pratique en bref

Médiums: film et vidéo, installation in situ, sculpture, environnements et systèmes vivants, simulation en temps réel, performance et situations activées, édition et livre d’artiste.

Techniques: recyclage des espaces, cimaises et traces de projets antérieurs sur le lieu d’exposition, collaboration avec artistes, architectes et scientifiques, au risque assumé de la dissolution de l’auteur, intégration d’organismes vivants au dispositif (abeilles, chien, végétation d’une friche), images issues de la recomposition mentale d’un sujet humain, retravaillées par un dispositif technique, simulation temps réel pilotée par capteurs et son, réactivation de performances anciennes à l’intérieur d’une exposition nouvelle.

Motifs récurrents: l’œuvre vivante et ses rythmes biologiques propres, indifférents au calendrier du musée, sortie du regard anthropocentré, porosité entre fiction spéculative et production de réel, statut de l’auteur, de l’interprète et du copyright, continuité entre formes de vie biologiques, technologiques et matière inerte, vulnérabilité de l’environnement et expéditions aux confins.

Une formation et des débuts parisiens

Le lien de Pierre Huyghe avec Paris commence par la naissance, en 1962, puis par l’École nationale supérieure des arts décoratifs, où il est élève de 1982 à 1985. C’est au sortir de cette école qu’il cofonde les Frères Ripoulin, collectif dont la pratique — actions et collages d’affiches peintes — se déploie dans l’espace public urbain. En 1995, toujours depuis Paris, il fonde l’Association des temps libérés, structure dont l’objet déclaré est le développement des temps improductifs, et réalise la performance «  L’Écrivain public ».

La rétrospective du Centre Pompidou, un chantier à même le bâtiment

Du 25 septembre 2013 au 6 janvier 2014, le Centre Pompidou consacre à Huyghe une exposition à caractère rétrospectif dans la Galerie sud, réunissant une cinquantaine de projets. L’artiste y transforme la galerie en site où se recyclent espace, cimaises et traces de projets passés. Le rapport au lieu va jusqu’au matériau: pour tenir à distance la sculpture et son essaim, il fait extraire des dalles de la carrière de granit bretonne dont proviennent celles du sol du Centre Pompidou lui-même. Le chien Human parcourt la galerie, empruntant chaque jour un trajet différent.

Bourse de Commerce: d’Offspring à Camata

La Bourse de Commerce – Pinault Collection a présenté du 22 mai au 15 novembre 2021, dans le Studio, sa «  boîte noire » située au sous-sol, l’installation inédite «  Offspring », conçue comme une rémanence et une mutation de «  L’Expédition scintillante » créée à Bregenz en 2002. Le projet puisait dans «  Les Aventures d’Arthur Gordon Pym » d’Edgar Allan Poe et dans une expédition polaire d’un mois menée par l’artiste à bord de la goélette Tara. En 2026, l’institution parisienne a de nouveau accueilli son travail avec «  Camata », ancré dans la Rotonde dans le cadre de l’exposition «  Clair-obscur ».

Une galerie de référence dans le Marais

À Paris, le travail de Pierre Huyghe est porté par la Galerie Chantal Crousel, installée 10 rue Charlot dans le 3e arrondissement, qui tient sa notice d’artiste et relaie ses expositions institutionnelles. C’est par cette adresse que passent, côté français, les informations de première main sur ses présentations en cours et à venir. À noter pour l’organisation d’une visite: la galerie indique une fermeture de ses espaces du 23 juillet au 4 septembre 2026, et des horaires du mardi au vendredi puis le samedi en dehors de cette période.

Où voir ses œuvres

Centre Pompidou (Paris) — A consacré à l’artiste une exposition à caractère rétrospective du 25 septembre 2013 au 6 janvier 2014, dans la Galerie sud (événement terminé).

Bourse de Commerce – Pinault Collection (Paris) — A présenté «  Offspring » dans le Studio du 22 mai au 15 novembre 2021, puis «  Camata » (2024) dans la Rotonde en 2026 dans le cadre de «  Clair-obscur ».

Galerie Chantal Crousel (Paris) — Galerie parisienne qui représente l’artiste et publie sa notice ainsi que l’actualité de ses expositions; espaces situés 10 rue Charlot.

Fondation Beyeler (Riehen (Bâle), Suisse) — Présente du 24 mai au 13 septembre 2026 une exposition conçue spécialement pour l’institution, première exposition personnelle de l’artiste dans un musée suisse.

Serpentine South Gallery (Londres) — A présenté «  UUmwelt » du 3 octobre 2018 au 10 février 2019, entrée libre (exposition terminée).

Repères chronologiques

1962 — Naissance de Pierre Huyghe à Paris.

1982-1985 — Études à l’École nationale supérieure des arts décoratifs de Paris.

1985 — À sa sortie de l’école, cofonde le collectif des Frères Ripoulin avec Claude Closky et Nina Childress.

1993 — Réalise «  La Toison d’Or », manifestation dans un parc où des adolescents portent des têtes d’animaux héraldiques.

1995 — Fonde l’Association des temps libérés et réalise la performance «  L’Écrivain public ».

2001 — Reçoit le prix spécial du jury de la Biennale de Venise pour le Pavillon français.

2005-02 — Expédition en Antarctique à la recherche d’une île habitée par un pingouin albinos, à l’origine du film «  A Journey that Wasn’t ».

2012 — Conçoit «  Untilled » pour la documenta 13, dans le parc de la Karlsaue à Kassel.

2013-09-25 — Ouverture de la rétrospective du Centre Pompidou, Galerie sud, avec une cinquantaine de projets.

2014-01-06 — Clôture de l’exposition rétrospective du Centre Pompidou à Paris.

2017 — Premier artiste français à recevoir le Nasher Prize du Nasher Sculpture Center.

2018-10-03 — Ouverture de «  UUmwelt » à la Serpentine South Gallery de Londres, jusqu’au 10 février 2019.

2021-05-22 — Ouverture d’«  Offspring » dans le Studio de la Bourse de Commerce à Paris, jusqu’au 15 novembre 2021.

2024 — Présentation de «  Liminal » à la Punta della Dogana, Venise, et réalisation de «  Camata », filmé dans le désert d’Atacama.

2026 — «  Camata » ancré dans la Rotonde de la Bourse de Commerce à Paris, dans le cadre de «  Clair-obscur ».

2026-05-24 — Ouverture à la Fondation Beyeler de sa première exposition personnelle dans un musée suisse, jusqu’au 13 septembre 2026.

Pierre Huyghe & Paris

Paris reste ici le meilleur angle de lecture pour relier Pierre Huyghe à des lieux concrets, des expositions visibles et une géographie culturelle facile à parcourir.

Questions fréquentes

tout ce qu’il faut savoir

Pourquoi parle-t-on d'« œuvre vivante » à propos de Pierre Huyghe ?

Parce que ses propositions engagent un rythme biologique propre, qui ne se plie ni aux règles du musée ni aux attentes du public : une friche qui germe et pourrit, une ruche habitée, un chien qui circule librement dans la galerie. Le Centre Pompidou en avait fait le fil de sa rétrospective de 2013.

Que voit-on exactement dans Untilled, présenté à la documenta 13 ?

Un site en jachère du parc de la Karlsaue, à Kassel, où une sculpture de femme à demi allongée porte une ruche d'abeilles en guise de tête, et où circule Human, un chien proche des lévriers dont une patte est teinte de rose fluorescent. Le film « A Way in Untilled », tourné à la tombée de la nuit durant l'été 2012, y suit des processus de germination et de putréfaction, sans narration.

Peut-on voir une œuvre de Pierre Huyghe à Paris en ce moment ?

Au 1er août 2026, non : « Camata » a quitté la Rotonde de la Bourse de Commerce, désormais occupée jusqu'au 14 septembre 2026 par la sculpture de brouillard « Cloud #07156 » de Fujiko Nakaya, et le texte de présentation de « Clair-obscur » ne mentionne plus l'artiste. L'exposition personnelle en cours se tient hors de France, à la Fondation Beyeler.

Quelle récompense Pierre Huyghe a-t-il reçue à la Biennale de Venise ?

Il a obtenu en 2001 le prix spécial du jury pour le Pavillon français. Il est aussi, en 2017, le premier artiste français à recevoir le Nasher Prize du Nasher Sculpture Center, distingué pour une vision élargie de la sculpture intégrant systèmes vivants, films et objets.

Qu'était Offspring, montré à la Bourse de Commerce en 2021 ?

Une installation inédite présentée du 22 mai au 15 novembre 2021 dans le Studio, la « boîte noire » du sous-sol, pensée comme une expérience sensorielle hors du temps et comme une mutation de « L'Expédition scintillante » créée à Bregenz en 2002. Le projet s'inspirait d'Edgar Allan Poe et d'une expédition polaire d'un mois à bord de la goélette Tara.

Qu'est-ce que le projet No Ghost Just a Shell ?

Un projet collectif réunissant plusieurs artistes, initié par Pierre Huyghe et Philippe Parreno. Le Van Abbemuseum d'Eindhoven en conserve un élément daté de 2003, un livre relié imprimé en offset de 36,8 × 23,2 × 2,1 cm, entré dans ses collections par donation.