Pourquoi cette page est utile
Cette page sert surtout à situer Pipilotti Rist dans le catalogue, même quand peu d’expositions lui sont encore directement reliées.
Pipilotti Rist est la vidéaste suisse qui a sorti l’art vidéo de son moniteur froid pour en faire une expérience chaude, colorée et physique.
Avant d’être exposée dans les musées, Pipilotti Rist gagne sa vie comme graphiste en Suisse. Elle se forme à l’Institut des arts appliqués de Vienne, puis à l’École de design de Bâle, où elle aborde la vidéo.
Cette page sert surtout à situer Pipilotti Rist dans le catalogue, même quand peu d’expositions lui sont encore directement reliées.
Avant d’être exposée dans les musées, Pipilotti Rist gagne sa vie comme graphiste en Suisse. Elle se forme à l’Institut des arts appliqués de Vienne, puis à l’École de design de Bâle, où elle aborde la vidéo. De 1988 à 1994, elle tient la batterie et la basse au sein des Reines Prochaines, groupe pop expérimental exclusivement féminin pour lequel elle réalise certaines de ses toutes premières bandes. Cette double origine — mise en page et scène rock — explique la place que la musique, le montage rythmé et la scénographie de concert occupent durablement dans son travail.
Ses premières bandes monocanal détournent la forme du clip musical pour interroger la voix et le corps féminins dans les représentations de la culture pop: image tremblée, vitesse manipulée, couleurs déréglées, refrain répété jusqu’à l’usure. « I’m Not the Girl Who Misses Much » (1986) ouvre cette veine; l’œuvre figure aujourd’hui aussi bien dans la collection du Museum of Modern Art de New York que dans celle de la Tate. Suivent « Sexy Sad I » (1987), « (Entlastungen) Pipilottis Fehler » (1988) ou « Pickelporno » (1992), qui installent son vocabulaire.
Présentée pour la première fois à la Biennale de Venise de 1997, cette pièce de huit minutes montre une jeune femme en robe bleue et chaussures rouges qui longe un trottoir au ralenti et fracasse les vitres des voitures garées avec une fleur à longue tige — une policière la croise et la salue. L’œuvre remporte le Premio 2000, récompense réservée aux talents émergents, et fait de l’artiste, alors âgée de trente-cinq ans, une figure internationale. Le Museum of Modern Art, le Museum of Contemporary Art de Chicago et le musée national d’art moderne de Kyoto en acquièrent chacun un exemplaire.
À partir des années 2000, ses dispositifs prennent la taille de l’architecture qui les accueille. Pour les trente ans du Centre Pompidou, elle projette « A la belle étoile » sur la Piazza inclinée, image nocturne visible quatre semaines durant depuis le sol comme depuis les étages. Pour l’atrium du MoMA, elle conçoit « Pour Your Body Out (7354 Cubic Meters) » (2008), qui associe un paysage sonore, un canapé collectif et une vidéo haute définition filmée en contre-plongée. Le principe est constant: donner au spectateur une place assise ou couchée, et lui faire regarder l’image d’en dessous.
Le mouvement qu’elle avait emprunté à MTV lui est rendu vingt ans plus tard: en 2016, le clip « Hold Up » de Beyoncé reprend le motif de la marcheuse souriante qui brise des vitres de voitures, batte de baseball et robe de tulle jaune remplaçant la fleur et la robe bleue. La circulation entre art contemporain et industrie musicale, que l’artiste pratique depuis ses bandes des années 1980, fonctionne ainsi dans les deux sens, et a donné à cette séquence de 1997 une seconde vie auprès d’un public qui n’avait jamais mis les pieds dans un musée.
Médiums: vidéo monobande, installation vidéo multicanal, projection architecturale monumentale, son et musique, long métrage de fiction.
Techniques: gros plan et caméra au ras des corps et des matières, ralenti et manipulation de la vitesse d’image, saturation chromatique et dérèglement des couleurs électroniques, projection sur sol, plafond, mobilier et façade plutôt que sur écran cadré, mobilier d’accueil (canapé, coussins, tapis) intégré à l’installation, bande sonore composée, souvent avec Anders Guggisberg.
Motifs récurrents: corps féminin et regard porté sur lui, détournement du clip et de l’esthétique MTV, nature, végétal et matières organiques filmées de très près, intimité domestique et espaces habités, euphorie, transgression joyeuse et humour.
Sa première exposition personnelle parisienne, « Remake of the Week-end », se tient au Musée d’art moderne de la Ville de Paris du 22 avril au 19 septembre 1999. Plutôt qu’un accrochage de moniteurs, l’artiste y recompose un logement entier, de la cuisine à la chambre à coucher, chaque pièce servant de surface de projection. La salle vitrée située entre les deux escaliers, que le musée appelle l’aquarium, y tient le rôle du garage. C’est l’exposition qui installe durablement son nom auprès du public français.
Pour son trentième anniversaire, le Centre Pompidou lui commande « A la belle étoile », projection déployée sur le plan incliné de la Piazza et visible en soirée du 30 janvier au 26 février 2007, y compris depuis le haut du bâtiment. L’institution acquiert l’installation la même année sous le numéro d’inventaire AM 2007-169. Elle conservait déjà « Blutclip », bande de trois minutes de 1993 achetée en 1999: la collection publique parisienne couvre donc à la fois la vidéaste des débuts et l’artiste des dispositifs monumentaux.
Centre Pompidou — Musée national d’art moderne (Paris) — conserve « A la belle étoile » (2007) et « Blutclip » (1993); commanditaire de la projection anniversaire de 2007
Musée d’art moderne de la Ville de Paris (Paris) — a présenté sa première exposition personnelle parisienne, « Remake of the Week-end », en 1999
Portland Art Museum (Portland (États-Unis)) — présente l’installation « 4th Floor to Mildness » du 20 novembre 2025 au 31 janvier 2027
The Geffen Contemporary at MOCA (Los Angeles (États-Unis)) — a accueilli la rétrospective « Big Heartedness, Be My Neighbor » du 12 septembre 2021 au 6 juin 2022
1986 — Réalisation de « I’m Not the Girl Who Misses Much », première bande monobande entrée depuis dans les collections du MoMA et de la Tate
1988-1994 — Batterie et basse au sein du groupe pop expérimental féminin Les Reines Prochaines
1993 — Réalisation de « Blutclip », vidéo Betacam SP couleur et son de trois minutes
1997 — Première présentation d’« Ever Is Over All » à la Biennale de Venise et attribution du Premio 2000
1999 — Exposition personnelle « Remake of the Week-end » au Musée d’art moderne de la Ville de Paris, du 22 avril au 19 septembre
1999 — Achat de « Blutclip » par le Musée national d’art moderne, Centre Pompidou
2007 — Projection « A la belle étoile » sur la Piazza du Centre Pompidou, du 30 janvier au 26 février, pour les trente ans de l’institution
2008-2009 — Installation « Pour Your Body Out (7354 Cubic Meters) » dans l’atrium du MoMA, du 19 novembre 2008 au 2 février 2009
2016 — Le clip « Hold Up » de Beyoncé reprend le motif de la marcheuse brisant des vitres de voitures
2021 — Ouverture de la rétrospective « Big Heartedness, Be My Neighbor » au Geffen Contemporary at MOCA, Los Angeles
2025 — Présentation de « 4th Floor to Mildness » au Portland Art Museum, à l’affiche jusqu’au 31 janvier 2027
Paris reste ici le meilleur angle de lecture pour relier Pipilotti Rist à des lieux concrets, des expositions visibles et une géographie culturelle facile à parcourir.
Ce n'est pas son prénom d'état civil : née Elisabeth Charlotte Rist, l'artiste a formé ce nom en soudant son surnom d'enfance, Lotti, et Pippi Longstocking, l'héroïne turbulente d'Astrid Lindgren. Le choix annonce le ton de son travail : insolence enfantine et refus des convenances.
Deux projections contrastées occupent des murs adjacents. À droite, un champ de fleurs rouges à longue tige filmé de très près par une caméra mobile ; à gauche, une jeune femme souriante en robe bleue et chaussures rouges qui avance au ralenti le long d'un trottoir bordé de voitures et en brise les vitres, sur une mélodie mélancolique.
La ressemblance est frappante et largement commentée : sorti en 2016, le clip montre Beyoncé, pieds nus et vêtue de tulle jaune, fracassant à la batte de baseball les vitres des voitures d'une rue, reprenant le motif de la marcheuse jubilatoire imaginé par l'artiste suisse en 1997.
Oui, à deux reprises de manière marquante : le Musée d'art moderne de la Ville de Paris lui consacre « Remake of the Week-end » du 22 avril au 19 septembre 1999, et le Centre Pompidou lui commande en 2007 une projection sur sa Piazza, visible en soirée du 30 janvier au 26 février.
Le Centre Pompidou conserve « Blutclip », vidéo Betacam SP de trois minutes réalisée en 1993 et achetée en 1999, ainsi que l'installation audiovisuelle « A la belle étoile » de 2007, entrée dans la collection la même année sous l'inventaire AM 2007-169.
Oui : de 1988 à 1994, elle joue de la batterie et de la basse dans Les Reines Prochaines, groupe pop expérimental entièrement féminin, pour lequel elle signe aussi certaines de ses premières vidéos. La musique reste ensuite un moteur de ses montages et de ses bandes sonores.