Exposition Paris

Exposition Rebecca Horn

Rebecca Horn (Michelstadt, 1944 — Bad König, 2024) a bâti une œuvre où le corps, d’abord prolongé par des extensions de tissu et de plumes, cède peu à peu la place à des machines qui battent, grattent, jouent ou se taisent.

Qui est Rebecca Horn ?

Née le 24 mars 1944 à Michelstadt, dans l’Odenwald, Rebecca Horn grandit dans une Allemagne d’après-guerre où la langue maternelle est un embarras: sa famille voyage, on lui fait apprendre le français et l’anglais, et c’est une gouvernante roumaine qui lui enseigne le dessin.

Pourquoi cette page est utile

Cette page sert surtout à situer Rebecca Horn dans le catalogue, même quand peu d’expositions lui sont encore directement reliées.

Grandir dans l’Odenwald, dessiner plutôt que parler

Née le 24 mars 1944 à Michelstadt, dans l’Odenwald, Rebecca Horn grandit dans une Allemagne d’après-guerre où la langue maternelle est un embarras: sa famille voyage, on lui fait apprendre le français et l’anglais, et c’est une gouvernante roumaine qui lui enseigne le dessin. Elle raconte y avoir trouvé un moyen d’expression qui n’appartenait à aucune langue. Adolescente, elle suit les cours de la Hochschule für bildende Künste de Hambourg. La Moontower Foundation, qui gère aujourd’hui son œuvre, situe explicitement la naissance de son travail dans cette région de l’Odenwald où elle reviendra s’installer.

Barcelone, le sanatorium et les premières extensions du corps

En 1964, un séjour à Barcelone se solde par une infection pulmonaire qui lui vaut une année de sanatorium. Cette expérience d’isolement et de dépendance physique oriente durablement son travail vers le corps et ses limites. Elle réalise alors des «  body-sculptures » de tissu, puis des extensions et des prothèses qui modifient la portée du geste et la perception de l’espace: les Finger Gloves de 1972 allongent la main jusqu’au mur, des masques et des éventails de plumes enveloppent ou dissimulent le corps. La Moontower Foundation décrit ces body extensions comme une exploration de l’équilibre entre l’être humain et l’espace qui l’entoure.

Des performances filmées aux machines qui jouent seules

Les performances des années 1970 sont documentées et filmées: la Tate conserve les ensembles Performances I (1972), Performances II (1973) et Berlin Exercises: Dreaming under Water (1974-1975). Le corps humain se retire ensuite au profit de sculptures cinétiques à l’action minimale, apparues d’abord à l’intérieur de ses films — The Gigolo (1978) puis La Ferdinanda (1981) — avec The Gentle Prisoner et The Peacock Machine. Violons, valises, échelles, pianos, métronomes, marteaux, entonnoirs et bassins d’eau noire deviennent les éléments d’un théâtre mécanique où l’objet paraît doté d’une âme.

Faire parler les lieux chargés d’histoire

À partir des années 1980, Rebecca Horn installe ses machines dans des lieux marqués politiquement et travaille leurs blessures plutôt que leur décor. Le Praemium Imperiale relève ainsi Concert in Reverse (1987), conçu à Münster dans une tour municipale qui avait servi de lieu d’exécution pendant la guerre. Suivent Tower of the Nameless à Vienne, Concert for Buchenwald à Weimar, ou Mirror of the Night installé dans une synagogue abandonnée près de Cologne, où l’écriture devient un tissage contre l’oubli. Ailleurs, c’est l’énergie de la passion qui est mise en espace, avec High Moon à New York ou El Rio de la Luna à Barcelone.

Une reconnaissance internationale, puis la Moontower Foundation

Invitée à quatre éditions de la documenta de Cassel — 5, 6, 7 et 9 —, Rebecca Horn expose en solo à la Staatliche Kunsthalle de Baden-Baden (1981), à la Serpentine Gallery de Londres (1984), au MOCA de Los Angeles (1990), au Solomon R. Guggenheim Museum de New York (1993), puis à la Neue Nationalgalerie de Berlin, à la Kunsthalle de Vienne et à la Tate Gallery en 1994. Lauréate du Praemium Imperiale pour la sculpture, elle fonde ensuite, à côté de son atelier dans l’Odenwald, la Moontower Foundation, à la fois espace de création, lieu méditatif et institution chargée de son œuvre. Elle meurt le 6 septembre 2024 à Bad König.

La pratique en bref

Médiums: performance, installation cinétique, sculpture motorisée, film 16 mm et long métrage, dessin, photographie surpeinte, poésie.

Techniques: extensions du corps en tissu, plumes et métal, mécanismes motorisés et pneumatiques (vérins hydrauliques, compresseur), détournement d’objets trouvés (pianos, violons, valises, métronomes, entonnoirs), mise en scène de la lumière, des miroirs et du son dans l’espace, documentation filmée des performances.

Motifs récurrents: métamorphose et transformation, corps et machine, isolement, fragilité physique et réparation, mémoire des lieux chargés d’histoire, désir et violence, animisme et héritage surréaliste.

De la 9e Biennale de Paris aux Magiciens de la terre

Le premier passage documenté de Rebecca Horn à Paris remonte à 1975: elle figure à la 9e Biennale de Paris, déployée cette année-là entre le Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris, le Musée National d’Art Moderne et le Musée Galliera. Elle revient en 1987 dans l’exposition collective «  Les Mécaniciens de l’imaginaire », à la Cité des Sciences et de l’Industrie de La Villette — un cadre qui convient à ses machines. Deux ans plus tard, elle est retenue pour «  Magiciens de la terre », manifestation partagée entre le Musée National d’Art Moderne du Centre Georges Pompidou et la Grande Halle de la Villette.

Une exposition personnelle au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris

En 1986, le Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris lui consacre une exposition personnelle au titre significatif, «  Nuit et jour sur le dos du serpent à deux têtes », accompagnée d’un catalogue. Paris est aussi une place de galerie durable pour elle: «  Der Eintänzer » est montré chez Chantal Crousel en 1982, puis la Galerie de France présente «  A Rather Wild Flirtation » en 1988 et «  La Lune Rebelle » en 1991, et l’associe encore en 2013 à un accrochage réunissant Meret Oppenheim, Annette Messager et Judith Hopf.

Le Centre Pompidou, puis la parenthèse des travaux

Le Centre Pompidou a montré son travail à deux reprises à la fin des années 2000, dans «  Traces du sacré » (2008) puis dans l’accrochage «  elles@centrepompidou » (2009). Cette porte d’entrée parisienne est aujourd’hui fermée: l’institution annonce sur sa page d’accueil être hors les murs «  de 2025 à 2030 » et renvoie ses publics vers des sites partenaires en région. Du côté des musées de la Ville de Paris, une interrogation des collections en ligne sur «  Rebecca Horn » ne renvoie aucune œuvre: rien n’indique qu’un fonds parisien conserve durablement une pièce de l’artiste.

Où voir ses œuvres

Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris (Paris) — Exposition personnelle «  Nuit et jour sur le dos du serpent à deux têtes » en 1986; l’un des trois lieux de la 9e Biennale de Paris en 1975.

Centre Pompidou, Musée National d’Art Moderne (Paris) — Participation à «  Magiciens de la terre » (1989), à «  Traces du sacré » (2008) et à «  elles@centrepompidou » (2009); établissement hors les murs de 2025 à 2030.

Cité des Sciences et de l’Industrie, La Villette (Paris) — Exposition collective «  Les Mécaniciens de l’imaginaire » en 1987.

Centre Pompidou-Metz (Metz) — Rétrospective «  Rebecca Horn. Théâtre des métamorphoses », 8 juin 2019 - 13 janvier 2020, Galerie 2, commissariat Emma Lavigne et Alexandra Müller.

Museum Tinguely (Bâle) — Exposition parallèle «  Rebecca Horn. Body Fantasies », 5 juin - 22 septembre 2019, consacrée aux performances des débuts et aux sculptures cinétiques.

Skulpturenpark Waldfrieden (Wuppertal) — Seule exposition en cours recensée par la Moontower Foundation au 1er août 2026: «  Rebecca Horn - Emotion in Motion », 14 mars - 30 août 2026.

Repères chronologiques

1944-03-24 — Naissance à Michelstadt, dans l’Odenwald, en Allemagne.

1972 — Participation à la documenta 5 de Cassel, section «  Befragung der Realität ».

1975 — Présente à la 9e Biennale de Paris, répartie entre le Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris, le Musée National d’Art Moderne et le Musée Galliera.

1986 — Exposition personnelle «  Nuit et jour sur le dos du serpent à deux têtes » au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris, avec catalogue.

1989 — Participation à «  Magiciens de la terre », entre le Musée National d’Art Moderne du Centre Georges Pompidou et la Grande Halle de la Villette.

1990 — Réalisation de Concert for Anarchy, piano suspendu aujourd’hui conservé par la Tate.

1993 — Rétrospective au Solomon R. Guggenheim Museum de New York, reprise au Stedelijk Van Abbemuseum d’Eindhoven.

1994 — Tournée européenne de sa rétrospective: Neue Nationalgalerie de Berlin, Kunsthalle de Vienne, Tate Gallery et Serpentine Gallery à Londres.

2019-06-08 — Ouverture de «  Rebecca Horn. Théâtre des métamorphoses » au Centre Pompidou-Metz, en parallèle de «  Body Fantasies » au Museum Tinguely de Bâle.

2024-09-06 — Mort de Rebecca Horn à Bad König, à l’âge de 80 ans.

2026-03-14 — Ouverture de «  Rebecca Horn - Emotion in Motion » au Skulpturenpark Waldfrieden de Wuppertal, jusqu’au 30 août 2026.

Rebecca Horn & Paris

Paris reste ici le meilleur angle de lecture pour relier Rebecca Horn à des lieux concrets, des expositions visibles et une géographie culturelle facile à parcourir.

Questions fréquentes

tout ce qu’il faut savoir

Pourquoi Rebecca Horn a-t-elle commencé par fabriquer des extensions du corps ?

Une infection pulmonaire contractée à Barcelone en 1964 lui vaut une année de sanatorium. De cette expérience d'isolement et de dépendance physique naissent les « body-sculptures » de tissu puis les extensions et prothèses qui prolongent la main ou enveloppent le corps, comme les Finger Gloves de 1972 : il s'agit d'explorer l'équilibre entre l'être humain et l'espace qui l'entoure.

Qu'est-ce que « Concert for Anarchy », son œuvre la plus reproduite ?

C'est un piano à queue de 1990, suspendu au plafond, clavier vers le bas. La Tate, qui le conserve, en décrit les matériaux : piano, vérins hydrauliques et compresseur. À intervalles, l'instrument expulse ses touches dans un fracas avant de les ravaler : la machine musicale est retournée contre sa propre fonction.

Rebecca Horn a-t-elle exposé à Paris ?

Oui, et très tôt. Elle figure à la 9e Biennale de Paris en 1975, puis le Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris lui consacre en 1986 l'exposition personnelle « Nuit et jour sur le dos du serpent à deux têtes ». Suivent « Les Mécaniciens de l'imaginaire » à la Cité des Sciences en 1987, « Magiciens de la terre » en 1989, puis deux expositions au Centre Pompidou en 2008 et 2009.

Pourquoi installe-t-elle ses machines dans des bâtiments chargés d'histoire ?

Parce que le lieu fait partie de l'œuvre. Le Praemium Imperiale cite Concert in Reverse (1987), conçu à Münster dans une tour municipale ayant servi de lieu d'exécution pendant la guerre. La Moontower Foundation évoque de même Tower of the Nameless à Vienne, Concert for Buchenwald à Weimar ou Mirror of the Night dans une synagogue abandonnée près de Cologne.

Rebecca Horn a-t-elle réalisé des films ?

Le film occupe une place centrale dans son travail, au point que le Centre Pompidou-Metz en avait fait la matrice de sa rétrospective de 2019. Ses premières sculptures cinétiques apparaissent d'ailleurs à l'intérieur de ses films : The Gentle Prisoner dans The Gigolo (1978), The Peacock Machine autour de La Ferdinanda (1981).

Où voir ses œuvres aujourd'hui dans une collection publique ?

La Tate conserve un ensemble important, dont Concert for Anarchy (1990), Ballet of the Woodpeckers (1986), Orlando (1988) et les documentations de performances des années 1970. Le Museum of Modern Art de New York présente de son côté une trentaine de pièces en ligne, parmi lesquelles Unicorn (Einhorn), daté de 1968-69.