Exposition Paris

Exposition Remedios Varo

Peintre et écrivaine née en Catalogne en 1908, Remedios Varo à traversé Barcelone, Paris et Marseille avant de faire du Mexique le pays de son œuvre.

Qui est Remedios Varo ?

Née le 16 décembre 1908 à Anglès, dans la province de Gérone, Remedios Varo grandit dans une famille cultivée que le métier du père, ingénieur hydraulicien, déplace à travers l’Espagne et l’Afrique du Nord avant l’installation madrilène de 1917.

Pourquoi cette page est utile

Cette page sert surtout à situer Remedios Varo dans le catalogue, même quand peu d’expositions lui sont encore directement reliées.

Une enfance itinérante et l’Académie San Fernando

Née le 16 décembre 1908 à Anglès, dans la province de Gérone, Remedios Varo grandit dans une famille cultivée que le métier du père, ingénieur hydraulicien, déplace à travers l’Espagne et l’Afrique du Nord avant l’installation madrilène de 1917. Ce père lui enseigne le dessin technique; l’école catholique lui donne une discipline contre laquelle elle se révolte. À dix-sept ans, elle est l’une des très rares femmes admises à la Real Academia de Bellas Artes de San Fernando, dont elle sort diplômée en 1930 avec une habilitation à enseigner le dessin.

Barcelone, les logicophobistes et les premiers collages

Mariée en 1930 au peintre anarchiste Gerardo Lizarraga, elle s’établit à Barcelone et s’y lie avec Esteban Francés et Óscar Domínguez. Elle y pratique le collage et le cadavre exquis: le Centre Pompidou date de 1935 La Leçon d’anatomie, gouache et reproductions de magazines découpées sur carton, réalisée avec dix autres collages dont La Traversée, Le Message, Pianiste masqué et Famille de cygnes. La même année, un cadavre exquis composé avec Francés, Domínguez et Marcel Jean rejoindra le Museum of Modern Art de New York. En 1936, elle participe à l’unique exposition du groupe logicophobiste, qui revendique le lien entre art, littérature et métaphysique.

Paris, Benjamin Péret et le piège de la guerre

Elle rencontre le poète Benjamin Péret en 1936, fuit l’Espagne avec lui et s’installe à Paris en 1937, année de leur mariage. Le couple est aussitôt absorbé par les activités du groupe surréaliste: elle expose avec eux et publie des dessins dans leurs revues. Le franquisme lui interdit tout retour au pays, et son activité picturale française reste largement alimentaire. Les engagements marxistes de Péret la rattrapent: arrêtée et détenue au début de l’année 1940, elle quitte Paris devant l’avancée allemande, se réfugie à Marseille avec Victor Brauner dans la villa Air-Bel où s’agrègent les surréalistes en partance, et embarque à la fin de 1941 pour le Mexique.

Mexico: de la commande publicitaire à l’atelier

Au Mexique, Varo retrouve le cercle des exilés européens et noue avec Leonora Carrington une amitié qui devient une collaboration. Pendant les années 1940, elle fabrique des dioramas et de petits décors de théâtre pour le bureau britannique de propagande antifasciste, travaille comme décoratrice et costumière, et signe des illustrations pharmaceutiques pour la Casa Bayer — un corpus publicitaire minutieux devenu depuis un objet d’étude universitaire à part entière. C’est seulement à partir de 1953, une fois installée avec l’éditeur Walter Gruen, qu’elle se consacre exclusivement à la peinture.

La décennie décisive et une mort prématurée

Les dix dernières années sont celles de son style reconnaissable: figures hybrides d’une précision de miniaturiste, architectures impossibles, véhicules ingénieux qui fusionnent avec leurs passagers. Elle imagine l’Homo rodans, ancêtre facétieux de l’Homo sapiens dont le bas du corps est une roue, le décrit dans un faux traité pseudo-archéologique puis en fabrique la sculpture avec des os de volaille et des arêtes de poisson. Elle meurt d’une crise cardiaque à Mexico le 8 octobre 1963, à cinquante-quatre ans, au moment précis où sa notoriété s’installait; l’Art Institute of Chicago conserve une nature morte de cette dernière année.

La pratique en bref

Médiums: Huile sur panneau et sur toile, Gouache, Collage, Dessin (crayon, encre), Sculpture d’assemblage, Décor et costume, Écriture.

Techniques: Fumage, Frottage, Décalcomanie, Cadavre exquis, Incrustation de nacre dans le panneau peint, Dessin de précision hérité du dessin technique.

Motifs récurrents: Alchimie et sciences occultes, Quête initiatique et voyage, Machines et véhicules hybrides, Architectures et paysages fantastiques, Religion, spiritualité et éducation religieuse, Mythes, contes et légendes, Humour noir.

Les années parisiennes, 1937-1941

Paris n’est pas pour Varo une étape de formation mais un exil. Elle y arrive en 1937 dans le sillage de Benjamin Péret, qu’elle épouse la même année, et le couple est immédiatement intégré aux activités du groupe surréaliste: elle expose avec lui et donne des dessins à ses publications. Le franquisme lui ferme le retour en Espagne; sa peinture parisienne reste surtout un gagne-pain. En 1940, l’engagement marxiste de Péret vaut à Varo d’être arrêtée et détenue, avant qu’elle ne quitte la capitale devant l’invasion allemande.

Une œuvre de Varo dans les collections nationales françaises

Le Centre Pompidou conserve La Leçon d’anatomie, collage de gouache et de reproductions de magazines découpées et collées sur carton, 24 × 32 cm, non signé et non daté, rattaché à 1935 et entré au Cabinet d’art graphique par le don de M. et Mme Jean-Paul Kahn en 2002, sous le numéro d’inventaire AM 2002-96. La notice du musée le rattache à la série de onze collages exécutés à Barcelone. Le bâtiment de Beaubourg étant fermé depuis l’automne 2025 pour une rénovation qui court jusqu’en 2030, cette feuille n’est pas visible sur place actuellement.

Un relais parisien avant même son arrivée

Le lien avec Paris précède l’installation de 1937: depuis Barcelone, Varo communiquait avec les surréalistes parisiens par l’intermédiaire de Marcel Jean, avec qui elle signe précisément, en 1935, le cadavre exquis aujourd’hui conservé à New York, aux côtés d’Esteban Francés et d’Óscar Domínguez. Après sa mort, André Breton écrivait encore dans La Brèche, en décembre 1964, que l’œuvre de Remedios s’était accomplie au Mexique mais que le surréalisme la revendiquait tout entière.

Où voir ses œuvres

Centre Pompidou, Musée national d’art moderne (Paris) — Conserve La Leçon d’anatomie (1935) au Cabinet d’art graphique; bâtiment fermé pour rénovation depuis l’automne 2025 jusqu’en 2030.

The Museum of Modern Art (New York) — Trois œuvres en ligne, dont le cadavre exquis de 1935, The Tower (1947) et The Juggler (The Magician) (1956).

The Art Institute of Chicago (Chicago) — Conserve Naturaleza muerta resucitando (1963) et a présenté l’exposition «  Remedios Varo: Science Fictions ».

Museo de Arte Moderno (Mexico) — A consacré à l’artiste l’exposition «  Adictos a Remedios Varo. Nuevo Legado 2018 », du 19 octobre 2018 au 28 février 2019.

Louisiana Museum of Modern Art (Humlebæk) — Programme une exposition monographique du 18 septembre 2026 au 10 janvier 2027, en collaboration avec le Moderna Museet de Stockholm.

National Museum of Women in the Arts (Washington) — A organisé «  The Magic of Remedios Varo » en 2000, reprise au Mexican Fine Arts Center Museum de Chicago.

Repères chronologiques

1908-12-16 — Naissance à Anglès, dans la province de Gérone, d’un père ingénieur hydraulicien qui lui apprend le dessin technique.

1930 — Diplômée de la Real Academia de Bellas Artes de San Fernando à Madrid, avec l’habilitation à enseigner le dessin.

1935 — Série de onze collages exécutés à Barcelone, dont La Leçon d’anatomie, et cadavre exquis avec Francés, Domínguez et Marcel Jean.

1937 — Installation à Paris avec Benjamin Péret, qu’elle épouse, et entrée dans les activités du groupe surréaliste.

1940 — Arrêtée et détenue au début de l’année, elle fuit Paris devant l’invasion allemande et gagne la zone sud.

1941 — Après un refuge marseillais à la villa Air-Bel avec Victor Brauner, elle obtient un passage vers le Mexique.

1953 — Installée avec l’éditeur Walter Gruen, elle se consacre pour la première fois exclusivement à la peinture.

1956 — The Juggler (The Magician), huile et incrustation de nacre sur panneau, aujourd’hui au Museum of Modern Art de New York.

1963-10-08 — Mort d’une crise cardiaque à Mexico, à cinquante-quatre ans, alors que sa notoriété s’installait.

2002 — Don de M. et Mme Jean-Paul Kahn: La Leçon d’anatomie entre au Cabinet d’art graphique du Centre Pompidou.

2023 — Le Art Institute of Chicago présente «  Remedios Varo: Science Fictions », monographie accompagnée d’archives de l’artiste.

2026-09-18 — Ouverture au Louisiana Museum of Modern Art d’une monographie coproduite avec le Moderna Museet de Stockholm.

Remedios Varo & Paris

Paris reste ici le meilleur angle de lecture pour relier Remedios Varo à des lieux concrets, des expositions visibles et une géographie culturelle facile à parcourir.

Questions fréquentes

tout ce qu’il faut savoir

Peut-on voir une œuvre de Remedios Varo à Paris ?

Une seule est conservée dans une collection publique parisienne : La Leçon d'anatomie, collage de 1935 entré au Centre Pompidou en 2002 sous l'inventaire AM 2002-96. Le bâtiment de Beaubourg étant fermé depuis l'automne 2025 pour une rénovation qui s'achève en 2030, cette feuille n'est pas accrochée sur place aujourd'hui.

Pourquoi Remedios Varo a-t-elle quitté la France en 1941 ?

Réfugiée espagnole à laquelle le franquisme interdisait tout retour, elle est arrêtée et détenue au début de 1940 en raison des engagements marxistes de Benjamin Péret. Elle fuit Paris devant l'invasion allemande, se réfugie à Marseille à la villa Air-Bel avec Victor Brauner, puis embarque à la fin de 1941 vers le Mexique.

Qu'est-ce que l'Homo rodans inventé par Remedios Varo ?

C'est un ancêtre humoristique de l'Homo sapiens dont la partie inférieure du corps se réduit à une roue. Varo le décrit d'abord dans un faux traité pseudo-archéologique, De Homo rodans, puis en fabrique le modèle sculpté la même année à partir d'os de volaille et d'arêtes de poisson.

Remedios Varo était-elle espagnole ou mexicaine ?

Les deux : la notice du Centre Pompidou lui reconnaît la nationalité espagnole et la nationalité mexicaine. Née à Anglès en 1908, elle s'installe définitivement au Mexique après 1941 et y meurt en 1963 ; c'est là que se joue l'essentiel de son œuvre peinte.

Quelles techniques surréalistes Remedios Varo emploie-t-elle ?

Elle combine le fumage, le frottage et la décalcomanie avec un dessin d'une précision héritée du dessin technique appris auprès de son père ingénieur. Elle a aussi pratiqué le collage et le cadavre exquis, et incrusté de la nacre dans le panneau peint de The Juggler (The Magician), daté de 1956.

De quoi vivait Remedios Varo avant de peindre à plein temps ?

De commandes appliquées : dioramas et petits décors de théâtre pour le bureau britannique de propagande antifasciste, décoration, costumes de scène, et surtout illustrations publicitaires pour la Casa Bayer, signées Uranga, aujourd'hui étudiées comme un corpus à part entière. Elle ne se consacre à la peinture qu'à partir de 1953.