Exposition Paris

Exposition René Magritte

Peintre belge né à Lessines le 21 novembre 1898 et mort à Bruxelles le 15 août 1967, René Magritte a fait de la peinture la plus neutre possible l’instrument d’un doute radical sur l’image.

Qui est René Magritte ?

René François Ghislain Magritte naît à Lessines le 21 novembre 1898, dans une famille où le père, représentant puis inspecteur général d’une société d’huile et de margarine, tient peu de l’amateur d’art.

Pourquoi cette page est utile

Cette page sert surtout à situer René Magritte dans le catalogue, même quand peu d’expositions lui sont encore directement reliées.

Une enfance en Hainaut, une entrée oblique dans la peinture

René François Ghislain Magritte naît à Lessines le 21 novembre 1898, dans une famille où le père, représentant puis inspecteur général d’une société d’huile et de margarine, tient peu de l’amateur d’art. L’enfant suit dès 1910, à Châtelet, un cours de peinture dans l’atelier de Félicien Defoin, mais ce sont les affiches de cinéma, les illustrés et le personnage de Fantômas, découvert à partir de 1911, qui façonnent son imagerie. Sa mère, dépressive, se suicide par noyade dans la Sambre en février 1912; l’épisode restera tu toute sa vie, et Magritte refusera qu’on y cherche la clef de ses tableaux.

Bruxelles, De Chirico et le groupe surréaliste belge

En octobre 1915, Magritte abandonne ses études et s’installe à Bruxelles, rue du Midi, à deux pas de l’Académie des beaux-arts, où il croisera Paul Delvaux; il gagne d’abord sa vie par des travaux de commande, affiches publicitaires et motifs de papier peint. C’est son ami Marcel Lecomte qui lui fait découvrir Dada puis la peinture de Giorgio de Chirico, dont il dira que «  mes yeux ont vu la pensée pour la première fois ». Il rejoint le groupe du surréalisme belge fondé en 1926 par Paul Nougé, scientifique de formation, qui oriente sa peinture vers une méthode plutôt que vers l’inconscient.

Trois années en région parisienne (1927-1930)

De 1927 à 1930, Magritte s’installe en région parisienne: le séjour le rapproche des surréalistes français et d’André Breton, dont il ne tarde pas à se brouiller, celui-ci jugeant son mode de vie «  trop bourgeois ». Ces années sont pourtant décisives sur le plan pictural: c’est la période des premiers tableaux-mots, où l’image d’un objet est confrontée à une inscription arbitraire, et celle d’un style volontairement académique mis au service d’images inquiétantes, comme Le Ciel meurtrier (1927), qui reprend le motif de l’oiseau dévoré du Plaisir peint la même année. Magritte rentre en Belgique en 1930.

Le tournant «  raisonnant » des années 1930

Dans une conférence de 1936, Magritte désigne lui-même Les Affinités électives, peint en 1932, comme le pivot de son œuvre: l’œuf enfermé dans la cage remplace l’oiseau, et la logique se substitue à la «  rencontre fortuite » chère au premier surréalisme. Commence alors une méthode par «  problèmes » — le problème de la femme, de la chaise, des souliers, de la pluie — dont Le Modèle rouge (1935), petit format montrant des chaussures en peau de pied, est l’un des aboutissements. La production augmente, les expositions se multiplient, et le vocabulaire magrittien se fixe durablement.

La «  période Renoir » et le manifeste de 1946

Convaincu que la défaite allemande à Stalingrad annonce la fin du conflit, Magritte se veut à partir de 1943 prophète du bonheur et adopte une facture claire, colorée, ouvertement empruntée à Auguste Renoir. Cette «  période Renoir » court jusqu’en 1947 et compte une cinquantaine de peintures, des gouaches et de nombreux dessins, dont des illustrations pour Sade, Bataille, Éluard et Lautréamont. Loin d’y voir une parenthèse, Magritte en fait la base d’une réforme du surréalisme: en octobre 1946, il adresse à André Breton son manifeste Le Surréalisme en plein soleil.

La riposte «  vache » et la consécration tardive

Le refus opposé par Breton conduit Magritte à liquider sa manière solaire par une provocation: invité à tenir en mai 1948 sa première exposition personnelle à Paris, il exécute en cinq semaines dix-sept huiles et une vingtaine de gouaches d’une truculence criarde, qu’il baptisera sa période «  vache » — envers trivial et complice du «  fauve » de Derain, Matisse et Braque. Après ce coup de force, les décennies suivantes sont celles du travail sur la répétition et sur les grandes images magrittiennes qui feront son succès. Il meurt à Bruxelles le 15 août 1967, des suites d’un cancer du pancréas.

La pratique en bref

Médiums: huile sur toile, gouache, dessin, gravure, objet peint, affiche, papier peint, photographie et films amateurs.

Techniques: mode de représentation neutre, volontairement académique, appliqué à des images troublantes, tableaux-mots: confrontation de l’image d’un objet et d’une inscription arbitraire, méthode par «  problèmes » posés puis résolus (la femme, la chaise, les souliers, la pluie), huile sur toile marouflée sur contreplaqué (Le Stropiat, 1948), reprise pastiche d’une facture impressionniste pendant la période «  Renoir ».

Motifs récurrents: le rapport entre l’objet, son image et son nom, motifs récurrents: pommes, pipes, chapeaux melons, nuages, l’image mentale contre l’interprétation psychanalytique, l’humour corrosif et le dépaysement des objets quotidiens, la philosophie plutôt que le symbole: «  derrière, il y a le mur ».

Un séjour en région parisienne, puis une brouille

Le lien de Magritte avec Paris n’est pas celui d’un visiteur: de 1927 à 1930, il vit en région parisienne. Ce séjour le met en contact direct avec les surréalistes français et avec André Breton, mais la relation tourne court, Breton jugeant son mode de vie «  trop bourgeois ». Magritte repart en Belgique en 1930 sans avoir été absorbé par le groupe parisien — une distance qu’il cultivera ensuite, préférant à la psychanalyse chère aux surréalistes français une réflexion d’ordre philosophique sur l’image.

Mai 1948: la première exposition personnelle parisienne

C’est à Paris, et contre Paris, que Magritte joue son coup le plus violent. Invité à tenir en mai 1948 sa première exposition personnelle dans la capitale, à la galerie du Faubourg, il peint en cinq semaines dix-sept huiles et une vingtaine de gouaches délibérément criardes et bâclées, qui formeront sa période «  vache ». L’accrochage vise explicitement le surréalisme officiel parisien, qui avait rejeté quelques mois plus tôt son manifeste Le Surréalisme en plein soleil; l’exposition ne rencontre aucun succès commercial.

Magritte dans les collections publiques parisiennes

Le Musée national d’art moderne, au Centre Pompidou, conserve un ensemble de Magritte qui couvre plusieurs de ses périodes: Portrait de Georgette au bilboquet (1926), Le Double Secret (1927), Les Plantigrades (1935), Le Viol (1945), La Reine Sémiramis (1947), Le Bon Exemple (1953), Madame Récamier de David (1967), ainsi qu’une série de croquis de gouaches de 1947. S’y ajoute Le Stropiat, huile sur toile marouflée sur contreplaqué de 1948, acquise par achat en 1999 sous le numéro d’inventaire AM 1999-6: un témoin parisien de la période «  vache » née elle-même à Paris.

Deux grandes lectures parisiennes de l’œuvre

Paris a proposé au XXIe siècle deux relectures majeures de Magritte. Du 2 octobre 2016 au 19 janvier 2017, le Centre Pompidou présente en Galerie 2 «  René Magritte. La trahison des images », commissariat de Didier Ottinger: une centaine de tableaux, dessins et documents d’archives, centrés sur l’intérêt du peintre pour la philosophie. En 2021, le musée de l’Orangerie consacre avec le musée d’Orsay la première exposition entière à la «  période Renoir », sous le titre «  Magritte / Renoir. Le surréalisme en plein soleil », avec une soixantaine de peintures et une quarantaine de dessins.

Où voir ses œuvres

Musée Magritte Museum (Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique) (Bruxelles) — Plus grande collection Magritte au monde et plus important ensemble de la période «  vache », issue notamment des legs de Georgette Magritte et d’Irène Scutenaire-Hamoir.

Centre Pompidou, Musée national d’art moderne (Paris) — Conserve plusieurs peintures et gouaches de Magritte, dont Le Stropiat (1948, AM 1999-6), et a organisé la rétrospective «  La trahison des images » en 2016-2017.

Musée de l’Orangerie (Paris) — A présenté en 2021, avec le musée d’Orsay, «  Magritte / Renoir. Le surréalisme en plein soleil », première exposition consacrée à la période Renoir.

Los Angeles County Museum of Art (Los Angeles) — Conserve La trahison des images (Ceci n’est pas une pipe), 1929, présentée au 3e étage du BCAM.

Art Institute of Chicago (Chicago) — Conserve La durée poignardée (1938), ainsi que The Banquet (1958) et On the Threshold of Liberty (1937).

Tate Modern (Londres) — Conserve notamment Man with a Newspaper (1928), The Reckless Sleeper (1928) et The Annunciation (1930).

Repères chronologiques

1898-11-21 — Naissance de René Magritte à Lessines, dans le Hainaut, en Belgique.

1912 — Sa mère se suicide par noyade dans la Sambre, en février; Magritte taira l’épisode toute sa vie.

1915 — En octobre, il quitte ses études et s’installe à Bruxelles, rue du Midi, près de l’Académie des beaux-arts.

1926 — Il rejoint le groupe du surréalisme belge fondé par Paul Nougé et peint Portrait de Georgette au bilboquet.

1927-1930 — Séjour en région parisienne: rapprochement puis brouille avec André Breton et les surréalistes parisiens.

1929 — Il peint La trahison des images (Ceci n’est pas une pipe), aujourd’hui conservée au LACMA.

1932 — Les Affinités électives marquent le tournant «  raisonnant » de son œuvre, qu’il revendiquera en 1936.

1938 — Il peint La durée poignardée, entrée à l’Art Institute of Chicago par la collection Joseph Winterbotham.

1943-1947 — Période dite «  Renoir »: environ cinquante peintures d’une facture claire empruntée à Auguste Renoir.

1946-10 — Il adresse à André Breton son manifeste Le Surréalisme en plein soleil, qui sera rejeté.

1948-05 — Première exposition personnelle parisienne, galerie du Faubourg: dix-sept huiles de la période «  vache ».

1967-08-15 — Mort de René Magritte à Bruxelles, des suites d’un cancer du pancréas.

2016-10-02 — Ouverture au Centre Pompidou de la rétrospective «  La trahison des images », jusqu’au 19 janvier 2017.

2021-05-19 — Le musée de l’Orangerie ouvre «  Magritte / Renoir. Le surréalisme en plein soleil », jusqu’au 19 juillet 2021.

René Magritte & Paris

Paris reste ici le meilleur angle de lecture pour relier René Magritte à des lieux concrets, des expositions visibles et une géographie culturelle facile à parcourir.

Questions fréquentes

tout ce qu’il faut savoir

Pourquoi Magritte a-t-il écrit « Ceci n'est pas une pipe » sous une pipe ?

La trahison des images (1929) est un traité sur l'impossibilité de réconcilier le mot, l'image et l'objet : le tableau conteste la convention qui fait prendre l'image d'une chose pour la chose même. La présentation reprend les codes de la publicité, la légende cursive fonctionnant comme un slogan sous l'image, ce qui oblige le spectateur à affronter deux messages contradictoires.

Magritte a-t-il vécu à Paris ?

Il a vécu en région parisienne de 1927 à 1930. Ce séjour l'a rapproché des surréalistes français et d'André Breton, avec lequel il s'est rapidement brouillé, ce dernier jugeant son mode de vie « trop bourgeois ». Magritte est ensuite rentré en Belgique, tout en gardant avec le milieu surréaliste parisien une relation faite d'échanges et de ruptures.

Qu'est-ce que la « période vache » de Magritte ?

C'est l'ensemble des dix-sept huiles et de la vingtaine de gouaches peintes en cinq semaines pour sa première exposition personnelle parisienne, à la galerie du Faubourg, en mai 1948. Le mot « vache » est un renversement ironique et trivial du « fauve » de Derain, Matisse et Braque. L'exposition n'a rencontré aucun succès commercial et a heurté les surréalistes parisiens, qui s'y sont sentis visés.

Que désigne la « période Renoir » chez Magritte ?

Entre 1943 et 1947, Magritte adopte une manière claire et colorée empruntée à Auguste Renoir : une cinquantaine de peintures, des gouaches et de nombreux dessins, dont des illustrations pour Sade, Bataille, Éluard et Lautréamont. Il y voit non pas une parenthèse mais la base d'une réforme du surréalisme, formulée dans le manifeste Le Surréalisme en plein soleil envoyé à Breton en octobre 1946.

Où voir la plus grande collection d'œuvres de Magritte ?

Au Musée Magritte Museum, place Royale à Bruxelles, qui dépend des Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique : il détient la plus grande collection au monde du peintre et le plus important ensemble de sa période « vache ». On y trouve peintures, gouaches, dessins, gravures, croquis, objets peints, affiches, papier peint et photographies, issus d'achats et de legs.

Quelles œuvres de Magritte peut-on voir dans les collections publiques parisiennes ?

Le Musée national d'art moderne, au Centre Pompidou, conserve entre autres Portrait de Georgette au bilboquet (1926), Le Double Secret (1927), Les Plantigrades (1935), Le Viol (1945), La Reine Sémiramis (1947), Le Bon Exemple (1953) et Madame Récamier de David (1967), ainsi que Le Stropiat, huile de 1948 acquise en 1999 sous l'inventaire AM 1999-6.