Exposition Paris

Exposition Richard Serra

Sculpteur américain né à San Francisco en 1938 et mort en 2024, Richard Serra a fait de la plaque d’acier un instrument de mesure du corps et de l’espace.

Qui est Richard Serra ?

Richard Serra naît en 1938 à San Francisco.

Pourquoi cette page est utile

Cette page sert surtout à situer Richard Serra dans le catalogue, même quand peu d’expositions lui sont encore directement reliées.

De la Californie aux ateliers d’acier

Richard Serra naît en 1938 à San Francisco. Il étudie à l’université de Californie à Berkeley puis à Santa Barbara, où il obtient une licence de littérature anglaise, avant de rejoindre l’université Yale, à New Haven, pour une formation de peintre sanctionnée par un BFA puis un MFA. Ce détour par les lettres et la peinture explique en partie sa méthode: Serra n’aborde pas la sculpture par la statuaire mais par une liste d’opérations à effectuer sur la matière. Il meurt en 2024 à Orient, dans l’État de New York, après avoir vécu et travaillé entre New York et la pointe nord de Long Island.

New York, 1967-1970: le verbe avant la forme

À la fin des années 1960, Serra rédige «  Verb List », deux feuillets de graphite énumérant des actions — rouler, plier, découper, laisser tomber — aujourd’hui conservés au Museum of Modern Art de New York. Cette liste devient un programme: en 1968, «  Splashing » consiste à projeter du plomb fondu à la jonction du mur et du sol de l’entrepôt Castelli, lors de l’exposition «  Nine at Castelli ». Il commence à exposer chez Leo Castelli en 1968, y tient sa première exposition personnelle new-yorkaise l’année suivante, et le Pasadena Art Museum lui offre sa première exposition monographique en musée en 1970.

L’échelle du site et l’épreuve publique

À partir des années 1970, Serra conçoit des pièces indissociables de leur lieu: «  Terminal » (1977), quatre plaques d’acier autopatinable dressées à Bochum, ou «  Afangar » (1990), dix-huit colonnes de basalte plantées sur l’île de Videy, en Islande. Cette logique in situ le confronte au public: «  Tilted Arc », installée en 1981 sur la Federal Plaza de New York, provoque une contestation telle que l’administration fédérale américaine qui l’avait commandée la démonte et l’entrepose en banlieue de Washington. La destruction d’une œuvre par son commanditaire devient un cas d’école du droit des artistes.

Les courbes tordues et la consécration

En 1996-1997, les «  Torqued Ellipses » présentées au Dia Center for the Arts de New York introduisent des volumes d’acier cintrés dont les parois basculent, de sorte que le sol et le sommet ne décrivent pas la même figure. Cette recherche culmine avec «  The Matter of Time » (1994-2005), ensemble installé de façon permanente dans la galerie 104 du musée Guggenheim de Bilbao, qui va de la double ellipse à la spirale et transforme la salle entière en champ sculptural. Le Museum of Modern Art de New York lui consacre deux rétrospectives à vingt ans d’écart, «  Richard Serra/Sculpture » en 1986 et «  Richard Serra Sculpture: Forty Years » en 2007.

Un sculpteur qui dessine

Le dessin n’est pas chez Serra un travail préparatoire mais un second régime de sculpture. Le Centre Pompidou conserve «  N°9 » (1983-1984), dernier d’un ensemble réalisé d’après «  Clara-Clara »: la masse noire épaisse, obtenue au bâton d’huile, et la découpe de la partie basse y produisent une impression de poids comparable à celle d’une plaque. Le musée rappelle que dès 1971, en entreprenant ces grands dessins noirs, l’artiste cherchait un équivalent de sa sculpture dans un autre mode. Sa production filmée et vidéo, de «  Hand Catching Lead » (1968) à «  Steelmill / Stahlwerk » (1979), relève de la même attention aux gestes et aux matériaux.

La pratique en bref

Médiums: Acier autopatinable (Corten), Acier laminé à chaud, Plomb, Basalte, Bâton d’huile (paintstick) sur papier, Film 16 mm et vidéo.

Techniques: Projection de plomb fondu à l’angle du mur et du sol, Étaiement par la seule gravité, sans socle ni soudure, Plaques d’acier cintrées et gauchies (torsion) formant ellipses et spirales, Alignement de plaques verticales dans un volume architectural, Grands dessins noirs au bâton d’huile, découpés.

Motifs récurrents: Poids, masse et gravité, Équilibre et instabilité, Perception par la marche et le déplacement du corps, Rapport de l’œuvre à l’architecture et au site, Temporalité de l’expérience, Matériaux et procédés industriels.

1983: la première exposition française, au Centre Pompidou

Le Centre Georges Pompidou présente du 27 octobre 1983 au 2 janvier 1984 «  Richard Serra. Sculptures », première exposition de l’artiste en France. Le musée y montre des travaux anciens, les Prop pieces et la pièce monumentale «  Circuit ». «  Clara-Clara » est conçue spécialement pour accompagner cette exposition: deux courbes d’acier Corten de trente-six mètrès installées à l’entrée du jardin des Tuileries, côté place de la Concorde, dans la perspective des Champs-Élysées. La même année, la Georges Pompidou Art and Culture Foundation commande à l’artiste une très grande sculpture, «  Slat », destinée à La Défense.

Le destin parisien de «  Clara-Clara »

Trop lourde pour les planchers du musée, l’œuvre est dressée dans le jardin des Tuileries, entre le Jeu de Paume et le musée de l’Orangerie; le musée Carnavalet conserve une photographie d’Hervé Bernard qui l’y montre en avril 1984. En 1985, la Ville de Paris acquiert la sculpture et la transfère au parc de Choisy, dans le 13e arrondissement, avant de la retirer en 1993 et de la mettre en réserve. Remontée aux Tuileries en 2008 à l’occasion de Monumenta, elle relève depuis du Fonds municipal d’art contemporain; la mort de l’artiste en 2024 a relancé le débat sur son retour dans l’espace public parisien.

2008: «  Promenade » sous la verrière du Grand Palais

Pour la deuxième édition de Monumenta, du 7 mai au 15 juin 2008, Serra installe «  Promenade » dans la nef du Grand Palais: cinq plaques d’acier autopatinable de dix-sept mètrès de haut sur quatre de large, alignées à intervalles réguliers dans le grand axe du bâtiment. Le Centre Pompidou organise le 8 mai 2008 une rencontre-signature avec l’artiste autour de cet événement. La même année, «  Clara-Clara » retrouve provisoirement les Tuileries, faisant coexister à Paris deux dispositifs monumentaux de la même main.

Une présence durable dans les collections parisiennes

Le Centre Pompidou conserve une douzaine d’œuvres de Serra couvrant tous ses registres: sculptures comme «  Corner prop n°7 (For Nathalie) » (1983), donnée par l’artiste en 1984, films et vidéos de «  Hand Catching Lead » (1968) à «  Steelmill / Stahlwerk » (1979), et dessins tels que «  N°9 » (1983-1984). Sa présence parisienne est antérieure à sa monographie: il figurait déjà dans l’exposition «  Paris-New York » du Centre Pompidou, du 1er juin au 19 septembre 1977, puis dans «  Vidéo Vintage 1963-1983 » en 2012.

Où voir ses œuvres

Centre Pompidou, Musée national d’art moderne (Paris) — Organisateur de la première exposition française de l’artiste en 1983-1984 et détenteur d’une douzaine de ses œuvres; site fermé pour travaux de 2025 à 2030.

Jardin des Tuileries (Paris) — Lieu d’implantation de «  Clara-Clara » en 1983-1984, puis de sa réinstallation temporaire en 2008 pour Monumenta.

Grand Palais (Paris) — Nef occupée par «  Promenade » du 7 mai au 15 juin 2008, dans le cadre de Monumenta.

Parc de Choisy (Paris) — Emplacement de «  Clara-Clara » de 1985 à 1993, après son acquisition par la Ville de Paris.

Repères chronologiques

1938 — Naissance de Richard Serra à San Francisco, en Californie.

1967 — Rédaction de «  Verb List », inventaire d’actions à exercer sur la matière.

1968 — «  Splashing »: projection de plomb fondu au Castelli Warehouse, à New York.

1977 — Participation à l’exposition «  Paris-New York » du Centre Pompidou, du 1er juin au 19 septembre.

1981 — Installation de «  Tilted Arc » sur la Federal Plaza de New York, ensuite démontée.

1983-10-27 — Ouverture de «  Richard Serra. Sculptures » au Centre Georges Pompidou, jusqu’au 2 janvier 1984.

1983 — «  Clara-Clara » est dressée à l’entrée du jardin des Tuileries, côté place de la Concorde.

1985 — La Ville de Paris acquiert «  Clara-Clara » et la transfère au parc de Choisy, dans le 13e arrondissement.

1993 — Retrait de «  Clara-Clara » du parc de Choisy et mise en réserve par la Ville de Paris.

1994-2005 — Réalisation de «  The Matter of Time » pour la galerie 104 du musée Guggenheim de Bilbao.

2007 — Rétrospective «  Richard Serra Sculpture: Forty Years » au Museum of Modern Art de New York.

2008-05-07 — Ouverture de Monumenta 2008 au Grand Palais avec «  Promenade », jusqu’au 15 juin.

2024 — Mort de Richard Serra à Orient, dans l’État de New York, à l’âge de 85 ans.

Richard Serra & Paris

Paris reste ici le meilleur angle de lecture pour relier Richard Serra à des lieux concrets, des expositions visibles et une géographie culturelle facile à parcourir.

Questions fréquentes

tout ce qu’il faut savoir

Pourquoi « Clara-Clara » a-t-elle été installée dans le jardin des Tuileries plutôt qu'au Centre Pompidou ?

L'œuvre avait été conçue pour l'exposition de 1983 du Centre Pompidou, mais son poids interdisait de la poser sur les planchers du musée. Elle a donc été dressée en plein air, à l'entrée du jardin des Tuileries, entre le Jeu de Paume et le musée de l'Orangerie, dans l'axe de la place de la Concorde.

Où se trouve « Clara-Clara » aujourd'hui ?

La sculpture appartient à la Ville de Paris depuis 1985 et relève du Fonds municipal d'art contemporain. Démontée après Monumenta 2008, elle est conservée hors de la vue du public ; la mort de l'artiste en 2024 a relancé les appels à lui trouver un emplacement dans le centre historique de Paris.

Qu'est-ce que « Promenade », l'œuvre présentée au Grand Palais en 2008 ?

« Promenade » est une œuvre en cinq plaques d'acier autopatinable de dix-sept mètrès de haut sur quatre de large, alignées dans le grand axe de la nef du Grand Palais pour Monumenta, du 7 mai au 15 juin 2008. Le visiteur en fait l'expérience en marchant d'une plaque à l'autre.

Quelles œuvres de Richard Serra les collections parisiennes conservent-elles ?

Le Centre Pompidou en conserve une douzaine, dont la sculpture « Corner prop n°7 (For Nathalie) » (1983), donnée par l'artiste en 1984, le dessin « N°9 » (1983-1984) et plusieurs films et vidéos comme « Hand Catching Lead » (1968) ou « Steelmill / Stahlwerk » (1979).

Pourquoi l'acier de ses sculptures est-il roux ?

Serra emploie de l'acier autopatinable, dit Corten, dont la couche d'oxydation superficielle protège le métal et lui donne cette teinte brun-orangé. C'est le matériau de « Clara-Clara » comme des cinq plaques de « Promenade » et des installations permanentes du Qatar.

Qu'est-ce qu'une « prop piece » chez Richard Serra ?

Ce sont des pièces où des plaques et des rouleaux d'acier ou de plomb tiennent par leur seul appui mutuel, sans soudure ni fixation. « Corner prop n°7 (For Nathalie) », conservée au Centre Pompidou, mesure 280 sur 270 sur 200 centimètrès et joue de l'angle, du mur et du sol.