Exposition Paris

Exposition Robert Mapplethorpe

Robert Mapplethorpe (1946-1989) a fait de la chambre noire un atelier de sculpteur: nus masculins, orchidées et portraits de la scène new-yorkaise y reçoivent le même éclairage frontal, le même noir profond et la même rigueur de composition.

Qui est Robert Mapplethorpe ?

Né en 1946 à Floral Park, dans le Queens, Robert Mapplethorpe grandit dans une banlieue qu’il décrira comme «  un environnement très sûr » et un bon endroit d’où partir.

Pourquoi cette page est utile

Cette page sert surtout à situer Robert Mapplethorpe dans le catalogue, même quand peu d’expositions lui sont encore directement reliées.

Du Queens au Pratt Institute: une formation de plasticien

Né en 1946 à Floral Park, dans le Queens, Robert Mapplethorpe grandit dans une banlieue qu’il décrira comme «  un environnement très sûr » et un bon endroit d’où partir. Élevé dans un cadre catholique strict, quatrième d’une fratrie de six, il s’inscrit en 1963 au Pratt Institute de Brooklyn, où il étudie le dessin, la peinture et la sculpture — jamais la photographie. Ses premiers travaux sont des collages en techniques mixtes nourris d’images découpées dans des livres et des magazines, sous l’influence revendiquée de Joseph Cornell et de Marcel Duchamp. Cette entrée en art par l’objet et l’assemblage, longtemps éclipsée par les grands formats ultérieurs, éclaire toute la suite.

Le Polaroid, le Chelsea Hotel et Patti Smith

Mapplethorpe rencontre Patti Smith en 1967; ils s’installent ensemble au Chelsea Hotel de New York. En 1970, l’artiste et cinéaste Sandy Daley lui procure un appareil Polaroid dont il comptait d’abord tirer la matière de ses collages: il y trouve vite une justesse propre, disant se sentir «  plus honnête » ainsi. La Light Gallery de New York lui consacre en 1973 sa première exposition personnelle, intitulée «  Polaroids ». De cette période datent les images qui font de Patti Smith sa première modèle et sa complice: il signe les pochettes de son recueil Witt en 1973, de l’album Horses en 1975, de Waves en 1979 puis de Dream of Life en 1988.

Sam Wagstaff, le Hasselblad et la fabrique du studio

En 1975, son mécène et compagnon Sam Wagstaff lui offre un Hasselblad 500: Mapplethorpe abandonne l’instantané pour le moyen format et commence à photographier son cercle — artistes, musiciens, mondains, vedettes de cinéma et membres de l’underground S&M. Il mène en parallèle des commandes: pochettes de disques pour Patti Smith et Television, portraits et images de soirées pour Interview Magazine. La reconnaissance institutionnelle suit vite: participation à la Documenta 6 de Cassel en 1977, puis représentation exclusive par la Robert Miller Gallery de New York à partir de 1978.

Les années 1980: classicisme, provocation et accélération

La rencontre de Lisa Lyon, première championne du monde de culturisme féminin, en 1980, ouvre plusieurs années de collaboration: série de portraits et d’études de figure, un film et le livre Lady: Lisa Lyon. Durant la décennie, Mapplethorpe multiplie les procédés — Polaroid couleur 20 × 24 pouces, photogravure, tirage au platine sur papier et sur lin, Cibachrome, dye transfer. En 1986, il conçoit les décors du spectacle Portraits in Reflection de Lucinda Childs, réalise une série de photogravures pour Une saison en enfer d’Arthur Rimbaud, et reçoit du commissaire Richard Marshall la commande des portraits du livre 50 New York Artists.

Diagnostic, Whitney, fondation: les trois dernières années

Diagnostiqué séropositif au sida en 1986, Mapplethorpe accélère au lieu de ralentir: il élargit son champ d’enquête photographique et accepte des commandes de plus en plus exigeantes. Le Whitney Museum of American Art lui consacre en 1988 sa première grande rétrospective muséale américaine, un an avant sa mort en 1989. Le 27 mai 1988, il crée la Robert Mapplethorpe Foundation avec deux mandats explicites: faire reconnaître la photographie au même rang que la peinture et la sculpture, et financer la recherche médicale contre le VIH et le sida. La fondation deviendra l’instrument principal de la diffusion de son œuvre.

Après 1989: le procès de Cincinnati et la dispersion raisonnée du fonds

Le fonds documentaire conservé au Getty Research Institute conserve la trace du procès retentissant de Cincinnati en 1990, où l’exposition de ses photographies fut portée devant la justice américaine. La fondation organise ensuite la répartition de l’œuvre: don historique au Solomon R. Guggenheim en 1993 — création de la galerie Robert Mapplethorpe et de plus de deux cents œuvres choisies par le musée —, puis galeries permanentes au Whitney, au Hessel Museum of Art de Bard College et à la Scottish National Portrait Gallery. En 2011, l’archive rejoint le Getty Research Institute et un ensemble encyclopédique entre au J. Paul Getty Museum en copropriété avec le LACMA.

La pratique en bref

Médiums: photographie argentique noir et blanc, Polaroid, collage et techniques mixtes, assemblage, dessin.

Techniques: épreuve gélatino-argentique, souvent collée sur carton, Polaroid couleur grand format 20 × 24 pouces, photogravure, tirage au platine sur papier et sur lin, Cibachrome, dye transfer.

Motifs récurrents: nu masculin, portrait de studio (artistes, musiciens, figures mondaines), autoportrait, fleurs et natures mortes, étude de figure et corps sculpté, documentation de l’underground S&M new-yorkais, beauté classique et provocation.

Paris, première capitale européenne à l’exposer en musée

Le Centre Georges Pompidou présente «  Robert Mapplethorpe » du 11 mai au 19 juin 1983, soit cinq ans avant la rétrospective du Whitney à New York: Paris voit donc l’œuvre en institution publique avant que l’Amérique ne la consacre. Le lien avec la ville se prolonge en collection: le Musée national d’art moderne conserve ses photographies au Cabinet de la photographie, parmi lesquelles «  Jimmy Freeman » (1981), épreuve gélatino-argentique collée sur carton de 49,6 × 39,7 cm, tirage 7/10, entrée par donation de Daniel Cordier en 1989 — l’année même de la mort de l’artiste. «  Self Portrait in Drag » (1980) et «  Ken Moody » (1983) figurent au même inventaire.

Le dialogue avec Rodin, en 2014, au musée Rodin

Du 8 avril au 21 septembre 2014, le musée Rodin accueille «  Mapplethorpe/Rodin », confrontation directe entre les photographies et les sculptures du maître de l’hôtel Biron. Le rapprochement n’est pas décoratif: il met en évidence ce que la formation de sculpteur de Mapplethorpe au Pratt Institute avait laissé dans ses cadrages — le corps traité comme volume, l’éclairage employé comme un ciseau, le nu envisagé comme une étude d’anatomie autant que comme un objet de désir. La même année, une exposition itinérante Robert Mapplethorpe 2014-2015 passe par le Grand Palais avant le musée Kiasma d’Helsinki; la fondation n’en précise pas les dates.

Une présence marchande parisienne continue depuis 2005

Paris est aussi, depuis vingt ans, un laboratoire de relectures de l’œuvre confiées à des personnalités extérieures au monde de la photographie. La Galerie Thaddaeus Ropac a présenté des accrochages successivement conçus par Hedi Slimane (2005), Sofia Coppola (2011-2012), Peter Marino («  XYZ », 2016), puis «  Objects » (2017), «  30 Years in Paris » (2020-2021) et un accrochage d’Edward Enninful du 2 mars au 6 avril 2024. Saint Laurent Rive Droite a exposé une sélection réunie par Anthony Vaccarello du 17 février au 7 avril 2022, tandis que la Galerie Baudoin Lebon avait montré l’artiste dès 1989, puis ses autoportraits en 1996 et un accrochage avec Patti Smith en 1998.

Où voir ses œuvres

Centre Pompidou, Musée national d’art moderne (Paris) — Conserve des photographies de Mapplethorpe au Cabinet de la photographie et lui a consacré une exposition personnelle du 11 mai au 19 juin 1983.

Musée Rodin (Paris) — A présenté «  Mapplethorpe/Rodin » du 8 avril au 21 septembre 2014, confrontation des photographies aux sculptures de Rodin.

Grand Palais (Paris) — Étape parisienne de l’exposition itinérante Robert Mapplethorpe 2014-2015, partagée avec le musée Kiasma d’Helsinki; dates non précisées par la fondation.

Galerie Thaddaeus Ropac (Paris) — Présente régulièrement l’œuvre depuis 2005, avec des accrochages confiés à Hedi Slimane, Sofia Coppola, Peter Marino et Edward Enninful.

Getty Research Institute (Los Angeles) — Conserve depuis 2011 l’archive Robert Mapplethorpe, dont plus de 200 œuvres uniques antérieures à 1975.

Tate et National Galleries of Scotland (Londres et Édimbourg) — Copropriétaires du fonds ARTIST ROOMS qui réunit portraits et autoportraits prêtés par la Robert Mapplethorpe Foundation en 2014.

Repères chronologiques

1946 — Naissance de Robert Mapplethorpe à Floral Park, dans le Queens, à New York.

1963 — Inscription au Pratt Institute de Brooklyn, où il étudie le dessin, la peinture et la sculpture.

1970 — Acquisition d’un appareil Polaroid auprès de l’artiste et cinéaste Sandy Daley; passage du collage à la photographie.

1973 — Première exposition personnelle, «  Polaroids », à la Light Gallery de New York.

1975 — Sam Wagstaff lui offre un Hasselblad 500: début des portraits au moyen format.

1977 — Participation à la Documenta 6 de Cassel, en Allemagne de l’Ouest.

1978 — La Robert Miller Gallery de New York devient son marchand exclusif.

1980 — Rencontre de Lisa Lyon, première championne du monde de culturisme féminin, et début de leur collaboration.

1983 — Exposition personnelle «  Robert Mapplethorpe » au Centre Georges Pompidou, du 11 mai au 19 juin.

1986 — Diagnostic du sida; décors pour Lucinda Childs et photogravures d’après Une saison en enfer de Rimbaud.

1988-05-27 — Création de la Robert Mapplethorpe Foundation, dont il préside le premier conseil d’administration.

1988 — Première grande rétrospective muséale américaine au Whitney Museum of American Art.

1989 — Mort de Robert Mapplethorpe; donation de «  Jimmy Freeman » au Centre Pompidou par Daniel Cordier.

1990 — Procès de Cincinnati autour de l’exposition de ses photographies, documenté dans son archive.

1993 — Don de la fondation au Solomon R. Guggenheim: galerie Robert Mapplethorpe et plus de 200 œuvres.

2011 — L’archive rejoint le Getty Research Institute; les œuvres entrent au Getty Museum en copropriété avec le LACMA.

2014 — «  Mapplethorpe/Rodin » au musée Rodin, à Paris, du 8 avril au 21 septembre.

2024 — Accrochage parisien conçu par Edward Enninful à la Galerie Thaddaeus Ropac, du 2 mars au 6 avril.

Robert Mapplethorpe & Paris

Paris reste ici le meilleur angle de lecture pour relier Robert Mapplethorpe à des lieux concrets, des expositions visibles et une géographie culturelle facile à parcourir.

Questions fréquentes

tout ce qu’il faut savoir

Pourquoi Robert Mapplethorpe photographie-t-il comme un sculpteur ?

Parce qu’il a d’abord été formé à cela : inscrit au Pratt Institute de Brooklyn en 1963, il y étudie le dessin, la peinture et la sculpture, et non la photographie. Ses premières œuvres sont des collages et des assemblages influencés par Joseph Cornell et Marcel Duchamp ; l’appareil n’arrive qu’en 1970, d’abord comme fournisseur de matière pour ces collages.

Quel rôle Patti Smith a-t-elle joué dans son œuvre ?

Rencontrée en 1967, elle est sa première modèle, sa compagne de vie au Chelsea Hotel puis sa collaboratrice durable. Il photographie les pochettes de son recueil Witt (1973), de Horses (1975), de Waves (1979) et de Dream of Life (1988) ; elle signe en retour la préface de Flowers, livre d’études florales publié quelques mois après la mort du photographe.

Peut-on voir des œuvres de Mapplethorpe dans une collection publique parisienne ?

Oui : le Centre Pompidou conserve ses photographies au Cabinet de la photographie du Musée national d’art moderne, notamment « Jimmy Freeman » (1981), épreuve gélatino-argentique collée sur carton de 49,6 × 39,7 cm entrée par donation de Daniel Cordier en 1989, ainsi que « Self Portrait in Drag » (1980) et « Ken Moody » (1983). Leur présentation dépend de la programmation du musée.

Qu’était l’exposition « Mapplethorpe/Rodin » du musée Rodin ?

Une confrontation présentée du 8 avril au 21 septembre 2014 entre les photographies de Mapplethorpe et les sculptures d’Auguste Rodin. Le rapprochement s’appuie sur une parenté de traitement du corps : volume, torsion et éclairage sculptant la chair, que la formation initiale de Mapplethorpe au dessin et à la sculpture rend particulièrement lisible.

Quels procédés de tirage Mapplethorpe a-t-il employés ?

Au-delà de l’épreuve gélatino-argentique qui reste sa signature, il a introduit et affiné dans les années 1980 le Polaroid couleur au format 20 × 24 pouces, la photogravure, le tirage au platine sur papier et sur lin, le Cibachrome et le dye transfer. Cette obsession du tirage explique la variété des états d’une même image en collection.

Où est conservée l’archive de l’artiste ?

Au Getty Research Institute de Los Angeles depuis 2011, sous l’intitulé « Robert Mapplethorpe papers and photographs, 1850-2011 » : des dizaines de Polaroids et plus de deux cents œuvres uniques antérieures à 1975, sa correspondance avec John McKendry, Patti Smith et Sam Wagstaff, et la documentation du procès de Cincinnati de 1990. Environ 1 900 photographies en édition limitée sont détenues conjointement par le Getty Museum et le LACMA.