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Cette page sert surtout à situer Robert Rauschenberg dans le catalogue, même quand peu d’expositions lui sont encore directement reliées.
Né en 1925 à Port Arthur, au Texas, et mort en 2008 à Captiva, en Floride, Robert Rauschenberg a passé sa vie à faire entrer le monde réel dans le tableau.
Milton Ernest Rauschenberg naît le 22 octobre 1925 à Port Arthur, ville de raffineries du golfe du Mexique, fils unique d’un employé de la compagnie d’électricité locale.
Cette page sert surtout à situer Robert Rauschenberg dans le catalogue, même quand peu d’expositions lui sont encore directement reliées.
Milton Ernest Rauschenberg naît le 22 octobre 1925 à Port Arthur, ville de raffineries du golfe du Mexique, fils unique d’un employé de la compagnie d’électricité locale. Élevé dans une famille de l’Église du Christ, il renonce à devenir prédicateur en découvrant que sa congrégation interdit la danse. En janvier 1947, il gagne Kansas City, y change son prénom pour Bob puis Robert, s’inscrit au Kansas City Art Institute grâce au GI Bill et enchaîne les petits métiers — étalages de vitrines, maquettes, décors de cinéma — dans un seul but: réunir de quoi partir étudier l’art à Paris.
De retour des États-Unis à l’automne 1948, Rauschenberg s’inscrit avec Susan Weil au Black Mountain College, en Caroline du Nord, après avoir lu dans Time un article consacré à la rigueur pédagogique de Josef Albers. Les deux hommes s’affrontent souvent, mais l’artiste reconnaîtra plus tard en Albers son professeur le plus important. Il y apprend le Werklehre, cette méthode issue du Bauhaus qui consiste à travailler à partir des propriétés intrinsèques des matériaux et à développer des techniques de « combinaison » de structures, de textures et de factures — l’exacte matrice conceptuelle des Combines à venir.
Entre 1951 et 1953, Rauschenberg exécute une série de travaux qui éprouvent les limites mêmes de la définition de l’art, dans le sillage des ready-made de Marcel Duchamp. Avec Erased de Kooning Drawing (1953), il cherche à savoir si une œuvre peut naître d’une pure soustraction. Après avoir gommé sans conviction ses propres feuilles, il comprend qu’il lui faut partir d’une œuvre indiscutable et demande un dessin à Willem de Kooning, qui accepte non sans réticence. Jasper Johns inscrit ensuite sous la feuille effacée le titre manuscrit qui fait tenir la pièce debout.
Entre 1954 et 1964, l’artiste forge le terme de « Combine » pour désigner des pièces qui fusionnent peinture et sculpture en une catégorie entièrement nouvelle. Bed (1955) est l’une des premières: faute de toile, il barbouille au crayon et éclabousse de peinture son propre oreiller, son drap et un couvre-lit, puis accroche l’ensemble au mur. Monogram (1955-1959) pousse le principe plus loin encore avec une chèvre angora empaillée, achetée d’occasion sur la Septième Avenue, cerclée d’un pneu; le critique Leo Steinberg y verra une surface réceptrice où l’on dépose des données plutôt qu’une fenêtre sur une autre réalité.
De 1962 à 1964, Rauschenberg réalise des peintures sérigraphiées où la reproduction mécanique lui permet de transcrire à grande échelle ses propres photographies et des images de la presse. Retroactive I (1963) est dominée par un John F. Kennedy saisi lors du deuxième débat présidentiel télévisé: l’écran avait été commandé juste avant l’assassinat, ce qui plongea l’artiste dans l’embarras. Ce vocabulaire d’images imprimées valut à Rauschenberg d’être rangé parmi les artistes pop, filiation qu’il a toujours refusée. Le 19 juin 1964, il reçoit le Grand Prix international de peinture de la 32e Biennale de Venise.
Le 25 septembre 1966, avec l’ingénieur Billy Klüver, Fred Waldhauer et Robert Whitman, Rauschenberg fonde Experiments in Art and Technology, structure destinée à faire travailler ensemble artistes et ingénieurs hors de toute finalité industrielle; il en sera vice-président, puis président de 1968 à 1972. Le même esprit de circulation anime le Rauschenberg Overseas Culture Interchange, mené de 1984 à 1991 et financé presque entièrement par l’artiste: de 1985 à 1990, ROCI se déploie au Mexique, au Chili, au Venezuela, en Chine, au Tibet, au Japon, à Cuba, en URSS, en Allemagne et en Malaisie, avant une exposition finale à Washington en 1991.
Médiums: peinture, assemblage d’objets trouvés, sculpture, sérigraphie sur toile, lithographie, dessin par report, photographie, décors, costumes et lumières de scène.
Techniques: combinaison d’objets de rebut et de surface peinte (« Combine »), effacement d’une œuvre existante comme geste créateur, report photomécanique par écran de soie sur toile peinte, intégration de dispositifs électroniques et sonores en collaboration avec des ingénieurs.
Motifs récurrents: abolition de la frontière entre l’art et la vie quotidienne, récupération et objet de rebut urbain, images de presse, politique américaine et culture télévisuelle, technologie, conquête spatiale et collaboration avec les ingénieurs, échange interculturel et liberté d’expression artistique.
Le 2 juin 1948, Rauschenberg embarque pour la France à bord du SS Marine Falcon et s’inscrit à l’Académie Julian grâce au GI Bill. Il y rencontre pendant l’été Susan Weil, élève de la même académie et pensionnaire de la même maison meublée, rue Stanislas. Déçu par l’enseignement et par l’apathie de ses condisciples, il déserte les cours pour arpenter les galeries avec elle et y découvre pour la première fois les modernes européens, Henri Matisse et Pablo Picasso au premier chef. Il peint alors avec fièvre, délaissant souvent le pinceau au profit de ses mains. Le séjour est bref: il rembarque au Havre le 23 septembre 1948.
C’est à Paris que Rauschenberg obtient sa première exposition personnelle française: du 27 avril au 8 juin 1961, la Galerie Daniel Cordier lui consacre une exposition accompagnée d’une brochure de David Myers. La galerie d’Ileana Sonnabend prend ensuite le relais et le montre à un rythme soutenu: deux accrochages successifs en février-mars 1963, « Rauschenberg: Première Exposition (Œuvres 1954-1961) » puis « Rauschenberg: Seconde Exposition (Œuvres 1962-1963) », un nouvel ensemble du 14 au 30 mai 1964, enfin les dessins pour l’Enfer de Dante de décembre 1964 à janvier 1965. La presse parisienne suit — L’Express, Aujourd’hui, Art International.
Le Centre Pompidou conserve Oracle (1962-1965), sculpture en cinq éléments réalisée avec l’ingénieur Billy Klüver: portière de voiture, conduits de ventilation, fenêtre, baignoire avec douche et escalier, assortis d’un système de radios captant les émissions du lieu où la pièce est présentée. Le public pouvait circuler entre les éléments et en modifier le comportement. Le musée avait déjà consacré à l’artiste l’exposition « Robert Rauschenberg, photographe », du 15 avril au 29 juin 1981, puis « Robert Rauschenberg — Combines (1953-1964) », du 11 octobre 2006 au 15 janvier 2007, accompagnée d’une rencontre autour d’Oracle le 26 novembre 2006.
Centre Pompidou — Musée national d’art moderne (Paris) — Conserve Oracle (1962-1965) et a présenté « Robert Rauschenberg, photographe » (1981) puis « Combines (1953-1964) » (2006-2007).
Galerie Ileana Sonnabend (Paris) — Galerie parisienne qui a diffusé son travail en Europe à partir de février 1963, avec quatre accrochages entre 1963 et janvier 1965.
Galerie Daniel Cordier (Paris) — Lieu de sa première exposition personnelle parisienne, du 27 avril au 8 juin 1961.
Académie Julian (Paris) — École où il s’inscrit en juin 1948 grâce au GI Bill et où il rencontre Susan Weil.
1925-10-22 — Naissance de Milton Ernest Rauschenberg à Port Arthur, ville de raffineries du Texas.
1947 — S’inscrit au Kansas City Art Institute, adopte le prénom Robert et économise pour étudier l’art à Paris.
1948-06 — Départ pour Paris sur le SS Marine Falcon et inscription à l’Académie Julian grâce au GI Bill.
1948-10 — Entre au Black Mountain College avec Susan Weil pour y suivre l’enseignement de Josef Albers.
1953 — Réalise Erased de Kooning Drawing, œuvre obtenue par effacement d’un dessin de Willem de Kooning.
1955 — Réalise Bed, l’un de ses premiers Combines, à partir de sa propre literie faute de toile.
1961 — Première exposition personnelle parisienne à la Galerie Daniel Cordier, du 27 avril au 8 juin.
1963 — Deux expositions successives à la Galerie Ileana Sonnabend à Paris, en février puis en mars.
1964-06-19 — Grand Prix international de peinture de la 32e Biennale de Venise, récompense controversée.
1966-09-25 — Cofonde Experiments in Art and Technology avec Billy Klüver, Fred Waldhauer et Robert Whitman.
1981 — Le Centre Georges Pompidou présente « Robert Rauschenberg, photographe », du 15 avril au 29 juin.
1984-1991 — Conduit le Rauschenberg Overseas Culture Interchange, projet d’échange artistique autofinancé.
2006 — Le Centre Pompidou consacre l’exposition « Combines (1953-1964) » à sa période fondatrice.
2008 — Mort de Robert Rauschenberg à Captiva, en Floride, où il avait installé son atelier.
Paris reste ici le meilleur angle de lecture pour relier Robert Rauschenberg à des lieux concrets, des expositions visibles et une géographie culturelle facile à parcourir.
C'est un terme forgé par l'artiste lui-même pour désigner les œuvres réalisées entre 1954 et 1964, où la peinture et la sculpture fusionnent en une catégorie inédite : des objets trouvés sont fixés sur un support traditionnel, et parfois le support disparaît entièrement, comme dans Bed (1955), fait d'un oreiller, d'un drap et d'un couvre-lit.
Pour vérifier qu'une œuvre pouvait naître d'un retrait de marques plutôt que de leur accumulation. Ayant jugé insuffisant d'effacer ses propres feuilles, il lui fallait une œuvre incontestable : il obtint donc, non sans réticence de l'intéressé, un dessin de Willem de Kooning, qu'il gomma laborieusement en 1953.
Oui, mais brièvement : parti de New York le 2 juin 1948 sur le SS Marine Falcon, il s'inscrit à l'Académie Julian, loge rue Stanislas dans la même pension que Susan Weil, puis rembarque au Havre le 23 septembre de la même année. Déçu par les cours, il passa l'essentiel de ces mois dans les galeries.
Le Musée national d'art moderne, au Centre Pompidou, conserve Oracle (1962-1965), sculpture en cinq éléments munie d'un système de radios, conçue avec l'ingénieur Billy Klüver. Sa présentation dépend toutefois des accrochages et de la disponibilité des salles : mieux vaut vérifier avant de se déplacer.
Le Rauschenberg Overseas Culture Interchange, conduit de 1984 à 1991 et financé presque entièrement par l'artiste, tire son nom de sa tortue domestique. Entre 1985 et 1990, il s'est déployé dans dix pays — du Mexique au Tibet, de Cuba à l'URSS — avant une exposition finale à la National Gallery of Art de Washington en 1991.
Les critiques l'ont rangé dans le pop art à cause de ses sujets et de son recours à la sérigraphie commerciale, notamment après son inclusion dans « Six Painters and the Object » au Guggenheim en 1963. Rauschenberg a toujours rejeté cette affiliation, revendiquant une démarche distincte de celle de Warhol ou Lichtenstein.