Pourquoi cette page est utile
Cette page sert surtout à situer Sigmar Polke dans le catalogue, même quand peu d’expositions lui sont encore directement reliées.
Peintre, photographe et verrier allemand, Sigmar Polke (Oels, 1941 – Cologne, 2010) a passé sa vie à saboter les certitudes de la peinture.
Né à Oels, en Silésie, en 1941, Polke grandit dans une Allemagne recomposée par l’après-guerre. Sa formation commence loin des beaux-arts: en 1959, il entre en apprentissage dans le vitrail à Düsseldorf.
Cette page sert surtout à situer Sigmar Polke dans le catalogue, même quand peu d’expositions lui sont encore directement reliées.
Né à Oels, en Silésie, en 1941, Polke grandit dans une Allemagne recomposée par l’après-guerre. Sa formation commence loin des beaux-arts: en 1959, il entre en apprentissage dans le vitrail à Düsseldorf. Ce passage par un métier d’atelier, où l’on manipule le verre, le plomb et la lumière avant de manipuler des idées, précède de deux ans seulement son entrée à la Kunstakademie de la même ville, où il étudie de 1961 à 1967 auprès de Gerhard Hoehme et de Karl Otto Götz. La technique apprise en 1959 lui reviendra cinquante ans plus tard, sous la forme d’une commande de vitraux.
En 1963, avec Gerhard Richter, Konrad Lueg et Manfred Kuttner, Polke présente à Düsseldorf, dans le magasin de meubles Berges, la manifestation « Leben mit Pop. Eine Demonstration für den kapitalistischen Realismus ». Le titre détourne la doctrine du réalisme socialiste pour la retourner contre la vitrine occidentale. Ce n’est pas une école mais une posture: s’emparer de la rhétorique visuelle des marchandises et de la publicité, et introduire par la même occasion en Allemagne des questions que le pop art américain venait de poser. Les tableaux à trame de points que Polke réalise dès 1964 en découlent directement.
Polke ne se contente pas de peindre sur une surface neutre: il peint sur des tissus d’ameublement imprimés, dont le motif industriel dialogue avec la figure, et il fait entrer dans ses préparations des laques, des couleurs thermosensibles, des pigments retirés du marché pour toxicité et des composés à base d’aluminium, de fer ou de potassium. Le conservateur Gary Garrels décrit un artiste qui se pense en collaborateur de ses matériaux et se réclame moins de la chimie moderne que de l’alchimie, contre l’ordre et le système, pour l’issue imprévue. Certaines œuvres en deviennent difficiles à conserver.
Le second versant de son travail est photographique, et longtemps resté privé: des centaines de tirages sans titre ni date, développés en malmenant les règles du laboratoire, voilés, surexposés, tachés. LE BAL, qui en a montré un ensemble inédit des années 1970 et 1980 issu de la collection de Georg Polke, y voit un « alchimiste de la matière photographique » autant qu’un chroniqueur féroce de son temps. Ce corpus prolonge par d’autres moyens la même méthode que la peinture: provoquer l’accident, puis en faire le sujet.
Polke expose aux documenta 5, 6 et 7 de Cassel, en 1972, 1977 et 1982, enseigne de 1977 à 1991 à la Hochschule für bildende Künste de Hambourg et conçoit en 1986 le pavillon allemand de la 42e Biennale de Venise. Le circuit muséal américain lui consacre en 2014 la rétrospective « Alibis: Sigmar Polke 1963–2010 » au Museum of Modern Art de New York. Sa dernière grande commande le ramène à son métier de départ: en 2009, il achève la refonte des verrières du Grossmünster de Zurich, un an avant sa mort à Cologne.
Médiums: peinture sur tissus imprimés, photographie argentique, vitrail, film, dessin et gouache, estampe et multiples.
Techniques: peinture à trame de points reprise de la reproduction imprimée, emploi de laques, de couleurs thermosensibles et de composés métalliques, développement photographique volontairement déréglé (voiles, taches, surexposition), verrière en verre coloré et en lames de pierre.
Motifs récurrents: imagerie publicitaire et société de consommation, détournement des doctrines de réalisme, à l’Est comme à l’Ouest, hasard chimique et instabilité de la matière, statut de l’image reproduite et de sa dégradation, questions politiques et médiatiques de l’Allemagne d’après-guerre.
Le lien parisien le plus tangible passe par les collections du Musée d’Art Moderne de Paris. L’institution y conserve « Walross (Morse) », peinture de 1984 inventoriée AMVP 2664, et « Schwarzer Ritter (Chevalier noir) », peinture de 1988 inventoriée AMVP 2663. Les deux ont été achetées la même année, en 1989, à la Galerie Claudine Papillon: une acquisition contemporaine de la production du second tableau, qui inscrit Polke dans les collections publiques de la Ville de Paris de son vivant et au plus près de son actualité d’atelier.
Le même musée conserve deux tirages gélatino-argentiques de 1974, « Peshawar, Pakistan » (AMVP 3617) et « Objets dans l’eau » (AMVP 3618), entrés par le legs Thierry Bignand en 2011. Leur présence est significative: elle documente à Paris le versant photographique de Polke, celui des voyages du milieu des années 1970 et des tirages travaillés en laboratoire, et non le seul peintre de grand format que les rétrospectives mettent d’ordinaire en avant.
Du 13 septembre au 22 décembre 2019, LE BAL a présenté « Les infâmies photographiques de Sigmar Polke », un ensemble de photographies inédites des années 1970 et 1980 provenant de la collection de Georg Polke. L’exposition était accompagnée de deux soirées d’étude menées par Bernard Marcadé, co-commissaire, avec notamment Jean-François Chevrier et Philippe Dagen, et d’un cycle de films. Paris a donc abordé Polke par sa photographie plutôt que par sa peinture, un angle rare dans son histoire d’expositions.
Musée d’Art Moderne de Paris (Paris) — conserve quatre œuvres de Polke: deux peintures achetées en 1989 et deux photographies de 1974 entrées par legs en 2011
LE BAL (Paris) — a consacré à sa photographie l’exposition « Les infâmies photographiques de Sigmar Polke » en 2019
Carré d’art – Musée d’art contemporain (Nîmes) — exposition monographique de 1994, dont le catalogue a été coédité par la Réunion des musées nationaux
Musée de Grenoble (Grenoble) — exposition monographique du 9 novembre 2013 au 2 février 2014, catalogue par Guy Tosatto et Bernard Marcadé
The Museum of Modern Art (New York) — rétrospective « Alibis: Sigmar Polke 1963–2010 » du 19 avril au 3 août 2014
1941 — Naissance à Oels, en Silésie, aujourd’hui Oleśnica en Pologne
1959 — Entre en apprentissage dans le vitrail à Düsseldorf
1961-1967 — Études à la Kunstakademie de Düsseldorf auprès de Gerhard Hoehme et Karl Otto Götz
1963 — Manifestation « Leben mit Pop » avec Richter, Lueg et Kuttner au magasin Berges, Düsseldorf
1972 — Première participation à la documenta de Cassel, suivie de celles de 1977 et 1982
1977-1991 — Enseigne à la Hochschule für bildende Künste de Hambourg
1986 — Conçoit le pavillon allemand de la 42e Biennale de Venise
1989 — Le Musée d’Art Moderne de Paris achète « Walross » et « Schwarzer Ritter » à la Galerie Claudine Papillon
2009 — Achève la refonte des verrières du Grossmünster de Zurich
2010 — Mort à Cologne, en Allemagne, à l’âge de soixante-neuf ans
2011 — Deux photographies de 1974 entrent au Musée d’Art Moderne de Paris par le legs Thierry Bignand
2014 — Rétrospective « Alibis: Sigmar Polke 1963–2010 » au Museum of Modern Art, New York
2019 — « Les infâmies photographiques de Sigmar Polke » au BAL, à Paris
Paris reste ici le meilleur angle de lecture pour relier Sigmar Polke à des lieux concrets, des expositions visibles et une géographie culturelle facile à parcourir.
C'est une posture inventée en 1963 à Düsseldorf par Polke, Gerhard Richter, Konrad Lueg et Manfred Kuttner, lors de la manifestation « Leben mit Pop » organisée dans le magasin de meubles Berges. Le nom parodie le réalisme socialiste pour viser l'imagerie marchande occidentale, et introduit en Allemagne des questions proches de celles du pop art.
Le Musée d'Art Moderne de Paris conserve quatre œuvres : les peintures « Walross (Morse) », 1984, et « Schwarzer Ritter (Chevalier noir) », 1988, achetées en 1989 à la Galerie Claudine Papillon, ainsi que deux photographies de 1974 léguées en 2011. Leur présentation dépend toutefois de l'accrochage du moment, qui n'est pas permanent.
Oui, mais longtemps sans le montrer. LE BAL a exposé en 2019 un ensemble inédit de tirages des années 1970 et 1980, sans titre ni date, issus de la collection de Georg Polke : une photographie affranchie des règles du laboratoire, où les voiles, les taches et les accidents de développement font partie de l'image finale.
Parce qu'il mêle sur un même support des laques, des couleurs thermosensibles, des pigments retirés du commerce pour leur toxicité et des composés à base d'aluminium, de fer ou de potassium, souvent appliqués sur des tissus imprimés. Cette chimie instable, revendiquée comme telle, fragilise durablement la matière des œuvres.
Le verre encadre toute sa trajectoire. Il entre en apprentissage dans le vitrail à Düsseldorf en 1959, avant même l'académie, et y revient un demi-siècle plus tard : en 2009, il achève la refonte des verrières du Grossmünster de Zurich, sa dernière grande commande publique, un an avant sa mort.
Le Museum of Modern Art de New York a présenté « Alibis: Sigmar Polke 1963–2010 » du 19 avril au 3 août 2014. En France, le Carré d'art de Nîmes lui avait consacré une monographie en 1994, avec un catalogue coédité par la Réunion des musées nationaux, et le Musée de Grenoble une autre du 9 novembre 2013 au 2 février 2014.