Exposition Paris

Exposition Suzanne Valadon

Née Marie-Clémentine Valadon à Bessines-sur-Gartempe en 1865 et morte à Paris en 1938, Suzanne Valadon a d’abord posé pour Puvis de Chavannes, Renoir et Toulouse-Lautrec avant de tenir elle-même le crayon.

Qui est Suzanne Valadon ?

Fille d’une blanchisseuse et d’un père inconnu, l’enfant est confiée à des tiers et reçoit une éducation sommaire; dès onze ans elle enchaîne les petits emplois à Paris, passe brièvement par un cirque, puis devient modèle.

Pourquoi cette page est utile

Cette page sert surtout à situer Suzanne Valadon dans le catalogue, même quand peu d’expositions lui sont encore directement reliées.

De la pose à la peinture, une formation dans les ateliers

Fille d’une blanchisseuse et d’un père inconnu, l’enfant est confiée à des tiers et reçoit une éducation sommaire; dès onze ans elle enchaîne les petits emplois à Paris, passe brièvement par un cirque, puis devient modèle. Entre 1880 et 1885, sous le sobriquet de «  Maria la terrible », elle pose pour Puvis de Chavannes, Renoir, Toulouse-Lautrec et Forain. C’est en les regardant travailler qu’elle apprend la peinture: l’atelier tient lieu d’école des beaux-arts à celle qui n’y aura jamais accès.

Degas, le dessin et l’entrée au Salon en 1894

Toulouse-Lautrec la pousse à montrer son travail à Edgar Degas, qui voit ses premiers nus, loue sa ligne et l’encourage à persévérer. Degas lui enseigne la gravure en taille-douce sur sa propre presse et lui présente le marchand Ambroise Vollard, qui éditera ses planches. En 1894, soutenue par le sculpteur Paul-Albert Bartholomé, elle expose cinq dessins au Salon de la Société nationale des beaux-arts — Degas en acquiert un —, devenant selon le Centre Pompidou la première femme admise à y exposer.

André Utter et l’audace du nu masculin

En 1909, alors âgée d’une quarantaine d’années, elle rencontre par l’intermédiaire de son fils Maurice Utrillo le peintre André Utter, de vingt et un ans son cadet; elle demande le divorce et s’éprend de lui. La même année naît «  Adam et Ève », grande toile où elle se représente nue aux côtés d’Utter. Pour l’exposer au Salon d’automne de 1920, il lui faudra masquer le sexe d’Adam derrière une guirlande de feuilles. Elle épouse André Utter en 1914.

Le 12, rue Cortot: l’atelier du «  trio infernal »

En 1912, Suzanne Valadon s’installe avec Maurice Utrillo et André Utter dans un atelier-appartement du 12, rue Cortot, à Montmartre. Le Musée de Montmartre, installé dans la Maison du Bel Air, en a réaménagé les lieux: le poêle a repris sa place, la mezzanine de l’atelier a été recréée et la chambre d’Utrillo a retrouvé ses lambris ainsi que le grillage de sa fenêtre. Le décorateur Hubert Le Gall a chiné les pièces de remplacement, tout le matériel d’origine ayant disparu.

Une reconnaissance longtemps confisquée par la légende

Reconnue de son vivant — sociétaire du Salon d’automne en 1920, vivant de son travail dès le début des années 1920 —, elle a longtemps été lue à travers ses amours, ses ruptures et l’alcoolisme de son fils plutôt que par son œuvre, comme le relève la notice du Musée national d’art moderne. Après la monographie du Musée national d’art moderne en 1967, Paris a attendu 2025 et la rétrospective du Centre Pompidou pour lui consacrer de nouveau une exposition personnelle.

La pratique en bref

Médiums: huile sur toile, dessin (crayon, sanguine, pastel), gravure en taille-douce, eau-forte.

Techniques: dessin à la ligne cernée, appris sans école et loué par Degas, gravure en taille-douce pratiquée sur la presse de Degas, peinture à l’huile en aplats colorés cernés d’un trait sombre, pastel, employé dès son premier autoportrait conservé.

Motifs récurrents: le nu féminin sans idéalisation ni voyeurisme, le nu masculin, rarissime sous un pinceau de femme à cette époque, l’autoportrait et le vieillissement du corps, la vie domestique et la toilette, le portrait de proches (Erik Satie, André Utter, Maurice Utrillo), natures mortes et paysages.

Montmartre, quartier de travail et de sujets

Tout se joue sur la Butte: c’est là qu’elle pose pour les peintres, là qu’elle rencontre Erik Satie à l’Auberge du Clou en janvier 1893, là qu’elle s’installe en 1912 avec Maurice Utrillo et André Utter au 12, rue Cortot. Le Musée de Montmartre, voisin immédiat, a réaménagé cet atelier-appartement, dont le poêle, la mezzanine et les lambris de la chambre d’Utrillo ont été rétablis d’après les lieux d’origine.

Où la voir dans les collections publiques parisiennes

Le Musée national d’art moderne, au Centre Pompidou, conserve le noyau parisien de son œuvre: «  Portrait d’Erik Satie », «  Adam et Ève » entré par achat de l’État en 1937, «  La Chambre bleue » donnée par Lord Joseph Duveen en 1926, ou encore «  Le Lancement du filet ». Le Musée d’Orsay détient «  Portraits de famille », peint en 1912 et donné aux Musées nationaux par M. Cahen-Salvador en 1976.

Des salons parisiens à la rétrospective de 2025

Sa carrière publique se déroule dans les institutions de la capitale: cinq dessins au Salon de la Société nationale des beaux-arts en 1894, expositions régulières au Salon des Indépendants et au Salon d’automne, dont elle devient sociétaire en 1920. Après la monographie que le Musée national d’art moderne lui consacre en 1967, il faut attendre le 15 janvier 2025 pour qu’une exposition personnelle lui soit de nouveau consacrée à Paris, au Centre Pompidou.

Où voir ses œuvres

Centre Pompidou, Musée national d’art moderne (Paris) — Conserve le principal ensemble parisien de ses œuvres («  La Chambre bleue », «  Adam et Ève », «  Portrait d’Erik Satie ») et lui a consacré la rétrospective du 15 janvier au 26 mai 2025.

Musée d’Orsay (Paris) — Conserve «  Portraits de famille », huile sur toile de 1912, don de M. Cahen-Salvador aux Musées nationaux en 1976 (inv. RF 1976 22).

Musée de Montmartre (Paris) — Présente l’atelier-appartement réaménagé qu’elle occupa à partir de 1912 avec Maurice Utrillo et André Utter, au 12, rue Cortot.

Musée d’arts de Nantes (Nantes) — Conserve «  Les Baigneuses » (1923) et a accueilli en 2024 l’étape nantaise de «  Suzanne Valadon. Un monde à soi ».

Barnes Foundation (Philadelphie) — A présenté «  Suzanne Valadon: Model, Painter, Rebel » du 26 septembre 2021 au 9 janvier 2022, première exposition qui lui ait été consacrée dans une grande institution américaine.

Repères chronologiques

1865 — Naissance de Marie-Clémentine Valadon à Bessines-sur-Gartempe, en Haute-Vienne.

1883 — Naissance de son fils Maurice, futur peintre Maurice Utrillo; elle exécute un autoportrait au pastel, sa plus ancienne œuvre conservée.

1892-1893 — Elle peint le «  Portrait d’Erik Satie », rencontré à l’Auberge du Clou à Montmartre, l’une de ses toutes premières toiles.

1894 — Soutenue par le sculpteur Paul-Albert Bartholomé, elle expose cinq dessins au Salon de la Société nationale des beaux-arts; Degas en achète un.

1909 — Rencontre d’André Utter par l’intermédiaire de Maurice Utrillo et exécution d’«  Adam et Ève », double portrait du couple nu.

1912 — Installation avec Maurice Utrillo et André Utter dans l’atelier-appartement du 12, rue Cortot, à Montmartre.

1914 — Mariage avec le peintre André Utter, de vingt et un ans son cadet, rencontré cinq ans plus tôt.

1920 — Elle est nommée sociétaire du Salon d’automne, où «  Adam et Ève » est exposé après ajout d’une guirlande de feuilles.

1923 — Elle peint «  La Chambre bleue », huile sur toile de 90 x 116 cm, alors qu’elle vit de son travail.

1937 — «  Adam et Ève » entre dans les collections nationales par achat de l’État, sous le numéro d’inventaire AM 2325 P.

1938 — Mort de Suzanne Valadon à Paris, à l’âge de soixante-douze ans.

1967 — Le Musée national d’art moderne lui consacre une monographie, du 17 mars au 30 avril, à Paris.

2025-01-15 — Ouverture au Centre Pompidou de la rétrospective «  Suzanne Valadon », première monographie parisienne depuis 1967, jusqu’au 26 mai.

Galerie

Suzanne Valadon & Paris

Paris reste ici le meilleur angle de lecture pour relier Suzanne Valadon à des lieux concrets, des expositions visibles et une géographie culturelle facile à parcourir.

Questions fréquentes

tout ce qu’il faut savoir

Pourquoi Marie-Clémentine Valadon signe-t-elle « Suzanne » ?

La légende rapportée par le Centre Pompidou attribue le surnom à Henri de Toulouse-Lautrec, qui aurait lancé à sa jeune modèle qu'à poser nue pour des vieux messieurs, elle ferait mieux de s'appeler Suzanne — allusion à l'épisode biblique de Suzanne et les vieillards. Ce sera son nom d'artiste.

Quel rôle Edgar Degas a-t-il joué dans sa carrière ?

Degas découvre ses premiers nus, loue sa ligne et l'encourage à devenir artiste. Il lui enseigne la gravure en taille-douce sur sa propre presse, achète l'un des cinq dessins qu'elle expose en 1894 et lui présente le marchand Ambroise Vollard, qui éditera ses planches gravées.

Que montre « La Chambre bleue » et où est conservée la toile ?

Peinte en 1923, elle reprend la pose de l'odalisque orientaliste pour la subvertir : la femme allongée n'est pas nue mais vêtue d'un pyjama et fume une cigarette. Cette huile sur toile de 90 x 116 cm est conservée au Musée national d'art moderne, Centre Pompidou, don de Lord Joseph Duveen en 1926.

Pourquoi le sexe d'Adam a-t-il été recouvert dans « Adam et Ève » ?

Dans cette toile de 1909, Suzanne Valadon se représente nue aux côtés d'André Utter. Pour pouvoir l'exposer au Salon d'automne de 1920, elle dut dissimuler le sexe d'Adam derrière une guirlande de feuilles : le nu masculin peint de face par une femme restait alors impossible à montrer tel quel.

Peut-on visiter son atelier à Montmartre ?

Le Musée de Montmartre présente l'atelier-appartement du 12, rue Cortot, où elle s'installa en 1912 avec Maurice Utrillo et André Utter. Le poêle, la mezzanine de l'atelier et les lambris de la chambre d'Utrillo y ont été rétablis, le mobilier disparu ayant été chiné par le décorateur Hubert Le Gall.

Quel lien unit Suzanne Valadon et Maurice Utrillo ?

Maurice, né en 1883 alors qu'elle a dix-huit ans, est élevé par sa grand-mère et reconnu en 1891 par le journaliste Miguel Utrillo, dont il portera le nom. Devenu peintre à son tour, il fut l'un des modèles favoris de sa mère et partagea son atelier de la rue Cortot.