Exposition Paris

Exposition Tacita Dean

Tacita Dean, née en 1965 à Canterbury, filme en 16 et 35 mm ce qui est sur le point de disparaître.

Qui est Tacita Dean ?

Née en 1965 à Canterbury, Tacita Dean est une artiste britannique que le Centre Pompidou situe entre Berlin et Londres, et que sa galerie new-yorkaise donne aujourd’hui vivant et travaillant entre Berlin et Los Angeles.

Pourquoi cette page est utile

Cette page sert surtout à situer Tacita Dean dans le catalogue, même quand peu d’expositions lui sont encore directement reliées.

De Canterbury à Berlin, une œuvre bâtie sur le voyage

Née en 1965 à Canterbury, Tacita Dean est une artiste britannique que le Centre Pompidou situe entre Berlin et Londres, et que sa galerie new-yorkaise donne aujourd’hui vivant et travaillant entre Berlin et Los Angeles. C’est une bourse du DAAD, obtenue en 2000, qui la conduit à Berlin, où elle s’installe durablement. Le Musée d’Art moderne de Paris résume ainsi sa méthode: depuis le début des années 1990, elle «  ne cesse de voyager à travers le monde à la recherche d’images et de sons », attirée par des objets, des événements ou des êtrès disparus qu’elle confronte au présent. En 2014-2015, elle est artiste en résidence au Getty Research Institute de Los Angeles.

La pellicule comme matière, l’attente comme sujet

Le Musée d’Art moderne de Paris décrit une artiste qui recourt à la photographie, au dessin et à l’installation mais qui privilégie le cinéma sur pellicule argentique en 16 et 35 mm, et qui, par des prises de vue en temps réel et des successions de plans fixes, «  perturbe profondément » la perception du temps du spectateur. Sa galerie londonienne cite l’artiste elle-même: sa relation au film commence au moment de la prise de vue et s’achève au moment de la projection, avec entre les deux plusieurs étapes de transformation. Pour l’exposition parisienne de 2023, elle définissait le film 35 mm comme «  une manifestation très physique du temps: vingt-quatre images par seconde ».

FILM, la Turbine Hall et le combat pour l’argentique

En 2011, la commande de la Turbine Hall de la Tate Modern donne FILM, œuvre monumentale conçue comme une méditation sur l’histoire et les limites du médium: Tacita Dean y emploie des techniques de masquage et de rembobinage qui lui permettent d’exposer plusieurs fois la même portion de pellicule et de fabriquer les images dans la caméra elle-même. Ce procédé de masquage sera réutilisé sept ans plus tard pour le film Antigone. Le Musée d’Art moderne de Paris souligne par ailleurs son engagement actif dans la préservation d’un médium «  aujourd’hui en voie de disparition » — un combat devenu indissociable de son travail.

2018: trois musées londoniens, trois genres de la peinture

Le 13 septembre 2017, la National Portrait Gallery, la Royal Academy of Arts et la National Gallery annoncent une collaboration inédite: trois expositions distinctes conçues par Tacita Dean, chacune consacrée à un genre traditionnellement associé à la peinture. PORTRAIT s’installe à la National Portrait Gallery du 15 mars au 28 mai 2018 — première exposition de l’histoire de cette institution entièrement consacrée au médium film — avec ses portraits filmés de Merce Cunningham, Claes Oldenburg, Mario Merz, Michael Hamburger, Cy Twombly et David Hockney. LANDSCAPE occupe les nouvelles Gabrielle Jungels-Winkler Galleries de la Royal Academy du 19 mai au 12 août 2018; STILL LIFE revient à la National Gallery.

Le dessin, la craie et la scène

Le dessin accompagne sa pratique depuis plus de trois décennies. À la Royal Academy en 2018, elle expose un dessin de montagne au tableau noir et une série de ciels à la craie sur ardoise réalisés spécialement pour les salles, aux côtés de collections d’objets naturels trouvés. La Bourse de Commerce insiste sur le même écart d’échelles: à la craie, au pinceau, avec la pellicule analogique et la photographie argentique, l’artiste joue «  entre le monumental et l’infime ». En 2020, elle est chargée des décors et des costumes du ballet The Dante Project, avec le chorégraphe Wayne McGregor et le compositeur et chef d’orchestre Thomas Adès, présenté à l’automne 2021 au Royal Opera House de Londres.

La pratique en bref

Médiums: film 16 mm, film 35 mm, dessin à la craie sur ardoise, dessin au tableau noir, photographie argentique, collage, estampe et gravure, installation, décor et costume de scène.

Techniques: prise de vue en temps réel et successions de plans fixes, masquage et rembobinage de la pellicule pour exposer plusieurs fois la même portion de film et composer l’image dans la caméra, projection en cinémascope, y compris en double projection simultanée, incrustation d’images filmées dans des cartes postales du XXe siècle de sa collection, dessin de très grand format à la craie.

Motifs récurrents: la disparition et ce qui est sur le point de disparaître, la matérialité du temps et l’expérience de l’attente, le paysage et les phénomènes naturels, de l’éclipse au glacier, le portrait d’artistes et d’écrivains, la survie de la pellicule argentique face à la dématérialisation des images, le hasard et l’incertitude comme méthode.

Le Musée d’Art moderne de Paris, premier point d’ancrage

C’est au Musée d’Art moderne de la Ville de Paris que Tacita Dean tient en 2003 son exposition parisienne fondatrice: Paris Musées en conserve le catalogue, paru en mai 2003 sous la forme d’un livre d’artiste de sept livrets réunis dans un coffret, avec de nombreux textes de l’artiste écrits en relation étroite avec chacune de ses œuvres, sa filmographie complète et les contributions de Laurence Bossé et Julia Garimorth. Le musée conserve depuis «  un ensemble exceptionnel » de ses œuvres. Son film JG, réalisé en 2013, y est entré en 2014, acquis par la Société des Amis du musée d’Art moderne puis donné au musée.

JG, montré dans les collections contemporaines en 2016

Du 12 février au 2 octobre 2016, le Musée d’Art moderne de Paris présente JG au sein de ses collections contemporaines. Le film, tourné dans des sites naturels de l’Utah et de Californie, entrelace des paysages de lacs salés et l’évocation de la Spiral Jetty réalisée par Robert Smithson en 1970; cette œuvre fut au centre de la correspondance de l’artiste avec l’écrivain J. G. Ballard, dont les initiales donnent son titre au film. Le musée rappelle que Ballard, dans sa nouvelle La Voix du Temps parue en 1960, anticipait une figure proche de celle que Smithson traça dix ans plus tard.

Le Centre Pompidou, quatre œuvres au Musée national d’art moderne

Le Musée national d’art moderne conserve quatre œuvres de Tacita Dean: Bubble House (Exterior) et Bubble House (Interior), toutes deux de 1999, Kodak de 2006 et Quatemary de 2014. Cette dernière est une pièce photographique de très grand format — 239,5 sur 709 centimètrès — entrée dans les collections en 2019 par un don du CHANEL Fund for Women in the Arts and Culture — Amis du Centre Pompidou, sous le numéro d’inventaire AM 2019-843. L’institution rattache par ailleurs l’artiste à ses deux galeries, Marian Goodman à New York et Paris et Frith Street à Londres.

2023: Geography Biography sous la Rotonde de la Bourse de Commerce

Du 24 mai au 25 septembre 2023, la Bourse de Commerce — Pinault Collection invite Tacita Dean à montrer un ensemble d’œuvres entièrement inédites, en résonance avec la saison «  Avant l’orage ». L’institution présente l’événement comme sa première exposition d’envergure dans une institution française depuis celle du Musée d’Art moderne de la Ville de Paris en 2003. Sous le panorama peint de la Rotonde, qui figure les projets d’expansion commerciale et coloniale de la France sous la Troisième République, l’artiste inscrit un pavillon circulaire — un cercle dans le cercle, «  comme une éclipse » — pour y projeter le film 35 mm Geography Biography, cartographie autobiographique en diptyque où des images tournées un peu partout dans le monde s’incrustent dans des cartes postales du XXe siècle issues de sa collection.

Une présence régulière en galerie parisienne

Tacita Dean est représentée par la galerie Marian Goodman, dont le Centre Pompidou mentionne les implantations de New York et de Paris dans le crédit de ses œuvres. L’antenne parisienne lui a consacré une exposition personnelle du 25 mai au 23 juillet 2022, réunissant films, dessins, photographies et gravures, parmi lesquels Spliced-off cut de Fata Morgana, film 16 mm en couleur et muet de vingt-deux minutes daté de 2022. Cette régularité explique que ses œuvres circulent à Paris entre l’institution et la galerie, sans exposition muséale permanente.

Où voir ses œuvres

Musée d’Art moderne de Paris (Paris) — Exposition personnelle en 2003; conserve un ensemble d’œuvres de l’artiste, dont le film JG donné au musée en 2014 et présenté dans les collections contemporaines du 12 février au 2 octobre 2016.

Centre Pompidou, Musée national d’art moderne (Paris) — Conserve quatre œuvres: Bubble House (Exterior) et Bubble House (Interior) de 1999, Kodak de 2006 et Quatemary de 2014, cette dernière entrée par don en 2019.

Bourse de Commerce — Pinault Collection (Paris) — A produit et présenté l’exposition Geography Biography du 24 mai au 25 septembre 2023, composée d’œuvres inédites, dont le film 35 mm éponyme installé sous la Rotonde.

Galerie Marian Goodman (Paris) — Galerie qui représente l’artiste; exposition personnelle du 25 mai au 23 juillet 2022 réunissant films, dessins, photographies et gravures.

Royal Academy of Arts (Londres) — A présenté LANDSCAPE du 19 mai au 12 août 2018 dans les Gabrielle Jungels-Winkler Galleries, avec le film 35 mm Antigone.

Tate Modern (Londres) — Commanditaire de FILM pour la Turbine Hall en 2011; la Tate conserve par ailleurs Disappearance at Sea, 1996.

Repères chronologiques

1965 — Naissance à Canterbury, au Royaume-Uni.

1996 — Disappearance at Sea, œuvre aujourd’hui conservée par la Tate à Londres.

1999 — Bubble House (Exterior) et Bubble House (Interior), entrées au Musée national d’art moderne.

2000 — Bourse du DAAD qui la conduit à s’installer à Berlin.

2003 — Exposition au Musée d’Art moderne de la Ville de Paris; catalogue en coffret de sept livrets publié en mai.

2005 — Sixième prix Benesse décerné lors de la 51e Biennale de Venise.

2006 — Hugo Boss Prize du Solomon R. Guggenheim Museum, à New York.

2009 — Prix Kurt Schwitters, décerné en Allemagne où elle vit depuis 2000.

2011 — FILM, commande monumentale pour la Turbine Hall de la Tate Modern.

2013 — Réalisation de JG, film tourné dans l’Utah et en Californie autour de la Spiral Jetty.

2014 — JG acquis par la Société des Amis du musée d’Art moderne puis donné au musée parisien.

2014-2015 — Résidence d’artiste au Getty Research Institute, à Los Angeles.

2016-02-12 — Ouverture de l’accrochage de JG dans les collections contemporaines du Musée d’Art moderne de Paris, jusqu’au 2 octobre.

2017-09-13 — Annonce conjointe des trois expositions londoniennes LANDSCAPE, PORTRAIT, STILL LIFE.

2018-05-19 — Ouverture de LANDSCAPE à la Royal Academy of Arts, avec le film Antigone, jusqu’au 12 août.

2019 — Quatemary entre au Centre Pompidou par don du CHANEL Fund for Women in the Arts and Culture.

2021 — Décors et costumes du ballet The Dante Project présentés au Royal Opera House de Londres.

2022-05-25 — Exposition personnelle à la galerie Marian Goodman à Paris, jusqu’au 23 juillet.

2023-05-24 — Ouverture de Geography Biography à la Bourse de Commerce — Pinault Collection, jusqu’au 25 septembre.

2026 — Queen Sonja Print Award, dernière distinction recensée par sa galerie.

Tacita Dean & Paris

Paris reste ici le meilleur angle de lecture pour relier Tacita Dean à des lieux concrets, des expositions visibles et une géographie culturelle facile à parcourir.

Questions fréquentes

tout ce qu’il faut savoir

Pourquoi Tacita Dean tourne-t-elle encore en 16 et 35 mm ?

Parce que la pellicule est pour elle une matière et non un simple support : elle décrit le film 35 mm comme « une manifestation très physique du temps : vingt-quatre images par seconde ». Le Musée d'Art moderne de Paris souligne qu'elle est activement engagée dans la préservation de ce médium en voie de disparition, face à la dématérialisation et à la consommation frénétique des images.

Que peut-on voir d'elle dans les collections parisiennes ?

Le Centre Pompidou conserve quatre œuvres : Bubble House (Exterior) et Bubble House (Interior) de 1999, Kodak de 2006 et Quatemary de 2014, pièce photographique de 239,5 sur 709 centimètrès donnée en 2019. Le Musée d'Art moderne de Paris possède pour sa part un ensemble d'œuvres de l'artiste, dont le film JG entré en 2014.

Que racontait l'exposition Geography Biography à la Bourse de Commerce ?

Présentée du 24 mai au 25 septembre 2023, elle réunissait des œuvres entièrement créées pour le lieu. Sous la Rotonde, l'artiste avait bâti un pavillon circulaire pour projeter le film 35 mm éponyme, en diptyque, où des images tournées dans plusieurs parties du monde s'incrustent dans des cartes postales du XXe siècle de sa collection, dessinant une cartographie autobiographique.

Qu'est-ce que le film JG conservé à Paris ?

Réalisé en 2013 et donné au Musée d'Art moderne de Paris en 2014 par la Société des Amis du musée, JG entrelace des paysages de lacs salés filmés dans l'Utah et en Californie avec l'évocation de la Spiral Jetty de Robert Smithson, de 1970. Le titre renvoie à J. G. Ballard, dont la correspondance avec l'artiste tournait autour de cette œuvre.

En quoi les trois expositions londoniennes de 2018 étaient-elles inédites ?

La National Portrait Gallery, la Royal Academy of Arts et la National Gallery ont annoncé le 13 septembre 2017 une collaboration sans précédent : trois expositions distinctes consacrées chacune à un genre de la peinture — portrait, paysage, nature morte — relus par son travail. PORTRAIT fut la toute première exposition de la National Portrait Gallery entièrement consacrée au médium film.

Quelles distinctions Tacita Dean a-t-elle reçues ?

Sa galerie recense notamment le sixième prix Benesse à la 51e Biennale de Venise en 2005, le Hugo Boss Prize du Solomon R. Guggenheim Museum en 2006, le prix Kurt Schwitters en 2009, la Cherry Kearton Medal and Award de la Royal Geographical Society en 2019, un doctorat honoris causa de l'université des arts d'Helsinki en 2024 et le Queen Sonja Print Award en 2026.