Exposition Paris

Exposition Takashi Murakami

Formé au nihonga, la peinture japonaise traditionnelle, Takashi Murakami (né en 1962 à Tokyo) a bâti depuis les années 1990 un univers où Mr. DOB, les fleurs souriantes et les arhats bouddhiques cohabitent avec l’imaginaire des mangas et le luxe.

Qui est Takashi Murakami ?

Entré à l’université des arts de Tokyo dans le département Peinture, spécialité nihonga, Murakami y obtient son diplôme en 1986 puis y achève un doctorat en 1993, avec une thèse au titre programmatique: «  Le sens du non-sens du sens ».

Repères biographiques

Formé au nihonga, la peinture japonaise traditionnelle, Takashi Murakami (né en 1962 à Tokyo) a bâti depuis les années 1990 un univers où Mr.

Pourquoi cette page est utile

Cette page sert surtout à situer Takashi Murakami dans le catalogue, même quand peu d’expositions lui sont encore directement reliées.

Du nihonga à l’atelier-entreprise

Entré à l’université des arts de Tokyo dans le département Peinture, spécialité nihonga, Murakami y obtient son diplôme en 1986 puis y achève un doctorat en 1993, avec une thèse au titre programmatique: «  Le sens du non-sens du sens ». Ce cursus, le plus académique qui soit au Japon, lui fournit à la fois un savoir-faire de peintre et une distance ironique envers la hiérarchie des genres. En 1995 il fonde le studio de production Hiropon Factory, qui devient en 2001 la société Kaikai Kiki: une structure qui produit ses œuvres, encadre de jeunes artistes japonais et commercialise éditions et produits dérivés.

Mr. DOB, Kaikai et Kiki: une mythologie de personnages

Le personnage central de cette œuvre apparaît en 1994: Mr. DOB, créature à grandes oreilles conçue en regardant le Japon d’après-guerre, entre Doraemon et Sonic. Il se dédouble ensuite en figures dérivées comme Tan Tan Bo ou Panda, et se transforme parfois en monstre vomissant — l’artiste voit dans «  Tan Tan Bo, a.k.a. Gerotan » (2018) l’expression d’une crise de goutte, quand la critique y lit une société étouffée par ses excès. Kaikai, tout de blanc vêtu et souriant, et Kiki, munie de crocs de vampire, comptent parmi les premières créatures issues de DOB; leurs noms, empruntés à une expression du XVIe siècle mêlant raffinement et excentricité, ont donné celui de la société de l’artiste.

Superflat: un manifeste qui prend la forme d’une exposition

Murakami ne s’est pas contenté d’écrire sa théorie: il l’a accrochée. En 2001, il signe le commissariat de «  Superflat », exposition inaugurale du MOCA Pacific Design Center à Los Angeles, du 14 janvier au 27 mai. Réunissant dix-neuf artistes — peinture, photographie, vidéo, animation numérique, mode, dessin animé, sculpture —, elle décrit une tendance de la culture japonaise vers la deux-dimensionnalité et la fait remonter aux peintres japonais des XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles. Le geste est double: revendiquer l’héritage de Warhol et du pop art américain tout en cherchant une autonomie de l’art japonais face au modèle occidental.

La marque comme matériau

Peu d’artistes ont assumé aussi frontalement le passage entre galerie et boutique. Pour la collection 2004 de Louis Vuitton, Murakami réinterprète en couleurs les motifs de la maison et réalise deux courts-métrages d’animation; en 2007 il signe la pochette et les visuels de l’album «  Graduation » de Kanye West ainsi que le clip «  Good Morning »; en mai 2025 il devient l’un des visages d’une campagne Dom Pérignon. En parallèle, Kaikai Kiki fait vivre à Tokyo ses propres lieux — galerie Kaikai Kiki, Hidari Zingaro — et une activité d’éditions, de figurines et de cartes à collectionner qui appartient pleinement à l’œuvre plutôt qu’à sa périphérie.

Revenir à l’histoire de l’art japonais

Depuis 2009, Murakami peint des lions gardiens chinois, ces gardiens de temples et de palais dont la pivoine porte-bonheur devient, dans une toile réalisée à l’époque du séisme du Tōhoku, un pont de crânes accompagné d’une formule bouddhique. La même veine donne les immenses «  100 Arhats » (2013) et «  In the Land of the Dead, Stepping on the Tail of a Rainbow » (2014), toile de près de vingt-cinq mètrès. En 2024, invité par le Brooklyn Museum à répondre aux «  Cent vues d’Edo » d’Utagawa Hiroshige, il recopie délibérément les estampes qui avaient enflammé Van Gogh et Monet, au nom d’une tradition japonaise où copier le maître est une façon de l’honorer. En 2025, il donne au Cleveland Museum of Art plusieurs œuvres neuves, dont un «  Shōtoku Taishi at Sixteen » peint sur toile marouflée.

La pratique en bref

Médiums: peinture acrylique sur toile, souvent marouflée, sculpture (fibre de verre, métal argenté), papier peint et environnements immersifs, film et animation, éditions, estampes et figurines.

Techniques: aplats de couleur et cernes nets hérités du nihonga et de l’estampe, production collective en atelier au sein de Kaikai Kiki Co., Ltd., collaborations créditées avec modeleurs et fabricants pour les sculptures figuratives, reprise et copie assumée de chefs-d’œuvre japonais anciens.

Motifs récurrents: culture otaku (manga, anime, figurines) portée au rang de sujet d’exposition, Japon de l’après-guerre et rapport à la puissance américaine, iconographie bouddhique: arhats, Bouddha ovale, Shōtoku Taishi, catastrophe et reconstruction après le séisme du Tōhoku, hybridation Est-Ouest et circulation des symboles (lions gardiens, pivoines), marché, marque et statut commercial de l’œuvre.

Fondation Cartier, 2002: sa première personnelle européenne

C’est boulevard Raspail, dans le 14e arrondissement, que l’Europe découvre Murakami en exposition personnelle: du 27 juin au 27 octobre 2002, la Fondation Cartier pour l’art contemporain présente «  Kaikai Kiki », que l’institution décrit comme sa première exposition personnelle en Europe. L’artiste choisit d’y montrer ses travaux les plus récents — sculptures monumentales, peintures, papiers peints, jusqu’à un ballon —, la plupart des pièces ayant été réalisées spécialement pour l’occasion. La Fondation le présente alors comme un chef de file du néo-pop japonais et comme un «  créateur d’expositions-manifestes ».

Versailles 2010: le scandale français

Huit ans plus tard, l’artiste s’installe aux portes de Paris, dans les Grands Appartements et la Galerie des Glaces du château de Versailles. Vingt-deux œuvres — bouddhas dorés, figurines inspirées du manga, fleurs colorées — y restent visibles jusqu’au 12 décembre 2010 et soulèvent immédiatement un vent de polémique chez les traditionalistes, qui les jugent «  déplacées » sous les ors du Roi-Soleil. Les reportages de l’époque relèvent le décalage entre la vivacité de la controverse et l’indifférence d’une bonne partie des visiteurs, dont beaucoup venaient du Japon et connaissaient déjà l’artiste.

Un ancrage parisien passé par la galerie et par le luxe

Le lien avec la capitale ne se limite pas aux institutions: la galerie Perrotin, à Paris, lui consacre du 20 octobre 2011 au 7 janvier 2012 un «  Hommage à Yves Klein », rapprochement revendiqué avec une figure majeure de l’art français d’après-guerre. S’y ajoute la collaboration avec Louis Vuitton, maison parisienne pour laquelle il réinterprète les motifs de la marque à partir de la collection 2004 et réalise deux courts-métrages d’animation — un dispositif qui a durablement associé son nom à l’industrie du luxe française.

Où voir ses œuvres

Fondation Cartier pour l’art contemporain (Paris) — A présenté «  Takashi Murakami — Kaikai Kiki » du 27 juin au 27 octobre 2002, première exposition personnelle de l’artiste en Europe, alors au 261 boulevard Raspail.

Château de Versailles (Versailles) — A accueilli en 2010 une exposition de vingt-deux œuvres de l’artiste dans les appartements royaux, visible jusqu’au 12 décembre.

Galerie Perrotin (Paris) — A montré «  Hommage à Yves Klein » du 20 octobre 2011 au 7 janvier 2012.

Art Institute of Chicago (Chicago) — Conserve «  Mr. Pointy » (2011), acrylique sur toile de 350 × 247,4 cm, don de la collection Edlis Neeson.

Cleveland Museum of Art (Cleveland) — A reçu en 2025 des œuvres données par l’artiste et Kaikai Kiki, dont «  Shōtoku Taishi at Sixteen » et «  Surya, the Sun God ».

Repères chronologiques

1962-02-01 — Naissance à Tokyo, dans l’arrondissement d’Itabashi.

1986 — Diplôme de l’université des arts de Tokyo, spécialité nihonga.

1993 — Doctorat achevé avec la thèse «  Le sens du non-sens du sens ».

1994 — Première apparition du personnage Mr. DOB, matrice de son bestiaire.

1995 — Fondation du studio de production Hiropon Factory et premières expositions hors du Japon.

2001-01-14 — Ouverture de «  Superflat », dont il est commissaire, au MOCA Pacific Design Center de Los Angeles.

2001 — Hiropon Factory devient la société Kaikai Kiki Corporation.

2002-06-27 — Ouverture de «  Kaikai Kiki » à la Fondation Cartier, première personnelle en Europe.

2010 — Exposition de vingt-deux œuvres au château de Versailles, visible jusqu’au 12 décembre, et polémique nationale.

2022-05-21 — Ouverture de «  Stepping on the Tail of a Rainbow », sa première personnelle au Broad de Los Angeles.

2024 — Invitation du Brooklyn Museum à répondre aux «  Cent vues d’Edo » d’Utagawa Hiroshige.

2025 — Don d’œuvres au Cleveland Museum of Art, dont «  Shōtoku Taishi at Sixteen ».

Takashi Murakami & Paris

Paris reste ici le meilleur angle de lecture pour relier Takashi Murakami à des lieux concrets, des expositions visibles et une géographie culturelle facile à parcourir.

Questions fréquentes

tout ce qu’il faut savoir

Qui est Takashi Murakami ?

Artiste japonais né le 1er février 1962 à Tokyo, docteur en nihonga de l'université des arts de Tokyo (1993), il dirige la société Kaikai Kiki et passe pour l'un des artistes contemporains les plus visibles du Japon, à la croisée de la peinture, de la sculpture, de l'animation et du design commercial.

Qu'est-ce que le Superflat inventé par Murakami ?

C'est une lecture de la culture visuelle japonaise fondée sur la platitude de l'image, du manga à la peinture ancienne. Murakami l'a exposée autant qu'écrite : l'exposition « Superflat » qu'il a organisée au MOCA Pacific Design Center de Los Angeles, du 14 janvier au 27 mai 2001, réunissait dix-neuf artistes japonais.

Takashi Murakami a-t-il déjà exposé à Paris ?

Oui. La Fondation Cartier pour l'art contemporain lui a consacré « Kaikai Kiki » du 27 juin au 27 octobre 2002, présentée par l'institution comme sa première exposition personnelle en Europe, avec des œuvres réalisées pour l'occasion. La galerie Perrotin a ensuite montré à Paris son « Hommage à Yves Klein » en 2011-2012.

Pourquoi son exposition au château de Versailles a-t-elle fait scandale ?

En 2010, vingt-deux œuvres — bouddhas dorés, figurines manga, fleurs colorées — ont été installées dans les appartements royaux jusqu'au 12 décembre. Des opposants à l'art contemporain à Versailles les ont jugées « déplacées » sous les ors du Roi-Soleil, relançant une controverse déjà ouverte par les précédentes invitations d'artistes vivants.

Que représentent Mr. DOB, Kaikai et Kiki ?

Mr. DOB, apparu en 1994, est le personnage matriciel de l'œuvre, nourri de Doraemon et de Sonic, qui se transforme au fil du temps jusqu'au monstre. Kaikai, blanc et souriant, et Kiki, pourvue de crocs, en sont des dérivés ; leurs noms viennent d'une expression du XVIe siècle et ont été donnés à la société de l'artiste.

Murakami peint-il seul ses très grands formats ?

Non : ses environnements et ses toiles monumentales sont développés avec son studio Kaikai Kiki Co., Ltd., structure héritée de la Hiropon Factory fondée en 1995 et constituée en société en 2001, qui produit les œuvres, encadre de jeunes artistes et gère éditions et objets dérivés.