Pourquoi cette page est utile
Cette page sert surtout à situer Tino Sehgal dans le catalogue, même quand peu d’expositions lui sont encore directement reliées.
Tino Sehgal fabrique des œuvres qui n’existent qu’au moment où quelqu’un les rencontre.
Tino Sehgal naît à Londres en 1976 et vit aujourd’hui à Berlin.
Cette page sert surtout à situer Tino Sehgal dans le catalogue, même quand peu d’expositions lui sont encore directement reliées.
Tino Sehgal naît à Londres en 1976 et vit aujourd’hui à Berlin. Son parcours d’études explique presque tout de son travail ultérieur: il suit l’économie politique à la Humboldt-Universität de Berlin et la danse à la Folkwang University of the Arts d’Essen, en Allemagne. Cette double appartenance l’amène à poser une question inhabituelle dans le champ des arts plastiques: que devient une œuvre lorsqu’on refuse de produire le moindre bien matériel, alors que le marché et le musée reposent précisément sur la conservation d’objets La recherche Tate souligne que ce socle bicéphale « anime » sa pratique, ses pièces relevant de la performance tout en circulant comme des œuvres d’art dont l’institution devient responsable.
Sehgal appelle chacune de ses pièces une « situation construite »: une rencontre vivante, minutieusement réglée, entre des interprètes et le public d’un musée. Le vocabulaire employé n’est ni celui du décor ni celui du spectacle. Le Palais de Tokyo décrit des œuvres qui prennent vie par les échanges humains, la danse, la parole ou le chant, présentées en continu pendant toutes les heures d’ouverture, et impliquant fréquemment le visiteur lui-même. La galerie Marian Goodman insiste de son côté sur la dimension formelle de cet abandon de la production matérielle: composition, rapport à l’espace et sens de la forme y restent nourris autant par l’histoire de la danse que par les traditions occidentales de la sculpture et de la peinture.
Le corpus de l’artiste fonctionne comme un répertoire que les institutions réactivent. « This is propaganda » (2002), montrée d’abord dans le cadre d’Utopia Station, fait chanter à une gardienne de salle la phrase qui donne son titre à l’œuvre, avant qu’elle n’énonce le cartel à voix haute. « Kiss » (2003) confie à deux danseurs professionnels un enchaînement d’étreintes lentes exécuté au sol. « This Situation » (2007) réunit six interprètes qui débattent devant et avec les visiteurs. « This Progress » conduit le public du rez-de-chaussée au sommet d’un bâtiment en le faisant passer de main en main, d’un enfant à un adulte âgé. « This Variation » a été présentée à la dOCUMENTA (13) de Kassel en 2012.
La reconnaissance internationale arrive par une série d’invitations dans des lieux emblématiques. Du 29 janvier au 10 mars 2010, le Solomon R. Guggenheim Museum de New York confie à l’artiste sa rotonde de Frank Lloyd Wright, où « Kiss » occupe le sol tandis que « This Progress » gravit la rampe hélicoïdale. Du 24 juillet au 28 octobre 2012, la Tate Modern lui commande « These associations » pour le Turbine Hall: c’est la première commande vivante de la série Unilever, la treizième de son histoire. En 2013, il est retenu parmi les nommés du Turner Prize pour « This Variation » et « These associations », et reçoit le Lion d’or du meilleur artiste de l’exposition internationale « Il Palazzo Enciclopedico » à Venise.
La vente d’une pièce de Sehgal obéit à un protocole aussi strict que la pièce elle-même. Aucun certificat d’authenticité, aucun récépissé, aucune facture: tout se tient à l’oral, un notaire n’assistant à la transaction qu’en témoin oculaire. La Tate rappelle de la même façon que « This is propaganda » n’a jamais été fixée sur pellicule ni en photographie et ne possède aucun acte d’acquisition écrit. L’artiste refuse la documentation visuelle au motif qu’un substitut matériel ne documente rien d’adéquat, et parce qu’il ne veut pas voir son travail finir résumé à une image unique. Le musée acquiert donc moins un objet qu’un droit et un devoir: celui de rejouer.
Médiums: situation construite, performance vivante avec interprètes, chorégraphie en espace d’exposition, conversation et chant, exposition conçue comme œuvre.
Techniques: transmission orale des instructions aux interprètes, présence continue pendant toutes les heures d’ouverture du lieu, interpellation directe du visiteur, qui peut devenir partie de l’œuvre, interdiction de toute captation photographique ou vidéo de l’œuvre, vente et acquisition par accord oral devant notaire, sans document écrit.
Motifs récurrents: immatérialité et refus de l’objet, économie de l’art et statut de la marchandise, interaction sociale et rencontre, mémoire, transmission et réactivation, rapport du corps à l’institution muséale.
Paris possède l’une des rares pièces de l’artiste entrées en collection publique française. Le Centre Pompidou a acheté « This Situation » (2007) en 2010; l’œuvre porte le numéro d’inventaire AM 2010-142, relève du secteur Arts plastiques – Création contemporaine et prospective, et sa notice précise qu’il s’agit de l’édition 1/4, version française unique. Le champ « Domaine » indique « Sans domaine déterminé » et la notice ne comporte, logiquement, aucune reproduction. Le musée en conserve une captation d’une durée de 59 minutes 37 datée du 16 juin 2022. En 2026, l’œuvre ne se trouve pas à Paris: elle est prêtée au Centre Pompidou-Metz pour « Dimanche sans fin. Maurizio Cattelan et la collection du Centre Pompidou », du 8 mai 2025 au 25 janvier 2027.
Du 22 au 24 janvier 2014, le Centre Pompidou programme « (sans titre) (2000) », reprise d’une pièce chorégraphique solo conçue par l’artiste au tournant des années 2000. Le musée en résume l’ambition: exposer théâtralement la « danse scénique » du XXe siècle, en transposant les pratiques des danseurs et les visions du corps qui leur sont associées dans un ordre esthétique proche de celui du musée. La conception est signée Tino Sehgal, l’interprétation revient à Boris Charmatz et Frank Willens. L’événement est classé « Spectacle » à la programmation, ce qui souligne la position d’équilibriste de cette œuvre entre scène et salle d’exposition.
Du 12 octobre au 18 décembre 2016, le Palais de Tokyo remet à Tino Sehgal la totalité de ses 13 000 m² de surface d’exposition. Il s’agit de la deuxième édition des « cartes blanches » inaugurée par Philippe Parreno en 2013, et du plus vaste projet jamais réalisé par l’artiste, dans la continuité de ses expériences au Martin-Gropius-Bau de Berlin en 2015 et à Marrakech en 2016. Sehgal y présente ses propres pièces aux côtés de celles d’artistes qu’il invite: Daniel Buren, James Coleman, Félix González-Torres, Pierre Huyghe, Isabel Lewis et Philippe Parreno. Le commissariat est assuré par Rebecca Lamarche-Vadel; les œuvres sont visibles de midi à 20 h, tous les jours sauf le mardi.
Palais de Tokyo (Paris) — A confié à l’artiste la carte blanche du 12 octobre au 18 décembre 2016, sur l’ensemble de ses 13 000 m².
Centre Pompidou (Paris) — Conserve « This Situation » (2007, achat 2010, inv. AM 2010-142) et a programmé « (sans titre) (2000) » en janvier 2014.
Centre Pompidou-Metz (Metz) — Accueille « This Situation » en prêt dans « Dimanche sans fin. Maurizio Cattelan et la collection du Centre Pompidou », du 8 mai 2025 au 25 janvier 2027.
Tate Modern (Londres) — Commanditaire de « These associations » pour le Turbine Hall, du 24 juillet au 28 octobre 2012.
1976 — Naissance à Londres; l’artiste vit et travaille aujourd’hui à Berlin.
2002 — Création de « This is propaganda », pièce chantée par une gardienne de salle, entrée depuis dans la collection de la Tate.
2003 — Création de « Kiss », duo dansé au sol nommé d’après « Le Baiser » de Rodin, aujourd’hui au MoMA.
2007 — Création de « This Situation », débat continu confié à six interprètes devant le public.
2010-01-29 — Ouverture de son exposition au Solomon R. Guggenheim Museum de New York, dans la rotonde de Frank Lloyd Wright, jusqu’au 10 mars.
2010 — Achat de « This Situation » par le Centre Pompidou, inscrite à l’inventaire sous le numéro AM 2010-142.
2012-07-24 — Lancement de « These associations » dans le Turbine Hall de la Tate Modern, première commande vivante de la série Unilever.
2013 — Lion d’or du meilleur artiste à la Biennale de Venise et nomination au Turner Prize la même année.
2014-01-22 — Reprise de « (sans titre) (2000) » au Centre Pompidou, par Boris Charmatz et Frank Willens, jusqu’au 24 janvier.
2016-10-12 — Ouverture de la carte blanche du Palais de Tokyo, sur 13 000 m², jusqu’au 18 décembre 2016.
Paris reste ici le meilleur angle de lecture pour relier Tino Sehgal à des lieux concrets, des expositions visibles et une géographie culturelle facile à parcourir.
Parce que l'artiste interdit tout enregistrement visuel ou matériel de ses pièces. La Tate rappelle qu'il juge inadéquat de substituer à l'œuvre un objet matériel comme une photo ou une vidéo, et qu'il refuse de voir son travail finir représenté, voire remplacé, par une image unique. On ne peut donc voir une œuvre de Sehgal qu'en s'y trouvant.
C'est le nom que l'artiste donne à chacune de ses pièces : une rencontre vivante entre des interprètes formés et le public, réglée dans le détail. Le Palais de Tokyo précise qu'elles prennent vie par les échanges humains, la danse, la parole ou le chant, qu'elles sont présentes pendant toute la durée d'ouverture et qu'elles impliquent souvent le visiteur lui-même.
La transaction ne doit laisser aucune trace : ni certificat d'authenticité, ni récépissé, le paiement étant exigé en liquide et l'accord se concluant oralement, un notaire n'assistant à la scène qu'en témoin oculaire. La Tate confirme de son côté que « This is propaganda » ne possède aucun acte d'acquisition écrit dans ses registres.
« This Situation », créée en 2007, achetée par le Centre Pompidou en 2010 et inscrite à l'inventaire sous le numéro AM 2010-142. La notice du musée indique qu'il s'agit de l'édition 1/4, version française unique, rattachée au secteur Arts plastiques – Création contemporaine et prospective, et ne comporte aucune reproduction.
Du 12 octobre au 18 décembre 2016, il a occupé les 13 000 m² du lieu pour la deuxième carte blanche de l'histoire de l'institution, après celle de Philippe Parreno en 2013. Il y a montré ses propres pièces aux côtés d'œuvres de Daniel Buren, James Coleman, Félix González-Torres, Pierre Huyghe, Isabel Lewis et Philippe Parreno, sous le commissariat de Rebecca Lamarche-Vadel.
Le MoMA, qui conserve la pièce de 2003, explique que Sehgal l'a intitulée d'après « Le Baiser » de Rodin (1901-1904) et en a modelé la chorégraphie sur cette sculpture et sur d'autres images célèbres. Deux danseurs professionnels en street wear y enchaînent au sol des étreintes lentes, presque balletiques, sans jamais interrompre le mouvement.