Exposition Paris

Exposition Wifredo Lam

Fils d’un père cantonais et d’une mère afro-cubaine, Wifredo Lam quitte Sagua la Grande pour l’Espagne en 1923, débarque à Paris en 1938 avec une lettre de recommandation pour Picasso, et invente entre Marseille, la Martinique et La Havane un vocabulaire de créatures mi-humaines, mi-végétales, mi-divines.

Qui est Wifredo Lam ?

Wifredo Lam naît le 8 décembre 1902 à Sagua la Grande, région sucrière de la côte nord de Cuba, dernier des huit enfants d’Enrique Lam-Yam, charpentier et écrivain public cantonais, et d’Ana Serafina Castilla, née en 1862 d’ascendance espagnole et africaine.

Pourquoi cette page est utile

Cette page sert surtout à situer Wifredo Lam dans le catalogue, même quand peu d’expositions lui sont encore directement reliées.

Sagua la Grande, une enfance à la croisée de trois mondes

Wifredo Lam naît le 8 décembre 1902 à Sagua la Grande, région sucrière de la côte nord de Cuba, dernier des huit enfants d’Enrique Lam-Yam, charpentier et écrivain public cantonais, et d’Ana Serafina Castilla, née en 1862 d’ascendance espagnole et africaine. L’enfant grandit entre le culte des ancêtrès chinois pratiqué par son père, le catholicisme de l’île et la santería que lui transmet sa marraine Antonica Wilson, prêtresse respectée. Cette superposition de croyances et la végétation de la région — ce que Lam appelait «  ma petite jungle à moi » — fournissent le terreau d’une œuvre entière. En 1916 la famille s’installe à La Havane, où il étudie jusqu’en 1923 à l’Academia de San Alejandro.

Quatorze ans en Espagne, de la copie au Prado au front républicain

Boursier de la municipalité de Sagua la Grande, Lam part en 1923 pour l’Espagne où il devait faire étape avant Paris: il y restera quatorze ans. À Madrid, il fréquente l’académie dirigée par Fernando Álvarez de Sotomayor et surtout le Prado, copiant Velázquez et Goya, mais retenant plus encore Bosch et Bruegel l’Ancien, dont les créatures hybrides le poursuivront. La mort en 1931 de sa première femme et de leur fils, emportés par la tuberculose, ouvre une longue série de mères à l’enfant. En 1936 il rejoint le camp républicain contre Franco, dessine des affiches antifascistes et travaille dans une usine de munitions; la guerre lui inspire La Guerra Civil.

Paris 1938: Picasso, la galerie Pierre et l’entrée dans les avant-gardes

Arrivé à Paris en 1938 seul et sans argent, Lam se présente à l’atelier de Pablo Picasso, rue des Grands-Augustins, muni d’une lettre de recommandation. Picasso présente à celui qu’il appelle son «  cousin » Braque, Matisse, Miró, Léger, Éluard, Leiris, Tzara, Kahnweiler et Zervos, et l’oriente vers les arts africains alors très regardés à Paris, que Lam se met à travailler non comme un décor mais comme une parenté. Le marchand Pierre Loeb lui consacre dès 1939, à la galerie Pierre, sa première exposition personnelle: moins d’un an après son arrivée, le peintre cubain est entré dans le circuit parisien qui compte.

Marseille, la Villa Air-Bel et le bateau vers les Antilles

L’avancée allemande pousse Lam de Paris à Bordeaux puis à Marseille, où il retrouve autour d’André Breton, à la Villa Air-Bel, Max Ernst, Victor Brauner, Óscar Domínguez, André Masson, Benjamin Péret, René Char et Pierre Mabille. L’hiver 1940-1941 y est un atelier collectif: cadavres exquis, dessins, jeu de tarot de Marseille. Lam illustre le poème Fata Morgana de Breton, que la censure de Vichy interdit en reprochant à l’illustrateur son «  impureté raciale ». Peggy Guggenheim achète deux gouaches lors de la vente organisée dans le jardin de la villa. Le 25 mars 1941, il embarque sur le Capitaine Paul-Lemerle avec Breton et Claude Lévi-Strauss.

Le retour à Cuba et l’invention de La Jungle

L’escale forcée en Martinique met Lam en présence d’Aimé Césaire, dont la pensée anticoloniale et la Négritude le marquent durablement; il regagne Cuba en août 1941, après dix-huit ans d’absence. Le pays natal lui revient d’abord comme un second exil, puis comme une matière: symboles afro-cubains, cannes à sucre, divinités de la santería nourrissent des compositions où le nu se change en végétal. Depuis New York, Breton l’introduit auprès de Pierre Matisse, qui l’expose en 1942 puis en 1943, année où La Jungle fait scandale. Le Centre Pompidou conserve de cette veine Lumière de la forêt, gouache sur papier marouflé sur toile de 1942.

Albissola, la céramique et les dernières décennies

En 1954, le peintre danois Asger Jorn — que Breton lui avait fait rencontrer à Paris avant la guerre — l’invite à la Rencontre internationale de céramique qu’il organise avec Enrico Baj à Albissola Marina, en Ligurie, aux côtés de Karel Appel, Corneille, Sergio Dangelo, Lucio Fontana et Roberto Matta. Lam passera là une grande part de ses dernières décennies, partagées avec Paris, multipliant les céramiques, les gravures et les livres illustrés avec des poètes. Le Centre Pompidou date de 1976 une œuvre collective à laquelle il participe avec Alechinsky, Appel, Baj et Constant: la collaboration reste jusqu’au bout son mode de travail.

La pratique en bref

Médiums: Peinture à l’huile, Gouache sur papier marouflé sur toile, Dessin à l’encre et au fusain, Estampe et gravure, Céramique, Sculpture, Livre illustré.

Techniques: Fusain sous-jacent puis couches d’huile diluée sur papier kraft assemblé, Gouache sur papier marouflé sur toile de grand format, Dessin automatique et cadavre exquis pratiqués en groupe, Céramique tournée et cuite dans les ateliers d’Albissola Marina, Illustration de recueils poétiques.

Motifs récurrents: Syncrétisme afro-cubain et divinités de la santería, Figure hybride entre humain, animal, végétal et divin, Décolonisation revendiquée comme acte pictural, Paysage caribéen, canne à sucre et mémoire de l’esclavage, Exil, guerre civile et engagement antifasciste, Amitié et création collective avec les poètes.

1938-1940: la ville qui l’introduit

Paris est pour Lam une porte plus qu’un décor. Il y arrive en 1938 depuis l’Espagne en guerre, sans ressources, et l’atelier de Picasso rue des Grands-Augustins lui ouvre en quelques semaines le cercle des peintres, poètes et marchands qui font alors l’avant-garde. C’est à Paris qu’il regarde de près les arts africains, à Paris que Pierre Loeb lui donne sa première exposition personnelle en 1939 dans sa galerie, et à Paris qu’il rencontre André Breton, avant que la guerre ne le jette sur les routes du Sud. Deux ans auront suffi à le faire exister comme artiste international.

Une œuvre entrée dans les collections publiques parisiennes

Le Musée national d’art moderne, au Centre Pompidou, conserve un ensemble représentatif du peintre: Lumière de la forêt (1942), gouache sur papier marouflé sur toile de 192 x 123,5 cm achetée par l’État en 1974 et attribuée la même année au musée, mais aussi Autel pour Yemaya (1944), Nu dans la nature (1944), Umbral et Pasos miméticos I (1950), une œuvre de 1976 et des dessins collectifs de 1940 signés avec André Breton et Óscar Domínguez. Ces feuilles collectives sont la trace matérielle, à Paris, de l’épisode surréaliste de 1940-1941.

Les grandes expositions parisiennes, de 2015 à 2022

En 2015-2016, le Centre Pompidou consacre à Lam sa première rétrospective française, du 30 septembre au 15 février, avec près de trois cents œuvres — peintures, dessins, gravures, céramiques — augmentées d’archives et de photographies; l’exposition part ensuite au Museo Reina Sofía de Madrid puis à la Tate Modern. En 2022-2023, le Musée national des arts asiatiques - Guimet présente ses céramiques dans le cadre d’Asia NOW, sous le commissariat de Nicolas Trembley. Le Palais de la Porte Dorée l’a inscrit dans son parcours consacré aux artistes étrangers à Paris entre 1945 et 1972.

Un artiste français par la fin de sa vie

La notice d’autorité du Centre Pompidou décrit Lam comme de nationalité française, cubaine à la naissance, et situe sa mort en 1982 à Boulogne-Billancourt, dans les Hauts-de-Seine. Après son retour d’Amérique en 1952, il partage ses dernières décennies entre la région parisienne et Albissola Marina, en Ligurie, où l’entraîne l’aventure de la céramique. La France n’est donc pas un simple passage de jeunesse dans sa trajectoire: c’est le pays où il se fixe, où il meurt et où une part importante de son œuvre est aujourd’hui conservée.

Où voir ses œuvres

Centre Pompidou, Musée national d’art moderne (Paris) — Conserve plusieurs œuvres de Lam (dont Lumière de la forêt, 1942) et lui a consacré une rétrospective du 30 septembre 2015 au 15 février 2016; le bâtiment est fermé pour rénovation depuis l’automne 2025 et doit rouvrir en 2030.

Musée national des arts asiatiques - Guimet (Paris) — A présenté «  Les céramiques de Wifredo Lam » dans le cadre d’Asia NOW, à partir du 18 octobre 2022.

Palais de la Porte Dorée, Musée national de l’histoire de l’immigration (Paris) — A intégré Lam parmi les vingt-quatre artistes étrangers de l’exposition «  Paris et nulle part ailleurs. 1945-1972 ».

The Museum of Modern Art (New York) — Conserve La jungla (1942-1943) et a présenté la rétrospective «  Wifredo Lam: When I Don’t Sleep, I Dream » du 10 novembre 2025 au 11 avril 2026.

Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofía (Madrid) — A repris la rétrospective Lam du 6 avril au 15 août 2016, avec environ deux cent cinquante œuvres et plus de trois cents documents.

Tate (Londres) — Conserve Ibaye (1950) et a accueilli l’étape londonienne de la rétrospective à la Tate Modern.

Repères chronologiques

1902-12-08 — Naissance à Sagua la Grande, à Cuba, dernier de huit enfants d’un père cantonais et d’une mère afro-cubaine.

1923 — Boursier de la municipalité de Sagua la Grande, il quitte Cuba pour l’Espagne, où il restera quatorze ans.

1938 — Arrivée à Paris depuis l’Espagne en guerre et rencontre décisive avec Picasso rue des Grands-Augustins.

1939 — Première exposition personnelle à Paris, à la galerie Pierre, que lui consacre le marchand Pierre Loeb.

1941 — Illustration du poème Fata Morgana d’André Breton, interdit par la commission de censure de Vichy.

1941-03-25 — Départ de Marseille sur le Capitaine Paul-Lemerle avec André Breton et Claude Lévi-Strauss.

1943 — Exposition chez Pierre Matisse à New York, où le tableau La Jungle fait scandale.

1954 — Invité par Asger Jorn à la Rencontre internationale de céramique d’Albissola Marina, en Ligurie.

1974 — Lumière de la forêt est achetée par l’État et attribuée au Musée national d’art moderne, à Paris.

1982 — Mort de Wifredo Lam à Boulogne-Billancourt, dans les Hauts-de-Seine, selon la notice du Centre Pompidou.

2015-2016 — Première rétrospective française au Centre Pompidou, du 30 septembre au 15 février, avec près de trois cents œuvres.

2022 — Le musée Guimet présente ses céramiques à Paris, à partir du 18 octobre, dans le cadre d’Asia NOW.

Wifredo Lam & Paris

Paris reste ici le meilleur angle de lecture pour relier Wifredo Lam à des lieux concrets, des expositions visibles et une géographie culturelle facile à parcourir.

Questions fréquentes

tout ce qu’il faut savoir

Pourquoi Wifredo Lam est-il arrivé à Paris en 1938 ?

La guerre d'Espagne l'y pousse. Engagé aux côtés des républicains contre Franco, auteur d'affiches antifascistes et ouvrier dans une usine de munitions, Lam quitte l'Espagne devant l'avancée franquiste en 1938 et gagne Paris, où il se présente à Picasso muni d'une lettre de recommandation.

Quel rôle Picasso a-t-il joué dans sa carrière ?

Picasso reçoit Lam dans son atelier de la rue des Grands-Augustins, le présente comme son « cousin » à Braque, Matisse, Miró, Léger, Éluard, Leiris, Tzara, Kahnweiler et Zervos, et l'oriente vers les arts africains. C'est aussi par ce cercle que Lam rencontre le marchand Pierre Loeb.

Où voir une œuvre de Wifredo Lam à Paris ?

Le Centre Pompidou conserve notamment Lumière de la forêt (1942), gouache sur papier marouflé sur toile de 192 x 123,5 cm achetée par l'État en 1974, ainsi qu'Autel pour Yemaya, Umbral ou Pasos miméticos I. Le bâtiment de Beaubourg est toutefois fermé pour rénovation depuis l'automne 2025, avec une réouverture annoncée en 2030.

Que représente La Jungle, son tableau le plus célèbre ?

Réalisée en 1942-1943 après son retour à Cuba, La jungla est peinte à l'huile et au fusain sur deux grandes feuilles de papier kraft collées puis marouflées sur toile. Des figures aux visages proches de masques africains, aux jambes allongées et aux pieds en forme de mains, se mêlent aux feuillages, aux fruits tropicaux et aux cannes à sucre.

Pourquoi Lam parlait-il de son art comme d'un « acte de décolonisation » ?

La formule, qu'il a lui-même employée, résume un projet : donner une place picturale à la culture des diasporas noires et défaire les hiérarchies coloniales qu'il rencontrait dans l'art comme dans la vie. Sa rencontre avec Aimé Césaire en Martinique en 1941 a nourri cette orientation.

Wifredo Lam a-t-il fait autre chose que de la peinture ?

Oui : le Centre Pompidou le répertorie comme peintre, graveur, sculpteur, illustrateur, céramiste et dessinateur. À partir de 1954, sur invitation d'Asger Jorn, il développe à Albissola Marina un important travail de céramique, montré à Paris au musée Guimet en 2022 dans le cadre d'Asia NOW.